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LES FEMMES & LES SPORTS URBAINS : ENTRE INVISIBILITÉ & STRUCTURES INADAPTÉES

19 juin 2017

La ville appartient aux hommes qui conçoivent puis utilisent l’espace public. Les infrastructures sportives urbaines n’échappent pas à ce phénomène, où la femme n’a quasiment pas sa place.

 

Historiquement, les femmes sont davantage à la maison, peut-être à s’occuper des tâches domestiques. Selon l’Insee, elles s’y consacrent en moyenne 4 heures et 1 minute par jour contre 2 heures 13 pour les hommes. Culturellement parlant, la femme, au sein de l’espace public, est vite associée à l’image de la prostituée, délurée, s’exposant aux yeux de tous, toujours disponible. Il n’y a qu’à se pencher sur le cas du site « Paye ta chnek », au titre aussi cru et évocateur que les citations qu’il regroupe, pour le constater. Morceaux choisis, sans mettre trop en valeur les insultes les plus salaces : « C’est dommage qu’on ne prenne pas le même train, sinon je t’aurais prise dans les toilettes » ou « Toi t’as un corps magnifique, tu veux qu’on aille chez moi ? ». Ce site, recensant les injures et autres propositions déplacées auxquelles s’exposent  les femmes au quotidien, donne la nausée.

Le concept de « murs invisibles », développé par le géographe Guy Di Méo détaillant les barrières sociétales mais aussi celles que les femmes intègrent pour s’approprier l’espace public, prend dès lors tout son sens.
Mais revenons-en au sport. Durant votre promenade, vous passez devant un skatepark jouxté par un boulodrome. Les acteurs de ces structures sportives rient, tentent d’être précis et commentent leurs performances. Rien d’anormal. Vraiment ? Pourtant la grande majorité de ces citoyens sont des hommes. Peu de mixité, peu de femmes pour partager ces moments conviviaux ou liés à une performance. Femme et espace publique riment avec invisibilité.
Certainement parce que la ville n’est pas réfléchie pour inverser le rapport déjà précaire des femmes à la rue.

 

LES POLITIQUES ABSENTS DU DÉBAT

Les décideurs municipaux ne font rien pour réduire ce fossé entre les genres. A vrai dire, y réfléchissent-ils seulement ? 85 % du budget des équipements prévus dans les zones prioritaires vont aux garçons. Pas parce que les équipements sportifs urbains comme les city stades sont automatiquement masculinisés lorsqu’ils sortent de terre. Plutôt parce nos pratiques sociales et la domination masculine ont pénétré l’urbanisme jusqu’à la moelle. « De par le fait que ce sont toujours des hommes sportifs que l’on voit à la télévision ou dans les journaux mais aussi que ce sont eux qui investissent majoritairement les clubs », résume la géographe Édith Maruéjouls. « La figure du sportif masculin est celle du sport. Sous couvert de performance, femmes et hommes ne profitent jamais ensemble de l’espace public. Alors les hommes se sentent plus légitimes pour occuper ces espaces. »

Autre chiffre accablant : 84% des maires sont des hommes. A Courpière, dans le Puy-de-Dôme, Christiane Samson, femme édile d’une ville de 5.000 habitants et diplômée en urbanisme, a pris le contre-pied de cet état de fait.
Il semblerait que la pression de la rue soit moins forte dans les petites villes. « Ici tout le monde se connaît donc il y a un contrôle social général qui minimise le harcèlement », explique Christiane Samson. « Mais c’est vrai que passé une certaine heure, le parc n’est plus fréquenté que par des hommes. Et si les femmes s’y rendent, c’est en groupe. »
L’année dernière, plusieurs élus ont proposé l’installation de caméras de surveillance, ce à quoi l’élue était opposée pour des raisons politiques. Elle a plutôt poussé pour supprimer l’éclairage public par souci d’économie. « C’est le seul moment où la place de la femme dans la rue s’est posée chez nous. Plusieurs parents étaient contre les caméras car ils avaient peur que l’on surprenne leurs filles en train de fumer de la drogue ou avec un garçon… » Bien sûr, aucun parent n’a craint pour son fiston. La visibilité des femmes serait-elle redoutée ?

Mejdaline Mhiri

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