Sportive à la UNE

Laura Flessel coup d’essai ou coup d’épée politique ?

17 mai 2018
Avec 68%(1) des françaises satisfaits, la quintuple médaillée olympique d’escrime Laura Flessel, devenue ministre des sports en mai 2017, est en tête de la course parmi les membres du gouvernement dont les français sont les plus satisfaits. Une belle reconnaissance pour cette sportive, retirée des pistes d’escrime depuis 2012. Après Guy Drut, David Douillet, Jean-François Lamour, Roger Bambuck, entres autres, Laura Flessel est la première femme championne olympique à prendre la tête du pouvoir sportif français.

Coup d’épée dans l’eau ou coup d’épée bien placé ? Dans sa quête d’aller chercher trois millions de pratiquants sportifs en plus, Laura Flessel dresse ses actions, un bilan et des projections, en mettant un point d’honneur bien sûr à laisser plus de place au sport au féminin. Rencontre.

Laura Flessel, bientôt un an à la tête du ministère des sports : quel bilan pourriez-vous déjà faire ? Des impressions? Un ressenti ?

Ce fut une année riche déjà ! Vraiment ! J’ai d’abord consulté les principaux acteurs du sport, multiplié les rencontres institutionnelles et les déplacements pour être au plus près des habitants et leurs attentes. Depuis mon arrivée, j’ai effectué plus de 180 déplacements en France et à l’étranger. Il est important pour moi, et j’en ai besoin, d’être sur le terrain et de m’inspirer de ce qui s’y passe réellement.

Ces nombreux échanges m’ont permis de transformer les priorités présidentielles pour le sport en proposition de programmation pour les prochaines années. Les priorités de mon ministère ont le reflet de mes convictions pour le sport français, avec quatre axes majeurs : une France qui rayonne, grâce aux grands événements sportifs que nous allons accueillir sur notre sol, au renforcement de notre diplomatie sportive, mais également au développement de la filière économie du sport ; une France qui bouge, avec comme objectif de développer la pratique sportive pour mobiliser trois millions de pratiquants supplémentaires d’ici 2022 ; une France intègre, fer de lance de l’éthique sportive au niveau mondial ; enfin, une France en bonne santé, avec la création de cinq cents maisons sport-santé et de Liv-Labs du sport, pour permettre aux populations les plus éloignées du sport de bénéficier des bienfaits de la pratique physique et sportive, pour le bien-être et la santé.

Fin 2016, avant même d’imaginer être nommée ministre, vous répondiez à une de nos premières interviews pour notre magazine Les Sportives. Vous vous exprimiez sur votre engagement, depuis quinze ans, dans des actions à travers la femme, l’enfant et le sport.(2) S’agit-il toujours de vos premiers axes de réflexion de travail ?

(Sourire) Bien sûr ! Et plus que jamais ! Peu après mon arrivée à la tête de mon ministère, j’ai installé, avec Marlène Schiappa, la Conférence permanente du sport féminin, avec quatre grands objectifs : le développement de la pratique physique et sportive au féminin, l’accession des femmes aux postes à responsabilité, le développement d’une économie du sport au féminin et la médiatisation.

Sur ce dernier point, j’ai lancé le 5 février dernier, en collaboration avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel et Marlène Schiappa, l’opération « Sport féminin toujours », une nouvelle opération de médiatisation du sport au féminin sur l’ensemble des médias audiovisuels et radiophoniques.

Enfin, en juin 2018, je réunirai la deuxième réunion plénière de la Conférence permanente du sport féminin, qui portera notamment sur le haut niveau, l’économie du sport au féminin et l’accès des femmes aux postes à responsabilité.

Pour moi, c’est une opération importante pour déterminer les actions suivantes pour développer davantage la pratique sportive féminine entres autres.

Mon action est une illustration parfaite de mon combat en tant que femme, maman, championne et aujourd’hui ministre 

Votre engagement jusqu’à maintenant n’est « pas anodin » (3) selon vous, car vous n’y allez « jamais pour la photo, mais dans le sens d’une conviction réelle et authentique. Il ne s’agit pas de critiquer sans cesse la société dans laquelle nous vivons, il faut la faire évoluer, en s’impliquant concrètement. » Pensez-vous que ces mots sont encore plus vrais aujourd’hui, dans votre engagement en tant que ministre ?

©Marie Lopez-Vivanco

Mes mots sont encore plus vrais aujourd’hui.

Ma campagne de lutte contre les discriminations « EX AEQUO : Parfois l’égalité est une victoire » est l’illustration parfaite de mon combat en tant que femme, maman, championne et aujourd’hui ministre : les discriminations n’ont pas de place dans le sport, quels que soient sa couleur de peau, son orientation sexuelle, son sexe ou encore son handicap. Chacun doit pouvoir librement exercer une activité physique et sportive.

De la même manière, cette campagne a pour but de démontrer que les violences faites aux femmes n’ont pas de place dans le sport. Je remercie l’ensemble des grands champions et championnes qui se sont investis dans cette campagne ainsi que l’arbitre de la Fédération française de tennis.

Vous nous disiez également vous-même : « on parle beaucoup de l’inclusion par le sport en faveur de la santé, de la lutte contre l’illettrisme, la violence, le diabète… sauf que le budget alloué au sport est minime. Nous devons agir en fonction de ces moyens ». Malheureusement nous constatons que le budget est encore plus minime. Maintenant que vous êtes à la tête du ministère, comment peut-on l’expliquer ?

Le ministère des Sports s’inscrit naturellement dans la stratégie de réduction des finances publiques qui a été conduite par le Premier ministre et le ministre de l’Action et des Comptes publics.

À ce titre, j’ai eu à cœur que les ressources publiques dédiées au sport voient leur sélectivité et leur effet levier renforcés pour plus d’efficacité. En particulier, je suis très attentive à ce que les crédits en faveur des territoires carencés soient mieux affectés.

C’est important de garder du temps pour rester sportive quand on l’a été si longtemps jusqu’à devenir championne. Il faut savoir montrer l’exemple. 

Parmi les mesures et les actions proposées, vous avez annoncé la tenue de la 1e édition annuelle de la fête du sport du 21 au 23 septembre. Les dossiers sont à déposer avant le 20 avril. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette opération ? Quelles en sont vos attentes ?

Après l’attribution des Jeux olympiques et paralympiques 2024 à Paris, j’ai désiré qu’une Fête du sport soit célébrée chaque année afin, non seulement de cristalliser autour d’un événement l’obtention des Jeux, mais surtout d’offrir aux Français, à l’instar de la fête de la musique, un moment de communion populaire autour du sport.

L’idée est de créer une émulation sportive susceptible de concerner tous les Français. Évidemment, le succès de la Fête de la musique est un modèle inspirant, et nous espérons puiser dans son mécanisme de réussite pour offrir au sport un rayonnement dédié, et un moment national. Le mois de septembre reste le timing idéal. En effet, c’est au cours de ce mois que se déroule, entre autres, le Forum des associations, qui permet à la population de s’inscrire dans le club et la fédération de son choix. Nous avons par ailleurs délibérément choisi de positionner cette célébration du 21 au 23 septembre, autrement dit, tout au long d’un week-end, afin d’attirer un maximum de participants sur l’ensemble des opérations qui seront mises sur pied, dans des lieux à la fois traditionnels, comme dans les enceintes sportives, mais aussi et surtout via des endroits plus atypiques tels que les places publiques, ou dans les marchés… Nous revendiquons un intérêt particulier pour la variété des points de pratique, puisque la Fête du sport a pour vocation d’offrir une opportunité globale de pratiquer du sport

On parle « d’agenda de ministre » au sens propre comme au figuré, et c’est le dossier de ce numéro de Les Sportives Magazine : prenez-vous le temps pour votre propre pratique sportive ?

(rires) Oui en effet mon agenda est bien rempli. Mais je tâche de pratiquer deux fois une heure de sport chaque semaine pour me maintenir en forme. C’est important de garder du temps pour rester sportive quand on l’a été si longtemps jusqu’à devenir championne. Il faut savoir montrer l’exemple.

Aujourd’hui notre façon de consommer le temps et le sport a changé. Il faut pouvoir accompagner ces changements et faire évoluer le sport en France. 

Nous avons pu dénombrer que seuls 20 % des personnes faisant du sport en france, pratiquent dans le cadre d’une association ou d’un club. C’est finalement peu alors que la moitié de la population française est sportive. Pensez-vous que cela est dû aux horaires et rythmes d’entraînements s’affichant comme une contrainte ?

Clairement. Aujourd’hui la pratique sportive a évolué puisque les Français et Françaises veulent être libres de pratiquer selon leurs disponibilités. Nous devons vraiment être à l’écoute. Notre façon de consommer le temps et le sport a changé.

Il faut pouvoir accompagner ces changements et faire évoluer le sport en France. Les Liv-Labs du sport, que je souhaite créer, s’inscrivent pleinement dans cette ambition : offrir de nouveaux lieux de pratiques, qui répondent aux nouveaux besoins des populations, et qui aient une forte dimension innovatrice.

J’ai lancé le mois dernier le chantier de la gouvernance du sport avec l’ensemble des acteurs sportifs avec pour ambition de rénover le modèle sportif qui n’a pas bougé depuis soixante ans.

Y-a-t-il des périodes de nos vies où pratiquer une activité physique serait le plus aisé selon vous ?

Mon objectif est que l’on pratique le sport tout au long de sa vie ! Il faut permettre à chacun et chacune quel que soit son âge de pratiquer une activité physique et sportive. Et plus l’accès à la pratique est facilité pour les jeunes, plus ils seront pratiquants tout au long de leur vie.

Dans une interview à le parisien en janvier, vous disiez que « 2018 sera placé sous le signe de l’action » : ne pensez-vous pas qu’en terme de pratique sportive féminine et d’égalité à la pratique, il est temps de passer à la vitesse supérieure ? D’où cela doit il venir à votre avis ?

L’objectif des trois millions de pratiquants supplémentaires, fixé par le président de la République, exige de mettre en place une politique qui vise tous les secteurs de la société, que cela soit le développement du sport dans les quartiers prioritaires de la ville, le développement du sport dans les territoires, du sport féminin, du sport pour les personnes en situation de handicap, du sport pour les seniors ou encore par le développement d’un programme de sport santé. C’est une vraie manière de montrer qu’il faut passer à la vitesse supérieure. Et c’est dans cet objectif que j’ai développé une stratégie spécifique autour du sport- santé, élaborée en lien étroit avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Je souhaite en particulier créer cinq cents maisons sport-santé sur tout le territoire. Ces maisons constitueront des lieux de rencontre et de partage autour du sport, pour amener à une pratique durable.

(1) : 68% des Français se disent satisfaits de l’action de la ministre des Sports, selon un sondage Ifop pour le « JDD » publié en novembre 2017

(2) : Entretien avec Laura Flessel « En tant que sportive, pour être visible, il faut gagner, récidiver et le faire savoir »

(3) : Citation tirée de l’entretien avec Laura Flessel pour Les Sportives Magazine en ligne « En tant que sportive, pour être visible, il faut gagner,récidiver et le faire savoir »

Par AURÉLIE BRESSON

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

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