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Myriam et Jacky Boisset : Raid aventure, l’amour en plus

6 mai 2018
Deux fois champions du monde de raid aventure multisports, en 2011 et 2013, Myriam et Jacky Boisset, 38 ans chacun, ont changé de vie pour assouvir leur passion. A la fois mari, entraîneur, préparateur physique et mental de son épouse avec laquelle il parcourt les quatre coins du globe, Jacky Boisset évoque cette relation pas comme les autres.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

C’était en 2005-2006. Je courais dans une équipe et la fille qui était avec nous s’est blessée à un genou. Nous étions à la recherche d’une autre demoiselle pour la remplacer à seulement un mois des championnats du monde de raid aventure (The Raid World Championship, au Québec). Notre capitaine avait remarqué Myriam (Guillot) sur une autre course et elle a accepté de nous rejoindre. Elle s’alignait sur un raid pour la première fois, avec une course qui a duré neuf jours. Au terme de la compétition, on était ensemble et on ne s’est plus quittés depuis… jusqu’à devenir professionnels.

 Que faisiez-vous avant d’être professionnels dans le raid aventure ?

Myriam travaillait à Allos, dans les Alpes du Sud, comme assistante d’éducation. Elle gardait les enfants pendant deux jours, et le reste du temps, allait s’entraîner en montagne. J’habitais à Lyon et je travaillais notamment pour Endurance Mag, où j’effectuais des tests matériels (sac à dos, chaussures etc..). Après ce fameux raid au Québec, je suis rapidement allé m’installer chez elle et j’ai commencé à travailler comme pisteur-secouriste. Nous avons ensuite déménagé à Font-Romeu où nous étions employés à la station, en tant que professeur de ski et pisteur, et c’est à partir de ce moment-là que nous avons décidé de devenir professionnels dans notre sport. On a tout lâché et on s’est mis au sport à 100 %.

 Comment est venue cette décision de tout lâcher ?

On avait tous les deux une énorme envie de voyager, d’aller vraiment au bout de nos rêves. On débutait juste dans le raid aventure multisports et on voulait devenir les meilleurs. Il a fallu enchaîner les courses avec un problème récurrent : demander des congés. C’est rapidement devenu très compliqué à gérer. Et c’est là où nous nous sommes dit « ok, maintenant, on y va à fond » … Nous avons chacun démissionné pour nous mettre à courir plus.

 

On partage la même philosophie et on sait ce qu’il faut faire pour être les meilleurs

 

Quelles étaient vos plus grosses craintes au moment de changer de vie ?

On n’était sûr de rien. Quasiment personne n’était professionnel dans ce sport-là. Financièrement, c’était un peu la roulette russe et on a connu des déboires… Il fallait obligatoirement qu’on soit performants pour décrocher les primes dédiées aux vainqueurs. Aujourd’hui, on est plus en équilibre avec notamment l’arrivée de quelques sponsors, mais ça reste fragile.

Comment fonctionne votre relation au sein de votre équipe ?

En raid, notre équipe est composée de quatre personnes. Et lorsqu’on est en course, on arrive parfaitement à différencier relation professionnelle et personnelle. On est focalisé sur notre objectif et on est uniquement « équipiers ». On court avec un Australien et un Néo-Zélandais et il faut que la Team avance en parfaite harmonie. Ça n’est pas toujours simple de mêler le professionnel et le personnel et de passer 24h/24 avec la même personne… Mais dans notre cas, plus on est ensemble et mieux ça se passe. On est sérieux, rigoureux. On partage la même philosophie et on sait ce qu’il faut faire pour être les meilleurs.

 Comment sont réparties les tâches dans l’organisation de votre duo mixte ?

Myriam, c’est l’agence de voyage, elle s’occupe des billets d’avion, des locations etc. Je suis plus focalisé sur le matériel. J’ai une formation de préparateur physique et mental donc je m’occupe également de la partie entraînement. Je lui propose les séances. On les affine et on décide ensemble. On s’entraîne tous les deux, deux à trois fois par jour, aux Canaries, où nous vivons.

 

 Les femmes ont de meilleures capacités dans la gestion de l’effort

 

En quoi Myriam est-elle un soutien ?

Vivre et m’entraîner avec Myriam, c’est avoir l’assurance d’avoir toujours quelqu’un de confiance sur qui compter. Quand l’un n’est pas trop motivé, l’autre est là pour l’aider… C’est un gros point positif. Le fait que ce soit elle m’entraîne toujours à vouloir en faire plus… « Mimi » est plus modérée. Elle nous permet de ne pas trop nous « cramer » et nous faire mieux récupérer. Il y a un bon équilibre entre nous deux. Ensuite, s’entraîner avec une femme est différent d’un homme. J’ai pris conscience il y a longtemps de ses attentes vis-à-vis des entraînements. Ça a développé mon côté féminin.

 Quelles sont ces attentes dont vous parlez ?

Par exemple, les hommes sont capables de courir autour d’une piste juste pour se faire mal et regarder leur chrono. Une femme ira aussi courir pour s’entraîner dur mais aura envie de quelque chose de plus sympa, d’avoir des bonnes sensations, de prendre plus de plaisir, de découvrir… Elle aura aussi des motivations plus « sociales ». Sur une course, il y aura la compétition en elle-même, mais aussi la possibilité d’aller à la rencontre des gens, de voir des beaux paysages. Les femmes peuvent plus facilement chercher un but secondaire à l’entraînement.

 En quoi ses capacités physiques peuvent-elles être bluffantes ?

Physiquement, elle est vraiment très forte… et fondamentalement, elle a un plus gros potentiel que moi. En raid, on dit souvent que les femmes sont plus fortes mentalement que les hommes. Après en avoir longuement discuté, on n’est pas forcément d’accord. Il existe des femmes très fortes, et des hommes qui peuvent l’être tout autant. La grosse différence, c’est que les femmes parviennent mieux à gérer leur effort… Les hommes auront tendance à aller vite et à se cramer, et les femmes auront cette capacité à garder de l’énergie jusqu’à la fin…

 Par PEGGY BERGERE

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

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