Les hommes en parlent

Marc Lièvremont « Il faut se servir du modèle chez les hommes qui ne fonctionne pas pour trouver le juste équilibre pour les feminines »

2 février 2018

A la veille du tournoi des six nations, chez les femmes comme chez les hommes, et à 9 jours du Tournoi des 6 Stations Hiver, l’ancien troisième ligne en Top14, ex-sélectionneur des Bleus, Marc Lièvremont se confie sur la place des féminines dans le rugby.

L’intérêt des femmes pour le rugby est croissant tout comme la médiatisation de ses pratiquantes. Mais aussi des événements comme le Tournoi des 6 Stations qui organise pour sa 6ème édition une journée entière consacrée aux féminines. Le rugby est-il à un tournant de son histoire ?

Marc Lièvremont : « Il y a un véritablement engouement pour le rugby au niveau du sport scolaire et universitaire chez les filles, alors qu’on est plutôt en perte de vitesse chez les garçons, et pas mal d’entre elles se licencient. On ne peut que s’en féliciter. D’autant, qu’en ce moment, on parle beaucoup des commotions et de la place que prend l’aspect physique chez les hommes. Alors que le rugby au féminin est plus aéré et défend un modèle qui me convient avec davantage d’engagement et de passion tout en conservant l’esprit de combat. Parmi elles, il y a beaucoup d’étudiantes, d’enseignantes ou d’éducatrices. Ce double-projet est intéressant. »

Que pensez vous de la professionnalisation des femmes dans le rugby?

M.L : « Il faut trouver le bon compromis et se servir de ce qui se passe chez les hommes pour trouver le juste équilibre. Parce que d’un côté on voit que le modèle chez les hommes ne fonctionne pas et parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de suite les ressources pour faire vivre le rugby au féminin comme le rugby au masculin. Quand je vois tous les garçons qui restent sur le carreau une fois leur carrière finie, alors qu’ils ont sacrifié leurs études et ce qui va avec…Avoir une pluriactivité et préparer sa reconversion pendant sa carrière me semble à réfléchir consciencieusement. »

Lors du tournoi des six nations, cinq rencontres des moins de 20 ans masculin vont être rediffusées contre seulement trois pour les séniors féminines. Qu’est-ce-que cette disproportion vous évoque ?

M.L : « Avant les filles n’étaient pas du tout visibles, les choses avancent. Il faut positiver sur cette nouvelle médiatisation et ne pas polémiquer. »

D’autant que depuis un an, votre cousin Olivier Lièvremont fait parti des entraîneurs de l’équipe. Est-ce que cela a changé votre regard sur cette sélection ?

M.L : « Olivier est également mon filleul ! Donc c’est vrai que je m’intéresse aux féminines aussi parce que je suis content qu’il réussisse. Elles développent un jeu dynamique, tourné vers le mouvement et les garçons feraient bien de s’en inspirer.»

En 2011, vous aviez déclaré « Ma sœur a joué au rugby, malheureusement ! On était catastrophé dans la famille. Elle s’est fait mal, évidemment. [1]» Auriez-vous les mêmes mots aujourd’hui ?

M.L : « Certains ont repris cette phrase qui a crée la polémique mais qui correspondait à la réalité d’une famille de sept garçons et d’une fille qui a subi le rugby. Quand elle a commencé le rugby, cela nous a beaucoup surpris mais nous l’avons soutenu. Elle est même devenue championne de France. J’ai dit ça parce que je ne suis pas sûr que cela l’ai aidé au sein d’une fratrie de rugbyman. Je ne vais pas faire de mea-culpa parce que ce n’est pas une critique du rugby féminin mais quelque chose qui correspondait à son choix dans la famille. »

 

Propos recueillis par Mejdaline Mhiri

[1] Citation issue de l’article du Parisien paru le 08/09/2011 Marc Lièvremont : « Je ne me sens pas soutenu par le monde du rugby »

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