Sportives de caractère

Maïna-Edith Joly, le roller-derby « démoniaque »

21 décembre 2017

Maïna-Edith Joly est une toulousaine de 27 ans, pratiquante passionnée du Roller Derby depuis 7 ans. Elle a enfin trouvé son sport, celui dans lequel « je n’étais pas obligée de sourire tout le temps, de porter des paillettes et surtout de tenir mes bras ». Rencontre avec cette sportive du dimanche « démoniaque ».

« Je pratique le Roller Derby depuis 6 ans. Avant d’en arriver là, je suis passée par plusieurs disciplines qui me convenaient plus ou moins. Je viens d’une famille où la pratique sportive est primordiale, tous les membres de celle-ci ayant trouvé la leur, il a bien fallu que je trouve le mien. J’aurais pu me contenter d’un simple “oh non, vous savez le sport c’est pas mon truc, j’en ai fait un peu quand j’étais plus jeune mais non merci.” J’aurais pu.
A vrai dire j’ai commencé à patiner à 5 ans. D’abord sur de la glace, avec des tutus et des combinaisons en velours, des paillettes et toute la panoplie de la belle petite patineuse artistique. Jusqu’au jour où Madame L. m’a crié dessus en me disant que je ferais mieux d’aller faire du hockey puisque j’étais incapable “de tenir mes bras”. Ce n’était pas une si mauvaise idée… Mais je me suis un peu acharné pour être la danseuse parfaite, j’en étais malheureusement bien loin. C’est le roller de vitesse qui m’a conquise à l’âge de 11 ou 12 ans. Enfin un truc où je n’étais pas obligée de sourire tout le temps, de porter des paillettes et surtout de tenir mes bras. J’y étais bien. Jusqu’à ce que mon corps ne supporte plus et que mes chevilles se fragilisent. Une pratique soutenue avec des patins en ligne n’étaient finalement peut être pas faite pour moi. Les années ont passées, j’étais vraiment malheureuse de ne pas pouvoir patiner autant que je le souhaitais. Mais le destin a bien fait les choses en me mettant sur la route de l’association Roller Derby Toulouse. Depuis 2011, ma vie est rythmée par le roller derby. L’engagement associatif et sportif m’a offert une nouvelle vision de l’avenir. J’y ai clairement trouvé mon compte, en tant que patineuse “expérimentée” j’y ai vite trouvé ma place. J’en ai fait une priorité dans ma vie car je me suis sentie bien dans cette discipline très rapidement. »

Le Roller Derby débarque en France en 2010 avec le film Bliss de Drew Barrymore. Il s’impose petit à petit auprès de quelques passionnés qui créent des associations aux quatre coins de la France. Maïna-Edith Joly tombe elle aussi sous le charme et fait partie de ces passionnés qui vont participer au développement de cette discipline. Elle y trouve tous les ingrédients importants pour elle : « le patin, le contact et une ambiance qui semblait être démoniaque ! ». Marqué par une culture du spectacle et un folklore venant des Etats-Unis (pseudonyme et numéro choisi par les skaters, présentation au micro de chaque équipe quel que soit le niveau de jeu), ce sport demande également un fort investissement sportif et le dépassement de soi.
« Concrètement, on pourrait le décrire comme un sport de contact sous forme de course à points. Deux équipes, composées de 14 joueuses, s’affrontent sur un match d’une heure, découpé en deux mi-temps de trente minutes elles-mêmes découpées en micro périodes de maximum deux minutes appelés “JAM”. Cinq joueuses de chaque équipe sont envoyées sur la piste appelée “TRACK”. Différents postes sur le match : la jammeuse, reconnaissable à l’étoile portée sur son casque, est chargée de marquer les points. Comment ? En dépassant les adversaires appelées bloqueuses, au nombre de 4. Les huit bloqueuses sur le track forment le “PACK”. La mission des bloqueuses est d’empêcher la jammeuse de les dépasser et de faire ses tours ; et en même temps elles doivent faire passer leur jammeuse.
Tout n’est pas autorisé évidemment, il y a des zones légales avec lesquelles et dans lesquelles on peut frapper. La première jammeuse qui sort du PACK obtient le statut de LEAD JAMMER et lui permet d’arrêter le JAM quand elle le souhaite en frappant sur ses hanches.
En résumé de résumé, pendant chaque jam, les deux jammeuses font une course aux points, qu’elles obtiennent en dépassant les bloqueuses adverses qui elles-mêmes mettent tout en œuvre pour garder la jammeuse adverse et faire passer la leur. L’équipe vainqueure est évidemment celle qui aura marqué le plus de points à la fin du match. » explique Maïna-Edith. Ce sport au départ exclusivement féminin s’ouvre depuis quelques années aux hommes avec des règles du jeu identiques.

Maïna-Edith Joly entame sa 7e saison avec l’équipe all stars de Toulouse, la Nothing Toulouse, championne de France en titre et 4e au classement européen. Elle joue également en équipe de France depuis 2013 et a participé à la dernière Coupe du Monde en 2014 à Dallas. La prochaine aura lieu en février prochain à Manchester et, Maïna-Edith fait d’ores et déjà partie de l’effectif sélectionné.

Mais le parcours de cette sportive ne s’arrête pas à la pratique, elle décide de s’investir dans le développement de son club en intégrant tout d’abord le staff de l’équipe masculine de Toulouse, les Quad Guards, accompagnée de Killian, joueur de l’équipe et Jenna, l’une de ses coéquipières. La saison dernière, pour la première fois, l’équipe a réussie à se qualifier pour les championnats MRDA du monde en équipe où elle termine à la 5e place. Un résultat très encourageant pour cette première participation d’une équipe française. Le prochain objectif de cette équipe : faire toujours mieux avec en ligne de mire le championnat du monde à Portland en 2018.

Elle exerce aussi ses fonctions d’encadrement auprès de l’équipe de France masculine. Pour Maïna-Edith, le coaching a un impact important sur sa pratique : « A mon sens, le coaching est un vrai plus pour améliorer ses performances personnelles. On est obligé de mettre des mots et des explications sur des choses qui nous paraissent logique ou simple à comprendre. Finalement ça m’oblige à décortiquer ce que j’ai en tête et me pousse du coup à chercher de nouvelles solutions ou de nouvelles techniques. D’autre part, j’ai beaucoup de chances de pouvoir évoluer dans deux staffs composés de gens passionnés et avant-gardiste, je prends au même titre que les joueurs, tous les conseils que les autres membres du staff peuvent donnés et c’est toujours des billes en plus pour étoffer mon jeu personnel. J’ai aussi la chance de pouvoir évolué avec deux collectifs composés de gars vraiment incroyables, la coupe du monde de Calgary et le championnat MRDA ont été des expériences parmi d’autres, mais de loin les plus belles et les plus fortes avec ces deux collectifs. »

Maïna-Edith s’estime reconnue dans sa discipline et reste très motivée : « Le Roller Derby est un sport qui ne cesse d’évoluer et je suis vraiment contente de pouvoir faire partie de cette aventure. Malheureusement, il reste un sport qui coûte cher car nous avons encore peu de moyens pour défrayer les athlètes. C’est un budget énorme à investir pour pouvoir vivre notre passion à 100%, ce sont des sacrifices personnels et lorsqu’ils deviennent professionnels, c’est le serpent qui se mord la queue. Un refus d’évolution -pour pouvoir avoir le temps de s’entraîner et être à la hauteur des attentes des coachs et du reste du collectif – engendre des pertes financières donc des difficultés pour se déplacer pour les matchs car les coûts sont souvent élevés. J’espère vraiment que le sport va pouvoir continuer à se développer et que les associations auront plus de moyens d’un point de vue financiers et pour l’obtention de structures adéquates auprès des mairies pour pouvoir s’entraîner dans de bonnes conditions. J’ai bon espoir, restons optimistes ! Le Roller Derby mérite vraiment qu’on s’y intéresse et je remercie le destin de m’avoir permis de vibrer à travers ce sport toutes ces années. »

Déborah Sarfati

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