Billets d'humeur

« Ce que votre magazine m’a inspiré » 

22 décembre 2017

« Mesdames, Messieurs,
J’ai découvert, avec un temps de décalage, je vous l’accorde, le numéro 1 du magazine Les sportives. J’y ai trouvé des articles sur des questionnements qui m’animent depuis de nombreuses années en tant que sportive, femme et mère aussi.
Ces derniers m’ont inspiré ce texte, que je vous livre aujourd’hui, en toute humilité.
Merci à vous pour ce magazine.
Cordialement
Emilie
C’est quoi être une sportive ?
A la maison, nous sommes deux. Deux sportives.
D’abord, il y a ma fille. Lisa, 13 ans, escrimeuse et footballeuse en club, mais aussi skieuse, escaladeuse, handballeuse, vététiste, nageuse… athlète.
Son rêve : gagner les jeux olympiques…
Elle pratique ses sports plus de 10 heures par semaine.
Les discussions à table tournent souvent autour des tactiques à mettre en place ou du dernier évènement sportif de la semaine.
Lisa est une sportive.
Être sportive à 13 ans, c’est lutter contre les préjugés. Lutter contre ceux qui disent que c’est un garçon manqué parce qu’elle est habillée en sportwear (à ceux-là, elle leur répond qu’elle est une fille réussie), lutter contre ceux qui pensent qu’une sportive ne peut pas avoir 18 de moyenne (elle n’en aurait pas l’allure…) mais aussi contre ceux qui l’appellent jeune homme parce qu’elle a les cheveux courts.
Être sportive à 13 ans, c’est lutter contre ces équipes de garçons qui se moquent des équipes de filles avec l’accord de leur entraineur. C’est lutter contre ces mêmes entraineurs qui traitent les garçons de filles lorsqu’ils jouent mal sur le terrain. C’est lutter encore et toujours contre ces entraineurs qui mettent les filles dans les buts, qu’elles le veuillent ou non, parce qu’aucun autre garçon ne veut occuper cette place.
Être sportive à 13 ans, c’est savoir s’affirmer, accepter d’être différente des autres, accepter que les garçons te regardent comme un copain plus qu’une potentielle petite amie.
Être sportive à 13 ans, c’est s’engager au quotidien, être passionnée, énervée parfois, fatiguée aussi.
Être sportive à 13 ans, c’est surtout rêver, croire en soi, croire en celle que l’on est et celle que l’on sera demain.
Être sportive à 13 ans, c’est n’avoir aucune limite.
Ma fille sera entraineuse d’escrimeuses et escrimeurs de haut-niveau.
Elle sera journaliste sportive.
Elle montera sur un podium aux jeux olympiques…
A la maison, nous sommes deux. Deux sportives.
Il y a moi aussi, Émilie, femme de 39 ans, épouse et mère de sportifs acharnés.
J’ai découvert sur le tard que j’étais une sportive.
Je me suis longtemps demandée s’il y avait des vraies et des fausses sportives.
Celles qui performent, celles qui n’y arrivent pas.
Je pensais faire partie de la seconde catégorie.
Trop grosse, pas assez endurante…
Je n’ai jamais eu le physique de la sportive. Celui que l’on voit dans les films ou les pubs.
Celui que nous imposent les magasins de sports (il ne faut pas être trop grosse si l’on veut trouver des habits de sport à sa taille. Ou alors, il faut aller dans le rayon homme… Inadmissible…).
Le sport fait partie de ma vie.
De ma vie de femme, de ma vie de mère.
A force d’encourager mes enfants sur le bord des pistes d’escrime, j’ai eu envie de m’y essayer.
Je ne serai jamais championne olympique, c’est certain.
Faire de la compétition, j’y pense.
Ressentir cette montée d’adrénaline lorsque l’arbitre annonce le début du combat.
Sentir la piste sous ses pieds, observer, imaginer, réussir…
Et surtout prendre plaisir, s’amuser…
Ressentir mon corps en action. Exister…
Être sportive à 39 ans, c’est accepter d’avoir de nouveaux rêves, à la hauteur de son physique.
C’est se dire que l’on peut aller plus loin.
C’est se dire que l’on peut contribuer à faire évoluer les mentalités.
Être sportive à 39 ans, c’est accompagner sa fille dans ses rêves, dans ses revendications, dans ses combats.
Pour que les sportives de demain puissent évoluer sans barrière.
Qu’elles n’aient plus à se battre pour exister. »

Emilie Genon

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