Double-Je(u)

Ma soeur (et mon frère), ce héros !

30 janvier 2018

Etre sportif de haut-niveau comme son frère ou sa soeur, ça se passe comment ? Camille et Lucas Serme et David et Gaëlle Skrela, deux fratries de haut-niveau, racontent comment leur relation fraternelle et leur amour du sport se sont mêlés durant leur vie, pour susciter solidarité, inspiration, empathie et même, parfois, de la rivalité !

Ils sont frères et soeurs, ils sont sportifs de haut-niveau et ils ont vécu leur passion pour le sport dans le même foyer. D’un côté, l’aînée Camille Serme, 28 ans, numéro un française de squash et numéro 2 mondiale. Trois ans de moins, Lucas Serme, champion de France 2017, a emprunté le chemin de sa soeur, par amour pour le squash. De l’autre côté, Gaëlle Skrela, 34 ans, basketteuse de l’équipe de France, tout juste retraitée des parquets. Son frère, David, quatre ans de plus, ancien international de rugby, tout comme leur père, Jean-Claude, devenu par la suite entraîneur. Comment ces deux duos fraternels ont partagé, en grandissant, leur amour pour le sport ? Et comment leur passion sportive a t-elle nourri leur lien filial ? Les souvenirs d’enfance, la pression de porter le même nom, la jalousie, la transmission et l’envie d’être utile à l’autre…les Serme et les Skrela racontent, avec leur coeur, comment ils ont partagé un même engouement et le même sang.

 

Vacances en famille et chamailleries sportives

Les Serme et les Skrela ont tôt baigné dans le sport. Avec un père ancien rugbyman renommé, Jean-Claude Skrela, pas étonnant que l’enfance des Skrela fut sportive. Mais attention, dans la famille, on faisait du sport, mais chacun pouvait pratiquer celui qu’il voulait. « Notre mère était institutrice donc on passait nos deux mois en famille », se souvient Gaëlle. « Comme on habitait à la campagne et qu’on avait peu de voisins, on faisait du sport ensemble », poursuit David Skrela. Du ski, du foot, ou même du vélo : le rugbyman se souvient des tours en deux roues autour de la maison avec sa petite soeur pendant le Tour de France. « On avait délimité un parcours et on devait faire cinq tours : je la doublais exprès à la dernière minute et elle râlait…elle était mauvaise perdante ! » Les parents de Lucas et Camille Serme n’ont pas fait carrière dans le sport. Mais le couple voulait que leurs enfants « essayent plusieurs sports » jusqu’à ce qu’ils trouvent leur bonheur. «Camille avait commencé à jouer au tennis donc j’ai joué au tennis », se souvient encore Lucas. Et puis, le duo a viré vers un autre sport de raquette, le squash. Lucas raconte que Camille jouait déjà avec Coline Aumard, son amie de l’époque, devenue depuis professionnelle. « Il frappait contre un mur, en tapant la balle tout seul », se remémore Camille. Donc je lui ai proposé de tester le squash. Lucas se mettra au squash et n’arrêtera plus jamais. Sa soeur non plus.

 

Ressembler à son aîné

Si Lucas et Camille Serme pratiquent le même sport aujourd’hui, c’est « un concours de circonstance » selon le benjamin. Mais Lucas admet avoir été inspiré par son aînée. « Je voulais apprendre tout ce qu’elle avait appris quand elle rentrait du sport et de l’école. C’était ma grande soeur qui me tirait vers le haut. » Camille Serme a récemment visionné des vidéos familiales. « Je me souviens, sur l’une d’elles, on nous voit jouer tous les deux avec des petites figurines. Lucas me regarde et il fait les mêmes gestes que moi, c’est assez marrant ! » Gaëlle Skrela voyait aussi son frère David, de quatre ans son aîné, comme un exemple. « Dès qu’il faisait un truc, je voulais faire comme lui. » Enfants, Gaëlle et David accompagnent le mercredi après-midi leur père sur sa mission d’entraîneur du Stade Toulousain, pour laisser du temps libre à la maman. Pourtant, même avec un père et un frère rugbymen, Gaëlle n’a « jamais eu envie » de toucher le ballon ovale. Gaëlle choisira le basket, un sport dont elle est tombée amoureuse quand elle était au CE1. Mais quelques années après avoir débuté le basket, son frère a été une inspiration vers le haut-niveau. « C’est vrai que quand je voyais mon frère faire des sélections régionales, je me disais que je pourrai peut-être faire pareil. »

 

La pression du nom de famille

Quand Gaëlle a commencé sa carrière, elle a subi à plusieurs reprises le fait de s’appeler Skrela. « Il y a eu des méchancetés, des moqueries…les gens qui disaient que j’étais là parce que je m’appelais Skrela. » Mais la joueuse de basket a fait avec. « Je me disais que ça faisait partie du jeu. » Heureusement, dans le basket, tout le monde ne lui renvoyait pas constamment à son héritage. « Parfois, en sélection, certaines de mes co-équipières se demandaient qui était mon père. Même mon compagnon, qui venait du basket, se demandait pourquoi on faisait un flan de mon nom de famille ! » Gaëlle Skrela se juge plus chanceuse que David. « Ca ne fut pas facile pour lui non plus. Il a eu la chance de ne pas jouer au même poste que mon père. » Mais pour David Skrela, ce nom de famille a été une force pour leur fratrie. « Avec Gaëlle, on a du montrer qu’on était là parce qu’on avait travaillé dur, et pas grâce à notre nom de famille. Et ça, ça nous a endurci. » Aujourd’hui, Lucas, lui, ne ressent pas de pression de s’appeler Serme. Mais le joueur de squash se souvient de ce qu’il ressentait plus jeune. Camille avait eu une carrière junior plus fulgurante que lui. « C’est loin aujourd’hui, mais plus jeune, je ressentais peut-être un peu de jalousie. » Ce sentiment, il en a fait part à sa soeur, il y a quelques années. « Il a eu besoin de me le dire, confirme Camille Serme. J’étais surprise, je ne m’en étais pas rendue compte. »

 

Vers une relation d’égal à égal

Etant donné le caractère « indépendant » de son frère, Camille a veillé à ne pas trop « intervenir » dans sa carrière. « Mais s’il vient me demander des conseils, je vais lui en donner. » Lucas Serme se souvient qu’à son adolescence, Camille lui parlait « des petits pièges à éviter » dans sa progression vers le haut-niveau, ou de la préparation mentale. « C‘était bien d’avoir quelqu’un comme ça, qui savait par où j’allais passer.  Aujourd’hui que chacun à sa carrière et qu’on est tous les deux entourés, on s’apporte plus du soutien mutuel. »Le soutien, dont Lucas parle, c’est par exemple ces moments où Camille vient voir Lucas sur ses matches lorsqu’ils jouent dans la même ville. « C’est très stressant, car je suis à fond derrière lui, et c’est aussi quelque chose que j’adore. C’est rigolo, car on a 25 et 28 ans, mais c’est toujours mon petit frère et j’ai encore envie de le protéger. » Gaëlle se souvient du soutien de son frère lors de son opération du genou en 2007. « La première semaine après l’intervention, c’était compliqué. Il était venu me rendre visite et m’avait fait un pansement sur la jambe. Blessé plusieurs fois au fil de sa carrière, David Skrela a fait profiter sa soeur de son expérience malencontreuse. « Je lui disais que ça m’avait permis de couper un peu, penser a autre chose, de me re-préparer physiquement. S’envoyer un sms pour se parler, se dire qu’on comprend, que ce n’est pas grave, ca permet de relativiser et de rebondir. »

Au fil des ans, rapport entre le plus âgé et le plus jeune s’est aussi inversé. « Pendant un temps, je l’ai tiré vers le haut, se souvient Camille Serme à propos de Lucas. Mais maintenant, quand je m’entraîne avec lui, c’est lui qui me tire vers le haut ! C’est drôle. » David Skrela connaissait le basket mais sa carrière de sa soeur lui a permis d’en savoir davantage. « Je regardais juste les grandes compétitions, je n’étais pas fana de basket. Mais avec Gaëlle, je me suis intéressé au jeu féminin, j’ai essayé de comprendre les règles, de décrypter les fautes…». Aujourd’hui, le frère et la soeur partagent ce goût du basket. « L’autre jour, on est allés à un match de l’Équipe de France de basket. Elle connaissait tout le monde et moi, je ne connaissais personne ! », plaisante t-il. Voici pour la curiosité assouvie. Et pour le sport, alors ? « Avec David et mon père, on va parfois chercher des champions ! » confie Gaëlle Skrela. « Mon père est un dingo, confirme David. Il prend aussi mes enfants avec nous. Il ne faut pas croire…c’est dur de ramasser les champignons, c’est un sport très accroché ! »

Assia Hamdi

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