Double-Je(u)

Amélie Mauresmo, la pionnière

29 juin 2018
Première femme nommée sélectionneur de l’Equipe de France de Coupe Davis, Amélie Mauresmo a fait ses preuves comme joueuse puis comme coach depuis 2012. Dans sa vie privée, sans le vouloir, l’ancienne numéro un mondiale a aussi bousculé les codes.

 

C’est fait. A 38 ans, Amélie Mauresmo a été choisie par la Fédération française de tennis pour prendre les rênes de l’Équipe de France de Coupe Davis. Après Gala Leon et Conchita Martinez en Espagne, Mauresmo devient en France la première femme à occuper ce poste convoité de capitaine de la sélection masculine. Par son palmarès unique, ses réussites de coach et ses combats dans sa vie privée, Amélie Mauresmo a bousculé l’image de la sportive et de l’homosexualité dans le sport.

Le plus beau palmarès du tennis français

Française la plus titrée en simple, Amélie Mauresmo a remporté vingt-cinq titres dont surtout l’Open d’Australie et le tournoi de Wimbledon. Neuf ans après avoir rangé sa raquette, elle reste la seule joueuse de tennis, hommes et femmes confondus, à avoir décroché deux titres du Grand Chelem en simple. Après Françoise Dürr, Simone Matthieu et Suzanne Lenglen, Amélie Mauresmo a aussi été en 2015 la quatrième Française de l’histoire intronisée au International Tennis Hall of Fame, le Hollywood Boulevard du tennis.

Si les bons joueurs ne font pas toujours de bons entraîneurs, Amélie Mauresmo a conseillé de Marion Bartoli lors de sa victoire en 2013, à Wimbledon. De 2012 à 2016, l’ancienne numéro un mondiale mène l’équipe de France de Fed Cup de la seconde division à la finale. Puis, en juin 2014, elle devient la première femme à coacher un joueur du haut du classement, en la personne d’Andy Murray. Une mission qu’elle assurera deux ans. Lorsque la presse a révélé que Murray allait travailler avec une femme, le joueur écossais a reçu un message d’un autre joueur devenu entraîneur. Interrogé par Elle, il a en a livré le contenu : « J’adore ton jeu avec la presse. Peut-être que demain, tu devrais leur dire que tu envisages de travailler avec un chien’. »

D’autres ont eu du mal à envisager que la joueuse la plus titrée du tennis tricolore puisse un jour coacher les Bleus. A commencer par Michael Llodra, dont elle fut la conseillère en 2010. « J’adore Amélie mais je ne la vois pas à ce poste, expliquait à L’Equipe en 2014. Je ne la vois pas gérer une équipe masculine avec tous ces egos, ces caractères. Il y a du travail dans notre équipe. Avec un seul joueur, comme Andy Murray, c’est possible, mais pas plusieurs. Il faut un homme pour ça. » Selon la sociologue du sport Béatrice Barbusse, « pour être un champion ou une championne, vu ce qu’on doit encaisser, il faut avoir un ego surdimensionné. Sans doute qu’aujourd’hui, cette remarque ne serait pas faite de cette façon. »

Coming-out, PMA…une pionnière par sa vie privée

Amélie Mauresmo a 19 ans en 1999. Et lorsqu’une journaliste lui pose une question. « Mon amie vit à Saint-Tropez », répond Amélie Mauresmo. Avant de préciser : « Amie, c’est ‘ie' ». Son homosexualité fait la une de la presse, à commencer par Paris Match, où elle pose avec sa compagne de l’époque. « J’étais encore d’une grande naïveté, a t-elle confié il y a quelques jours sur France 2. Mauresmo devient la première sportive française à faire son coming-out. Par cette précision, la Française n’avait en effet pas imaginé qu’elle ne se sentirait pas soutenue et qu’elle serait moquée. Les Guignols iront même jusqu’à imaginer cette marionnette virile et à la voix rauque pour la personnifier. « Si j’avais pu, je l’aurais fait d’une façon différente, peut-être moins brutalement. »

Le 9 avril 2015, c’est par un message touchant sur les réseaux sociaux que Mauresmo annonce sa grossesse. Deux paires de baskets, la sienne, et une autre, pointure bébé. Quelques jours après son annonce, Marine Rome, activiste LGBT et membre de l’association Les Dégommeuses, remerciait Amélie Mauresmo par un billet touchant, symbole de ce que Mauresmo a aussi provoqué chez bien d’autres femmes et hommes. Dans « L’Homosexualité aujourd’hui » sorti en 2008, le journaliste Didier Roth-Bettoni expliquait que la visibilité sportive d’Amélie Mauresmo avait « un rôle vis-à-vis des autres homosexuels, notamment des jeunes ou des plus fragiles, en leur offrant [un modèle valorisant et positif] dont des générations de gays et de lesbiennes ont été privés ». Il y a quelques jours, sur le plateau du journal télévisé, Mauresmo estimait nécessaire de permettre à toutes les femmes d’avoir le choix à propos de la PMA. « On ne peut pas refuser ça à une femme. Je suis maman, c’est un tel bonheur…on ne peut pas le refuser. »

Aux Etats-Unis, des athlètes ouvertement homosexuelles comme Megan Rapinoe ou Abby Wambach sont populaires. Vingt ans après, Amélie Mauresmo reste l’une des seules sportives françaises à avoir fait son coming-out en France. « Il reste en effet très difficile pour ces sportives de s’afficher comme homosexuelles vis-à-vis de leurs fédérations, du circuit et de leurs sponsors », expliquait en 2015 Anthony Mette, psychologue du sport, dans son livre « Les Homos sortent du vestiaire ». Discrète sur sa vie privée, Amélie Mauresmo est devenu un symbole des droits homosexuels sans l’avoir cherché mais détient surtout le plus gros palmarès de l’histoire du tennis. Numéro un mondiale. Deux titres du Grand Chelem. Entraîneur d’un joueur du Big Four. Une Coupe Davis comme coach ? Pionnière sur les courts et en dehors, elle devient une fois de plus pionnière à un poste suprême.

Assia Hamdi

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