Sportives solidaires et citoyennes

Soft power et sport : le cas de l’équipe féminine iranienne de football

9 août 2016

2016 est l’année européenne de la Lutte contre les Violences faites aux femmes. Il est intéressant de s’intéresser au Soft Power dans le sport et à la manière dont certains pays ont pu affirmer leur identité de manière différente sur la scène internationale.

 
halbaDr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat

 

« On ne sait jamais évaluer la portée réelle du Soft Power »

 

La participation de l’équipe iranienne de football aux Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2010 est un cas d’école. Elle a combiné de manière subtile lutte contre la discrimination faite aux femmes dans le sport et respect de l’idéal de Coubertin.

Inventé il y a une vingtaine d’années (Nye, 1990) le concept de Soft Power désigne « les méthodes d’influence développées par un État qui ne s’appuient pas sur la violence mais sur des éléments idéologiques ou culturels en vue de satisfaire les intérêts de la nation qui les met en œuvre ». Il peut utiliser des méthodes brutales comme la coercition, ou au contraire user de moyens plus fins comme l’incitation ou la séduction. Dans tous les cas, il cherche à influencer les décisions politiques en faisant apparaître certains choix comme prioritaires, pour qu’ils s’imposent par leur crédibilité et leur légitimité.

En 2010, la FIFA refusait la participation des footballeuses iraniennes aux JOJ, qui se tenaient alors à Singapour. Contraintes de porter un voile, les joueuses ne respectaient pas le règlement, qui interdit que l’équipement sportif présente « une inscription ou un slogan politique, religieux ou personnel ». Un compromis est finalement trouvé. Les joueuses peuvent disputer le titre. Elles ont en effet accepté de troquer leur voile contre un chapeau couvrant leurs cheveux mais qui ne couvrait pas l’oreille, avec l’accord de la délégation officielle d’Iran.

A partir d’un interdit autant culturel que religieux pour les femmes iraniennes – cacher ses cheveux, considérés comme un signe de luxure – une négociation a été possible avec les institutions sportives internationales. L’équipe iranienne a accepté que le voile soit remplacé par un chapeau qui n’est pas un symbole religieux mais respecte l’interdit. La FIFA comme la délégation iranienne ont usé de Soft Power et sont sorties gagnantes de cet échange de bons procédés. Les spécialistes en gestion et en communication parlent de stratégie gagnant-gagnant.

Team Iran on during the Women’s U16 International on April 26, 2016 in Gradisca d’Isonzo, Italy. Photo : Ferraro / IPP / Icon Sport

Les instances mondiales du football sont apparues comme magnanimes en acceptant d’adapter une règle qui proscrit tout signe religieux ou politique pour admettre la participation de l’équipe de football féminin d’Iran. Les jeunes iraniennes ont pu participer aux JOJ en montrant qu’elles étaient tout aussi modernes que les autres jeunes de leur âge, avec un chapeau qui les distinguaient des autres concurrentes. L’essentiel pour ces jeunes sportives comme pour la FIFA était bien de participer : l’idéal de Coubertin a connu une illustration originale.

Les JOJ ont accueilli en 2010 près de 3 600 sportifs, âgés de 14 à 18 ans. Ce message de tolérance et de flexibilité a certainement ouvert des horizons aux jeunes sportives de tous les pays musulmans, encore écartées des compétitions internationales ou interdites de pratique sportive, qui est réservée aux garçons. En 2015, les pays occidentaux ont acté la fin de l’embargo contre l’Iran à Vienne, consacrant ainsi le retour de la Perse dans les échanges internationaux. Ces JOJ 2010 étaient un signe précurseur – parmi d’autres – d’une volonté réciproque d’ouverture. Ils ont peut-être ouvert une brèche. On ne sait jamais évaluer la portée réelle du Soft Power.

 

pour en savoir plus www.iriv.net

 

En partenariat avec Sport et Citoyenneté 

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