Dans leurs veines A sang pour Sang

Transat Jacques Vabre 2017, à la rencontre de Justine Mettraux et Miranda Merron

6 octobre 2017

A l’occasion de la Transat Jacques Vabre 2017, focus sur Justine Mettraux et Miranda Merron. Deux navigatrices hors pair, aux parcours différents, mais qui partagent la même vision sur la place de la femme dans la voile.

Elles seront six au départ de la Transat Jacques Vabre 2017, une première depuis 2007. Parmi elles, focus sur deux navigatrices positionnées sur l’épreuve Class40, celle des voiliers de 40 pieds. D’un côté, la skippeuse britannique chevronnée de 48 ans Miranda Merron. De l’autre, la talentueuse navigatrice suisse Justine Mettraux, 31 ans. Si leur profil diffère, leur parcours révèle une même vision de la course en duo en haute mer et de l’évolution de la femme dans la voile.

 

L’expérience de Miranda Merron, l’audace de Justine Mettraux

Publicitaire il y a encore 14 ans, Miranda Merron a mis les voiles pour aller voguer en haute mer. Vainqueur de la Transat Jacques Vabre en 1999, la Britannique a depuis participé à la Route du Rhum, à la Québec – Saint-Malo et à la Volvo Ocean Race. Joli CV. Cette année, la navigatrice va concourir sur la Transat aux côtés de son compagnon, Halvard Mabire, pour Campagne de France, sur un bateau pensé par le couple. Un peu plus jeune, Justine Mettraux, est en pleine éclosion. Deuxième de la Mini Transat en catégorie série, la Suissesse de 31 ans a notamment participé en 2014-2015 à la Volvo Ocean Race aux côtés de Samantha Davies. Cette année, le principal fait d’arme de Justine est d’avoir terminé septième de l’édition 2017 de la Solitaire du Figaro, qui réunit chaque année les meilleurs marins de haute mer. Une course qu’elle achevait à la 27e place un an plus tôt. Depuis 2008, aucune femme ne s’était dans les dix premiers de cette épreuve phare de la catégorie. « Il y a tout le monde sur le même bateau, toutes les fins d’étape étaient serrées. Mais j’ai réussi à rester concentrée. » Une pincée d’expérience d’un côté, un soupçon d’audace de l’autre, la recette indispensable en haute mer.

 

La voile, une histoire de famille

Photo Miranda Merron – Crédit Christophe Breschi

Née en Angleterre, Miranda Merron a commencé à naviguer sur la Seine à cinq ans. « On voyageait beaucoup pour le travail de mon père. Cette fois, on habitait à Seine-Port, dans l’Essonne. » Suissesse, Justine Mettraux a elle aussi découvert la voile en famille… mais sur le Léman. « Pendant les vacances, on naviguait sur le bateau acheté par mon père. Ce sont des souvenirs de vacances, de chaleur, de liberté… » Aujourd’hui, quatre des cinq enfants Mettraux sont skippers professionnels et naviguent parfois ensemble. Basée à Lorient depuis 2012, Justine a appris à « gérer les situations difficiles », à mieux se connaître en mer et sait aujourd’hui ce qu’elle doit mettre en place pour qu’il n’y ait pas de vagues dans une course. Miranda Merron a elle aussi longtemps vécu sa passion en famille, d’abord avec son père, « un très bon navigateur ». De cette époque restent les virées familiales en dériveur sur le lac Ontario, au Canada, à Porto Rico…et des souvenirs uniques. « Un jour, on a croisé un énorme bateau de pêche rouillé et plein d’antennes…c’était un bateau russe espion de la Guerre Froide. » Exilée à Tokyo, Paris ou Sydney pour sa carrière dans la pub, Miranda ne s’éloigne jamais vraiment de la mer. « Quand je bossais en Australie, je régatais le soir et les week-ends. » Depuis 2011, l’amour du large se partage avec son compagnon, le navigateur français Halvard Mabire, 32 courses transatlantique au compteur. « C’est un très bon barreur. Pour ma part, je fais les manoeuvres à l’avant du bateau. » La complémentarité est manifeste, mais Miranda avertit. « En course, on n’est pas en couple ! »

 

Une femme à bord, quelque chose de « positif »

Photo Justine Mettraux – Crédit Christophe Braschi Arrivée du Vendée-globe 2016/2017

Du club de voile de la fac de Cambridge, où elle s’entraînait « avec des garçons », jusqu’à ses innombrables courses, en passant par l’aventure du Trophée Jules Verne sur le Royal Sun Alliance, Miranda Merron a eu l’habitude de naviguer en mixité. Aujourd’hui, la skippeuse britannique est optimiste sur l’avenir de la femme dans la voile. « Les sponsors ont plus de risques à mettre de l’argent sur une femme mais les femmes sont de plus en plus acceptées. Par exemple, on ne questionne plus le talent de Sam Davies. » Selon Justine Mettraux, il est « plus difficile » pour une femme de rejoindre un équipage, mais la navigatrice suisse retient que des quotas féminins ont été instaurés sur certaines courses, comme sur la Volvo Ocean Race, le tour du monde en équipage avec escales. « Les hommes ont vu qu’avoir une femme à bord pouvait être positif. » Pour le moment, pourtant, c’est l’équipage en duo qui convient le plus aux deux navigatrices qui préparent la Transat Jacques Vabre. Pour Justine Mettraux, le duo « permet de se répartir les manoeuvres et de pouvoir parfois rester seule ». La navigatrice se sent bien en solitaire, elle s’imagine d’ailleurs bien tenter le Vendée Globe en 2020. Miranda Merron voit pour sa part le duo comme plus gratifiant que le gros équipage. « Il faut tout savoir faire, on dort beaucoup moins, on s’épuise plus, mais à l’arrivée on a mérité sa bière ! » Avant de trinquer à la victoire, Justine Mettraux et Miranda Merron vont devoir parcourir 4 350 milles, de la Transat, soit plus de 8000 kilomètres. « Il y a beaucoup de préparatifs derrière une course, admet Miranda Merron. Mais une fois qu’on part en mer, alors ca vaut le coup. »

 

Assia Hamdi

Crédit photo UNE : photo Miranda Merron – Crédit Jean-Marie Liot

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