En-Tête

Le golf au féminin loin des clichés

19 octobre 2016

Notre chroniqueuse Camille Hernandez a passé trois jours en compagnie des meilleures golfeuses européennes, dans un décor de rêve. Elle nous raconte son expérience.

Lacoste Ladies open de France. Ce nom ne vous dit peut-être rien, il s’agit pourtant d’une des épreuves majeures du prestigieux Ladies European Tour. LET pour les intimes. Amateurs ou professionnelles, soixante dix-huit joueuses ont participé à ce tournoi de golf début octobre. Elles viennent du monde entier – vingt et une nationalités sont ainsi représentées –  certaines ont à peine vingt ans, les plus expérimentées ont plus de cinquante.

Crédit photo : ASO/P.Ballet

Crédit photo : ASO/P.Ballet

« Un sport de riche, un sport de vieux… » J’arrivais prudente sur le green de Chantaco, essayant de calmer mes préjugés. Bien longtemps avant moi Simone Thion de la Chaume, l’une des pionnières du golf français, foulait ce parcours mythique. Il me fallait être digne de la championne de Grande Bretagne 1927, treize fois championne de France, à l’endroit même où tout avait commencé. Chantaco dégage tout de suite une impression de grandeur, de calme et de sérénité. Le berceau de la famille Lacoste est immense, il s’étend sur près de six mille mètres carrés. Riche en biodiversité, il abrite quantité d’espèces d’arbres et de plantes.

Dès les premiers contacts je sens que mes hôtes basques prennent très au sérieux ce sport, partie intégrante de leur culture : « le golf est très important pour nous » m’explique-t-on en guise d’introduction. « Il se pratique à tout âge et se transmet de génération en génération. C’est une excellente école de la vie, du respect, que ce soit envers la nature ou des joueurs entre eux. »

Des grandes professionnelles

Neuf heures à ma montre, les premières joueuses se mettent en place sur les deux practices. Putter ou driver à la main, elles s’entraînent et enchaînent les balles. Elles rectifient  leur geste, l’affinent pour atteindre la trajectoire parfaite. Derrière elles leurs caddies, ces fidèles suiveurs et leurs chariots remplis de clubs. Leurs familles parfois. Les joueuses les questionnent sans cesse. Je vois de l’échange, du partage et cela me frappe, on est loin du sport individuel que j’imaginais.

J’observe ainsi ces jeunes femmes pendant toute la compétition, j’en remarque certaines d’origine marocaine ou tunisienne. Elles sont les futurs espoirs de la fondation Lacoste, cette fondation maison qui permet à des enfants défavorisés d’accéder à des univers sociaux-culturels à travers le sport. L’ancienne joueuse professionnelle Patricia Meunier-Lebouc les guide, les soutient et me confie la « réelle opportunité » pour ces jeunes filles qui « dans leur pays ont du mal à mixer temps scolaire et amour du golf ».

Patricia revient aussi sur son parcours de joueuse et m’explique le moment où elle a rejoint le circuit professionnel, lorsqu’elle a fait du golf son métier : « j’ai du développer différents outils dont l’aptitude mentale pour pouvoir progresser mais surtout rester lucide sans jamais me mettre la pression. » Elle poursuit « savoir se fixer des objectifs, faire ce que l’on a faire, accepter les mauvais coups pour atteindre la plus grande liberté de jeu. C’est une discipline qui sert avant tout à se vider la tête. »

Victoire d'ALLEN Beth (USA) Credit : ASO/V.Labadie

Victoire d’ALLEN Beth (USA) Credit : ASO/V.Labadie

La compétition bat son plein. Les joueuses réalisent chaque jour un parcours complet de dix-huit trous. Pour les meilleures d’entre elles qui resteront quatre jours, cela représente un total de soixante-douze trous. Chaque soir les moins bien classées sont victimes du « cut » elles sont éliminées et ne participent pas à la session du lendemain. Et même si au deuxième matin les dix-neuf françaises sont encore en lice c’est finalement l’américaine Beth Allen, tête de série numéro un, qui remporte le tournoi.

Elle succède à la française Céline Herbin, vainqueur de l’édition 2015. Cette dernière m’explique la disparité entre homme et femme dans le monde du golf : « au-delà du jeu, les moyens financiers sont complètement différents ». Pour exemple la dotation est de trois millions et demi d’euros sur l’Open de France masculin, elle est quatorze fois inférieure pour l’Open féminin. « Comme dans beaucoup de secteurs », se désole-t-elle.

 

Du vert et pas beaucoup de rose

Malgré son image élitiste, le golf est une discipline relativement précaire pour les femmes. Le montant de la dotation prime souvent sur les résultats sportifs et il est partagé entre toutes les joueuses selon leur classement. L’argent gagné permet juste de financer son équipe, ses trajets, son logement… « Seules les premières du classement s’en sortent bien, les autres ne gagnent que très peu. »

Autre frein pour ces jeunes femmes, concilier carrière et vie de famille reste compliqué. Aujourd’hui de plus en plus de filles commencent assez jeunes et atteignent leur « retraite » à trente ans. Peu reconnues en France, elles pâtissent des clichés qui collent à leur sport, du peu d’engouement du grand public et du manque de médiatisation des grandes compétitions. Loin des pays comme l’Angleterre ou les Etats-Unis où le golf est plus populaire et compte de nombreux fans. Plus jeunes que je le pensais, moins riches aussi, cette compétition a changé ma vision des golfeuses et du golf. Mais les mentalités sont tenaces et comme Patricia Meunier-Lebouc me le confiait « c’est lentement que cette discipline évolue, il faut qu’on encourage les gens à aller voir davantage sur le terrain ».

 

Camille Hernandez

& Benoit Pelegrin

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