En-Tête

Maud Hurault, la tête et les jambes, de footballeuse à préparatrice mentale

3 juin 2016

Dans un récent reportage diffusé sur Canal+ intitulé « Dans l’ombre de Teddy Riner », le gigantesque judoka confiait aux caméras l’une des clés de sa réussite. Dès ses 14 ans, le grand champion qui ne laisse que des miettes à ses concurrents, consulte une psychologue. Si cela n’a rien d’exceptionnel en soit, il n’est pas anodin qu’un sportif perçu par tous comme un judoka de génie fasse un aveu pouvant sonner comme une faiblesse.

 

C’est exactement le genre de documentaire dont Maud Hurault est friande. « Je crois que je manque rarement un « Intérieur Sport » » par exemple, confie dans un sourire la jeune fille de 23 ans. A l’ASJ Soyaux en D1, la footballeuse ne veut pas devenir psychologue mais préparatrice mentale. Une nuance parfois peu claire pour le grand public. « Nous ne sommes pas des magiciens pouvant transformer chaque joueur qui passe entre nos mains en champion du monde », affirme-t-elle. Et vous pouvez faire confiance à Maud pour choisir avec exactitude les mots qu’elle emploie, se corrigeant souvent pour préciser ses propos.

 

Entre les jongles et les études 

photo Maud

Copyright : Déborah Berton – ASJ Soyaux

Titulaire d’un bac ES, la joueuse évoluant milieu droit sur le gazon, a toujours jonglé entre ses études et le sport de haut niveau. Unique fille d’une fratrie de triplés, l’amour de ses frères pour le football lui donne envie de tâter le ballon rond plutôt que de s’exercer à la gymnastique avec sa grande soeur où sa mère les a inscrite. Evoluant avec les garçons jusqu’à ses 15 ans, puis en Nationale avec Saint-Lô et Rennes en D2, elle est repérée par En Avant Guingamp. Les essais passés dans le mythique club de Bretagne sont concluants, ce qu’elle conjugue avec une licence STAPS. Passionnée par la réflexion autour de la blessure chez la sportive ou le sportif de haut niveau, la native de Granville choisit de réaliser un Diplôme Universitaire comme préparateur mental qu’elle devrait obtenir cet été.

« Dans le football, à part Lyon, le PSG et Montpellier, il n’y a pas de club où toutes les joueuses sont 100% professionnelles. Dans la grande majorité, on a un boulot à côté. Tu es donc obligé de réfléchir très vite à ce que tu veux faire en dehors du sport. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être salariée par l’ASJ Soyaux, ce qui me permet de me consacrer pleinement à mes études et je voulais développer mon projet professionnel. J’aurais pu me prendre une année sabbatique à creuser le trou de mon canapé…Mais j’ai envie de travailler plus tard dans un centre de rééducation et avec ce DU j’ajoute une nouvelle corde à mon arc » sourit la jeune fille touche-à-tout qui profite de chaque moment sans football pour faire du squash, du shopping ou de la guitare.

Un métier en vogue

De nos jours, la professionnalisation du sport pousse à développer toutes les techniques autour de la performance sportive. Ainsi, le préparateur physique est de plus en plus sollicité par les clubs et les entraîneurs. « Un préparateur mental est là pour accompagner et aider le sportif qui peut se sentir seul, même au sein d’un sport collectif. Nous ne sommes pas là pour juger son dernier match mais plutôt pour lui apprendre à se connaître, à maîtriser ses émotions et atteindre les objectifs qu’il s’est définit. L’athlète doit arriver en pleine confiance et possession de ses moyens sur une compétition notamment ».

A travers différents outils, la sportive ou le sportif est accompagné par une personne de confiance, extérieure à son équipe ou son club. Au sein d’un rapport de confiance, ce qui est dit chez le préparateur mental reste secret. « Nous ne sommes pas là pour mettre le sportif en difficulté en allant tout raconter à l’entraîneur. Nous devons convenir ensemble de ce que je peux raconter ou pas au coach. C’est un travail en trio qui ne doit pas avoir de mauvaises conséquences pour le sportif ».  

Divers outils pour accompagner la sportive ou le sportif

Fixation d’objectif, imagerie mentale, sophrologie, relaxation : une multitude d’outils sont utilisés, variant en fonction de la personnalité ou du sport pratiqué par le sportif. Habituée aux sacrifices nécessités par le haut niveau, la footballeuse en mesure d’autant mieux l’exigence quotidienne que cela implique. « Je n’ai jamais été blessée heureusement, confie-t-elle tout en touchant du bois. Mais je ne connais pas un seul sportif qui n’a pas été pris de doutes suite à une grosse blessure. C’est presque la fin du monde lorsque l’on passe son temps à travailler avec son corps. C’est un moment très difficile».

Pourtant, Maud Hurault n’est pas devenue le grand chaman de son équipe. « J’en parle peu avec mes co-équipières! » s’amuse-t-elle. Je ne pourrais pas faire de préparation mentale avec elles, on n’a trop de vécu ensemble…Par contre au niveau personnel, si je manque clairement d’objectivité pour pousser le travail envers moi-même, j’ai senti que mes connaissances jouaient tout de même. Je gère mieux mes émotions sur les matches à enjeux ».

Mejdaline Mhiri

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