Question de...Santé

La symptothermie, une contraception pour les sportives

14 décembre 2017

La plupart du temps, les contraceptifs hormonaux ou le stérilet apparaissent comme la seule option possible dans la recherche d’une contraception. Une contraception fiable ET naturelle n’existerait donc pas. Et pourtant…

LA SYMPTOTHERMIE ? C’EST QUOI ?

Très peu connue, quasiment jamais présentée par les gynécos qui, soit ne connaissent pas son existence, soit la décrédibilisent, l’information sur la symptothermie se transmet essentiellement entre copines et sur les réseaux sociaux. La symptothermie est une méthode de contraception naturelle basée sur l’observation de la glaire cervicale (sympto) en lien avec la hausse de la température corporelle (thermie) qui indique que l’ovulation a eu lieu. Ces signes peuvent être combinés avec l’autopalpation du col de l’utérus.

Au début du cycle et après l’ovulation, la femme est infertile, le col de l’utérus est fermé, dur, et descend un peu dans le vagin. Il ne fabrique pas encore ou plus de glaire (appelée aussi « élixir »). S’il y a un rapport sexuel, les spermatozoïdes meurent au bout de trois heures à cause de l’acidité vaginale. En période fertile, environ entre le 6e et le 16e jour du cycle, le col de l’utérus est ouvert, mou, et haut placé dans le vagin. La glaire produite par le col permet aux spermatozoïdes de survivre et de s’installer dans les cryptes du col de l’utérus, petites alvéoles à l’intérieur du col dans lesquelles ils peuvent rester jusqu’à cinq jours en attendant l’ovulation. Véritable élixir de vie pour les spermatozoïdes, la glaire cervicale a aussi pour fonction de les aider à remonter dans le vagin, l’utérus, puis les trompes, où a lieu la fécondation.

Repérer quand a lieu la période fertile grâce à l’observation de la glaire cervicale, et les températures permet de faire diminuer nettement la période où un contraceptif « barrière », type préservatif ou diaphragme, est nécessaire. Dans les périodes infertiles, la fécondation est en effet impossible. La symptothermie partage d’ailleurs avec la pilule la même efficacité contraceptive (indice de Pearl de 0,3 pour la pilule et de 0,4 pour la symptothermie). Ce sont là leurs seuls points communs.

UNE CONTRACEPTION RESPECTUEUSE DU CORPS

Ce sont les effets secondaires de la pilule qui ont poussé les sportives interviewées pour cet article, à l’arrêter et à chercher une contraception sans hormones de synthèse. Célia Galstaun, 26 ans, community manager, utilise la symptothermie depuis deux ans et demi. Elle a arrêté la pilule car elle avait mal aux jambes, ce qui la gênait pour faire du sport, et souffrait de bouffées de chaleur insupportables qu’aucune des pilules essayées ne faisait diminuer.
Depuis la symptothermie, elle témoigne d’un bienêtre physique et mental. « Les sautes d’humeur que j’avais sous pilule ont disparu. Depuis un an, je fais plus de sport : cardio et renforcement musculaire cinq à six fois par semaine. J’ai un mode de vie plus sain ; observer son cycle pousse à  faire plus attention à sa santé ».
Sabrina Debusquat, 29 ans, auteure et journaliste, présentait les symptômes d’une pré-embolie pulmonaire lorsqu’elle a arrêté la pilule après dix ans de prise. Après avoir essayé le stérilet en cuivre qu’elle ne supportait pas du tout, elle a fini par entendre parler de la symptothermie par une amie, et a trouvé « assez génial une contraception qui ne fait du mal ni à moi ni à mon conjoint ni à la planète ». Faisant trois séances de sport par semaine de footing ou fitness, elle a constaté une plus grande énergie depuis l’arrêt de la pilule. Quoi d’étonnant ?

AMÈRE PILULE

Les hormones de synthèses génèrent des carences en vitamines et minéraux essentiels, ce qui a un impact sur les performances sportives. La skieuse américaine Clare Egan l’a expérimenté à ses dépends : ses performances ont chuté après la pose d’un anneau Nuvaring, pour revenir à leur niveau initial après qu’elle l’ait enlevé. « Dès les années 60, des médecins comme Ellen Grant ont prouvé que la pilule induisait des carences en vitamines et minéraux essentiels au bon fonctionnement du corps », raconte Sabrina Debusquat dans J’arrête la pilule. Ainsi, une anémie, une endométriose, une hypothyroïdie… peuvent être dues à la prise d’hormones de synthèse. Celles-ci sont par ailleurs classées cancérigènes de catégorie 1 par le CIRC (Centre international de lutte contre le cancer) pour les seins, le col de l’utérus, le foie et les voies biliaires. Face à un tel impact sur la santé, la pilule est dure à avaler…

OBSERVER SON CYCLE POUR MIEUX SE CONNAÎTRE

Anne-Claire Fourdraine, 22 ans, étudiante en kinésithérapie, prenait la pilule depuis huit ans. Elle l’a arrêtée sur les conseils de sa soeur pour voir si ses règles revenaient naturellement. Qualifiée aux championnats de France de course à pieds, et en compétition au niveau régional en VTT, elle fait du sport cinq à six fois par semaine. « Je n’ai pas remarqué de changement particulier au niveau de ma forme physique depuis l’arrêt de la pilule, mais j’apprécie de ne plus être  dépendante de quelque chose de chimique », éclaire-t-elle, « et cette méthode me pousse à faire plus attention à moi :  je connais mes dates d’ovulation, je me connais mieux moi-même ».

La symptothermie comme méthode de libération de la femme ? Bien connaître son cycle et son fonctionnement, différent pour chaque femme, et parfois différent d’un cycle à l’autre en fonction du vécu, est en effet un pouvoir sur soi qu’on ne délègue plus à autrui. C’est aussi se faire confiance, et avoir conscience que si le corps exprime un déséquilibre dans le cycle menstruel, c’est qu’il y a peut-être un déséquilibre à corriger dans la manière de vivre : trop de stress, alimentation inappropriée, relation amoureuse problématique….
Par ailleurs, l’observation du cycle dans une visée contraceptive, pose clairement chaque mois la question de la place de l’inconscient, du désir d’enfant, et du lien entre le corps et l’esprit. Questions qui sont toutes totalement évacuées avec les contraceptions hormonales ou le stérilet, et qui expliquent en partie que malgré sa très bonne couverture contraceptive, la France est l’un des pays d’Europe où on pratique le plus d’IVG.

Mélanie Rémond

Article tiré du numéro 6 Les Sportives

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