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« Plus de femmes pour plus de sport – On fait comment ? »

22 mars 2018

En ce début d’olympiade, bon nombre d’indicateurs et d’initiatives traduisent une évolution sensible en faveur de plus d’égalité entre les femmes et les hommes dans le sport. Les freins au développement du sport féminin, tout comme les leviers sont régulièrement questionnés depuis maintenant plus de 30 ans au travers de multiples conférences tant internationales, européennes que nationales. Egal Sport et ses experts et expertes propose une analyse des suites du colloque « Plus de femmes pour plus de sport » qui s’est tenu le 24 janvier 2018.

Le colloque « Plus de femmes pour plus de sport » qui s’est tenu le 24 janvier 2018 à la Maison des Femmes à Paris, a réuni plus de 400 participant.e.s. A l’initiative du Conseil National des Femmes Françaises, de Femmes 3000, en partenariat avec Égal Sport et le Laboratoire de l’Égalité et sous le haut patronage du Ministère des Sports, de nombreux.e.s intervenant.e.s, sont venus témoigner de leurs expériences mais aussi partager différentes actions expérimentées.

Si le conseil de l’Europe a été le premier à proposer un séminaire  « Pour une plus grande participation des femmes au sport » en 1980 à Dublin avec des résolutions à l’intention des ministres des Sports, le congrès de Brighton en 1994, sert de référence et de point de départ à une mobilisation internationale pour le développement du sport féminin, c’est en 1999, en France avec notamment l’organisation des premières assises nationales « femmes et sports » sous l’impulsion de Marie-George Buffet, alors ministre chargée des Sports, que commence à s’élaborer une véritable politique pour le sport féminin.

Jusqu’en 2012, même si le développement du sport féminin est régulièrement affiché comme une priorité tant par le mouvement Olympique que par le ministère chargé des Sports, force est de constater que l’évolution est lente et qu’elle a connu de longues périodes d’oubli.

Les avancées des politiques publiques entre inefficacité et absentéisme

L’inefficacité des politiques sectorielles à réduire les inégalités entre les sexes ayant été constatée, le contexte des élections présidentielles de 2012 a ouvert une fenêtre d’opportunité pour une politique volontariste. Le comité interministériel pour l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui ne s’était pas réuni depuis douze ans, a été réactivé avec la volonté d’associer la société civile à sa démarche de réflexion. La mise en place d’une plateforme d’échanges et de débats a permis aux associations féministes, aux organisations non-gouvernementales et aux partenaires sociaux de s’y exprimer. La synthèse de ses contributions a nourri un relevé de décisions. Celui-ci ayant vocation à transformer la société et ses représentations en investissant toutes les sphères de la société avec une nouvelle dynamique interministérielle. Cette politique, organisée autour d’un document de politique transversale et de feuilles de route ministérielles élaborées lors de conférences pour l’Égalité a été mise en œuvre selon une approche intégrée. Elle a été renforcée par la loi-cadre du 4 août 2014, intitulée « pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes ».

A retenir donc cette volonté d’étendre la parité à toutes les sphères de la société deux articles qui ont impacté le sport. L’article 63 imposant des quotas pour la recomposition des comités directeurs des fédérations sportives a été un vrai catalyseur au sein de la gouvernance du sport. L’étude menée par Egal Sport sur la féminisation des instances dirigeantes, suite aux élections fédérales de 2016 et 2017, révèle une progression de 12,5 % pour les fédérations Olympiques et 12 % pour les fédérations Uni sports Non Olympiques.

L’article 56 portant sur le respect des Droits des femmes dans le domaine de la communication audiovisuelle, en terme notamment d’exposition et d’image a connu une application concrète dans le sport avec les opérations, en 2014 et 2015, des « 24 heures du sport féminin », devenus les « 4 Saisons du sport féminin ». A l’initiative du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), ces actions ont favorisé favorablement l’exposition médiatique des femmes dans le sport passant de 7 % en 2012 à environ 16 à 20 % aujourd’hui.

Alors qu’en 2006 seules 4 fédérations pionnières avaient élaboré de leur propre initiative un « plan de féminisation », la démarche s’est intensifiée à partir de 2013/2014 pour concerner 87 fédérations en 2016 – lorsque ce plan est devenu une civi conditionnait de la convention d’objectifs liant l’État aux fédérations sportives. Malgré une grande disparité, certains ne proposant que quelques actions mineures, ces plans ont eu un effet notable, générant des « bonnes pratiques » exposées lors des journées « Partageons nos Elles ». A l’initiative du ministère des sports, ces journées réunissant cadres techniques et bénévoles en charge du dossier femmes et sport dans les fédérations ont constitué des moments d’échange, de mutualisation d’expériences qui ont fédéré un nombre croissant d’acteurs.

Pour la première fois entre 2015 et 2016, l’augmentation des licences féminines (+ 16,54%) a été supérieure à celle des licences masculines.

 

Contexte favorable mais perspectives inquiétantes

Même si le contexte actuel est favorable entre : l’évolution du programme des Jeux Olympiques en faveur de la mixité ; le plan héritage Paris 2024 qui dresse les 24 mesures qui doivent constituer une part majeure de l’héritage durable de Paris 2024, au service des Françaises et des Français; les paroles du Président de la République prononcées le 27 novembre annonçant l’égalité femme – homme « grande cause du quinquennat ». Discours qui impose la nécessité de « changer en profondeur les mentalités », de « diffuser la culture de l’égalité » dans une société « malade du sexisme » ; ou encore le projet de Loi relatif à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 qui modifie les statuts du CNOSF afin d’assurer notamment une représentation équilibrée entre les femmes et les hommes.

Les 2018 interrogent : Alors que les conventions d’objectifs (CO) constituaient un moyen de pression non négligeable pour inciter bon nombre de fédérations à s’engager sur des axes jugés prioritaires, en échange de financement de l’Etat, il est aujourd’hui donné toute latitude aux fédérations dans le choix des actions présentées dans le cadre des CO qu’elles concluent avec le ministère des Sports.

De plus, les plans de féminisation n’apparaissent plus comme imposés au sein des CO, devenues pluri-annuelles, mais sont présentées comme un choix d’actions possibles parmi « toute action permettant de soutenir le développement de la pratique sportive ».

La dynamique engagée depuis 2012 nous semble bien trop récente pour avoir pu modifier durablement la représentation des genres dans le sport.

Du côté du CNDS, qui a connu une baisse substantielle en 2018, la correction des inégalités d’accès à la pratique et notamment entre les femmes et les hommes s’avère devenir un vrai casse-tête dès lors que le public ne se situe pas dans les territoires les plus carencés : Quartiers de la politique de la ville – QPV, quartiers présentant les dysfonctionnements urbains les plus importants et visés en priorité par le programme national de renouvellement urbain (PNRU – arrêté du 29/04/2015), zones de revitalisation rurale – ZRR (arrêté du 16/03/2017).

La reconduction du fonds CNDS médiatisation, pour partie en faveur de l’exposition médiatique du sport féminin, n’est qu’une bien faible consolation dans un contexte où les réductions budgétaires du ministère des Sports et du CNDS, semblent placer le sport féminin comme variable d’ajustement.

« Alors, on fait comment ? » Des siècles d’histoire l’ont prouvé : l’égalité ne va pas de soi.

 

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