En-Tête

Badminton : la mixité au service de la discipline

2 novembre 2016

Les Internationaux de France de Badminton viennent de se terminer. Du 25 au 30 octobre deux cents cinquante joueuses et joueurs se sont affrontés à Paris au stade Pierre de Coubertin. Des rencontres de très haut niveau pour un sport largement méconnu.

Ils sont 230 millions dans le monde. On les reconnait facilement à leurs réflexes aiguisés, leur jeu de jambe alerte, leur goût pour les bouchons de liège et les plumes d’oies. Ce sont les joueurs de badminton, une espèce en plein essor. Et les meilleurs d’entre eux étaient réunis la semaine dernière au Stade Pierre de Coubertin à Paris.

Les Internationaux de France, sponsorisés depuis 2009 par la marque japonaise Yonex, sont un événement mondial. « Le tournoi est pour nous le plus important de la saison, devant même les jeux olympiques » confie un responsable de l’équipementier sportif, qui voit dans la compétition parisienne une formidable vitrine pour promouvoir tenues, volants et raquettes.

Presque tous les meilleurs mondiaux ont fait le déplacement : vingt des vingt-quatre plus grands joueurs du moment sont ainsi alignés. Une poignée a toutefois déclaré forfait à la veille de la compétition. En cause la fatigue accumulée au fil d’une saison intense et la proximité du prestigieux Open du Danemark qui s’est terminé deux jours seulement avant le tournoi de Paris. Sans compter l’étape Rio venue s’ajouter cette année au calendrier.

Chez les hommes le circuit est (archi) dominé par le malaisien Lee Chong Wei, numéro un mondial depuis huit ans. Ses poursuivants sont asiatiques : chinois, thaïlandais, indonésiens, coréens… à l’exception de quelques joueurs danois. Chez les femmes l’espagnole Carolina Marin tient la tête du classement, là encore européenne isolée devant une longue liste de championnes asiatiques.

Le badminton est une discipline à part, trop souvent dans l’ombre de son grand frère le tennis. Sport olympique depuis Barcelone en 1992, il est pourtant très populaire et largement pratiqué en milieu scolaire. En compétition il compte cinq catégories : simple hommes, simple dames, double hommes, double dames et double mixte. Les mêmes qu’au tennis mais à notoriété et importance équivalentes.

Chen Qingchen et Zheng Siwei, vainqueurs du double mixte 2016 Crédit : Badminton Photo

Chen Qingchen et Zheng Siwei, vainqueurs du double mixte 2016
Crédit : Badminton Photo

Dès le premier jour de la compétition le double mixte déclenche les passions du public nombreux. Les français Delphine Delrue et Thom Gicquel, alignés face à une paire taïwanaise, remportent leur première rencontre. Largement soutenus par des supporters un brin chauvins entièrement acquis à leur cause, ils sortent du terrain le sourire aux lèvres. Delphine « un peu stressée » confie « la salle est impressionnante, le public aussi. Mais on se détache vite de la pression. ». La jeune femme qui a intégré l’INSEP depuis un mois et demi se réjouit « de battre des garçons. Ça fait du bien, c’est important et ça n’arrive qu’en double mixte ! ». Son partenaire Thom, lui aussi fraichement arrivé à l’INSEP, est ravi et salue la performance de sa partenaire : « en double mixte la différence est faite par la fille. Pour moi c’est agréable de s’entraîner avec des filles, de jouer avec des filles. »

Face à un double anglais la française Anne Tran – qui joue en double avec Jordan Corvee – n’a pas connu la même réussite. Elle explique « c’est la fille qui prend l’initiative, elle joue au filet, devant son partenaire, déploie la tactique et cherche la faille dans le jeu adverse. Le mec joue plutôt derrière, la couvre et doit souvent conclure ». La différence de puissance entre l’homme et la femme est compensée par la trajectoire du volant. Malgré une vitesse de sortie de raquette avoisinant souvent les 400 km/h, il décélère vite. L’importance de la stratégie, de la rapidité de mouvement et de l’intelligence placement prend alors le dessus.

Au niveau amateur, le double mixte est souvent pratiqué par… des couples. On joue avec son conjoint comme Marie-Christelle Gauche et Nicolas Cochet licenciés à Nozay dans l’Essonne (91) et qui arpentent les tribunes de Coubertin : « on joue au niveau nationale 2 et on affronte beaucoup de couples ». Des couples qui peuvent être aussi des jeunes parents traînant leurs bambins aux entrainements et aux compétitions : « on les appelle les bébés badminton, il n’est pas rare d’en voir au bord des terrains ».

A l’image du double mixte, la fédération française de Badminton fait figure de bon élève en matière de parité. Les statuts ont été rédigés en ce sens. Un plan de « sport pour tous » est à l’œuvre et vise clairement la féminisation de la pratique et de l’encadrement. Avec ses soixante mille joueuses en France et ses cinq cents clubs présidés par des femmes, l’état des lieux actuel est plutôt positif.

Enfin le badminton est un sport accessible, il n’est pas nécessaire d’avoir un excellent niveau pour jouer et se faire plaisir. C’est aussi un des sports les moins onéreux, une raquette coûte environ quarante euros et la licence une centaine d’euros. De bonnes raisons pour chausser ses baskets et fouetter du volant, en attendant la prochaine édition des Internationaux de France en octobre prochain.

 

Benoit Pelegrin

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