En-Tête

Unies derrière Angers SCO

20 mai 2016

Premier cercle de femmes d’affaires supportant un club de foot masculin de Ligue 1, UnieSCO est né à Angers par la volonté de Sandra Taudon. Un vrai défi sportif !

Il fallait oser se lancer dans une telle aventure. Ce n’était pas évident dans ce milieu  du football où la mixité peine à se frayer un chemin. C’est justement ce machisme  culturel qui a servi d’aiguillon pour  faire avancer le projet audacieux de créer un club affaires féminin.

IMG_5301-3A l’origine, une chef d’entreprise passionnée de foot, Sandra Taudon.

« J’ai été bercée par le sport depuis toujours, ma mère s’intéresse à tous les sports. J’ai fait de la gymnastique, du volley et maintenant de la course à pied ». Le foot figurait en bonne place, « on  regardait tous les matchs à la télé, mon frère jouait avec le club local ». Forcément cette jolie blonde aux yeux verts suivait l’actualité de l’Angers SCO (Sporting club de l’ouest). Un club dont elle est devenue une fidèle à partir du moment où elle arrivée dans la cité angevine pour y faire ses études, puis très vite une fervente supportrice. « J’étais abonnée et j’assistais à tous les matchs ».

Quelques années plus tard, elle partage avec son mari la direction de  Centrakor et de Super U. En toute logique, elle signe un partenariat SCO-U, puis intègre la commission Sport dans le groupe U. On est en 2009. «  Un jour, j’ai rencontré dans les salons du stade un copain du club des 100 cravates, un club de chefs d’entreprise supporteurs du SCO alors en cours de création. Je découvrais, j’ai été séduite et j’ai demandé à en faire partie », raconte Sandra, qui est tombée de haut quand elle a eu la réponse. Impossible, le club n’est pas accessible aux femmes ! « Tout nouveau membre doit répondre à quatre critères : être passionné de foot, être partenaire Angers-SCO, être chef d’entreprise et être un homme. J’en satisfaisais trois. J’étais dégoûtée. Certains étaient assez ouverts et auraient fait une entorse, mais pour la majorité, il n’en était pas question ».

 

Efficacité et modernité

 Les hommes cravatés restant repliés sur leur entre-soi, une idée effleure l’esprit de Sandra. «  Pourquoi pas un club de femmes d’affaire ? ».Très occupée par son travail et ses trois enfants en bas âge, la jeune femme met son projet entre parenthèse, mais l’idée chemine. Elle s’en ouvre au président du SCO, Saïd Chabane, qui ne la trouve pas saugrenue, loin de là.  «  Les stades se féminisent de plus en plus, pour moi il est normal que les femmes soient représentées », explique-t-il.  C’est d’ailleurs lui qui, l’année passée, présente à la jeune femme Corinne Busson-Benhammou, responsable de la communication à la Cité de l’objet connecté.

A partir de cette rencontre, tout s’accélère. Une trentaine de femmes, chefs d’entreprises, dirigeantes, cadres… toutes passionnées de sport,  se réunissent sous la bannière UnieSCO pour promouvoir et encourager le club angevin et « leur » équipe, en Ligue 1 depuis cette saison.

Pas de tenue vestimentaire stricte imposée, juste du noir et du blanc, les couleurs du SCO. Leur signe de ralliement : un collier connecté, qui permettra à quiconque s’en approche de tout savoir sur UnieSCO. Une belle image d’efficacité et de modernité pour cette association, qui s’est donné pour marraine Jessica Houara-d’Hommeaux, internationale de foot féminin, originaire d’Angers.

 

Un formidable engouement

 Le «  bébé » a été porté sur les fonds baptismaux le 8 mars dernier…à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, en présence d’Astrid Bar, journaliste à Canal +.

Ces messieurs des 100 cravates ont été quelque peu bluffés… Plus encore par le buzz fait par cet événement. Reportages, interviews, félicitations tous azimuts, remerciements…. la présidente n’aurait jamais osé imaginer un tel impact. «  C’est d’autant plus étonnant au cœur de ce milieu, où une femme n’est pas sensée être passionnée ni connaître les équipes au même titre qu’un homme… », souligne Sandra.

Aujourd’hui encore, après de multiples parutions presse et apparitions télévisées, il ne se passe quasiment pas un jour sans que des clients viennent la féliciter ou la remercier. Et bon nombre s’étonnent encore : « Mais vous aimez vraiment le foot ? ».

Oui, les femmes d’UnieSCO sont de vraies passionnées ! «  On vit le match à fond, on fait plus de bruit que les hommes, et quand on encourage les joueurs par leur nom, c’est bien parce qu’on les connaît en tant que tels! ».

La naissance de ce premier club affaires féminin et l’engouement qu’il suscite ne peuvent que faire évoluer les mentalités dans le monde du foot. D’ailleurs les 100 cravates ont proposé à UnieSCO d’établir des passerelles entre les deux clubs… « Etonnant n’est-ce pas, alors que c’était impossible il y a 7 ans », sourit la présidente.

« En fait on est en pleine évolution, mais le chemin sera long. On n’a encore jamais vu une finale de coupe de France de foot féminin à la télé. Cependant La femme prend de plus en plus de place dans le monde du sport et du foot ».

La création d’UnieSCO ne peut qu’encourager cette avancée. Le président Chabane l’a bien compris et réfléchit déjà à « améliorer l’accueil du public féminin, qui a sa place dans les stades ». La mixité est en marche…

Brigitte Rémond

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