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La mixité dans le sport, une évidence pour Paris 2024

15 novembre 2017

Directeur général adjoint du Comité de candidature Paris 2024, Michaël Aloïsio était l’un des ambassadeurs présents à Lima le 13 septembre dernier lors de l’officialisation de l’attribution par le CIO des Jeux olympiques et paralympiques en France. Pas de temps à perdre pour l’ancien athlète de taekwondo, qui se projette déjà sur le grand chantier de la féminisation et de la mixité dans le sport, un des enjeux prioritaires de ces sept prochaines années… et au-delà.

MICHAËL ALOÏSIO, EN QUOI LES JEUX DE PARIS 2024 PEUVENT-ILS ÊTRE UN ATOUT POUR LE SPORT FEMININ ?

Michaël Aloïsio : L’évènement dure dix-sept jours pour les Jeux et onze jours pour les Paralympiques, mais c’est surtout l’occasion dès aujourd’hui et pendant sept ans de porter tous ensemble une ambition sur un certain nombre de sujets clés, dont le sport féminin. Nous souhaitons que les Jeux permettent de voir du sport partout et pour tous. Le sport féminin est un enjeu majeur de développement avec des marges de manœuvre et des leviers importants parce qu’il part d’un peu plus loin.

COMMENT CE TRAVAIL DE DEVELOPPEMENT EST-IL ORGANISE ?

M.A : Nous travaillons autour de trois axes : éduquer, s’engager et bouger. Nous voulons éviter de mettre en place des actions strictement féminines, à moins d’une envie particulière de marquer les esprits. Je pense par exemple à l’action de la FDJ et son opération Champs pour Elles en marge du dernier Tour de France, où 2024 cyclistes féminines avaient participé à la fin de la Grande Boucle. Notre vision est d’avantage tournée vers la mixité et le sport pour tous. Nous cherchons à savoir comment changer les mentalités chez les jeunes générations et faire en sorte que les jeunes femmes s’engagent dans des fonctions dirigeantes, ou découvrent et pratiquent un sport qui leur plaît. Ces objectifs-là ont été fixés avec les fédérations, les acteurs publics et les partenaires privés afin de faire bouger les lignes. Paris 2024 sera un accélérateur en la matière.

« La force de Paris 2024, c’est une envie commune d’avancer »

 

QUEL EST L’ENGAGEMENT DE L’ETAT ET DES PARTENAIRES PRIVES EN CE SENS ?

M.A : L’Etat va dédier 80.000 services civiques au sport, à ses valeurs et à son développement. Il y a également une réflexion actuelle sur la mise en place de plusieurs milliers de services civiques spécifiques directement liés au développement de la pratique féminine et du sport au féminin de manière plus globale. Autre exemple d’action concrète concernant cette fois un de nos partenaires : celui de la Française des Jeux. Elle a développé en phase de candidature une étude sur le sport féminin afin de comprendre quels étaient les leviers et les freins à sa croissance. Ce document nous permettra pendant sept ans d’apporter les meilleures solutions pour le tirer vers le haut. La force de Paris 2024, c’est une réelle envie commune d’avancer et d’apporter une vraie cohérence dans les actions des uns et des autres.

TOUT AU LONG DE LA CAMPAGNE DE CANDIDATURE DE PARIS 2024, LES ATHLETES FEMININES ONT ETE MISES EN AVANT, A L’IMAGE DE LA BOXEUSE SARAH OURAHMOUNE OU DE LA BASKETTEUSE EMMELINE NDONGUE… UN VRAI PARTI-PRIS ?

M.A : Elles sont très engagées dans le projet, tout comme Gwladys Epangue, vice-présidente de la commission des athlètes du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Sans oublier Laura Flessel, une des premières athlètes à avoir soutenu le projet, aujourd’hui ministre des Sports. Les exemples de Sarah et Laura sont extrêmement forts puisque Sarah est, elle, passée d’athlète à vice-présidente du CNOSF. Nous avons mis en première ligne des sportives pendant la candidature, mais aussi au sein de l’organisation. Au comité, nous avons été vigilants sur la mixité dans nos équipes car il s’agit d’un de nos sujets clés, cohérent avec notre envie de parvenir à changer les mentalités et rendre évidente cette mixité dans le sport.

« Paris 2024 est un coup de projecteur monumental sur le sport féminin »

L’IMPLICATION DES FEMMES DANS L’ENSEMBLE DU PROJET A-T-ELLE DEJA PERMIS DE « FAIRE BOUGER LES LIGNES » ?

M.A : J’en ai l’impression. Les rôles de Sarah Ourahmoune, Laura Flessel, ou Emmeline NDongue pendant la candidature ont été importants. Et il est tout aussi important d’habituer les gens à ce que l’implication des femmes dans le sport devienne normale. Nous avons de grandes championnes, des dirigeantes sportives compétentes, et ce projet leur donne une exposition qu’elles n’auraient pas forcément eue sans cette aventure olympique. En ce sens, Paris 2024 est un coup de projecteur monumental sur le sport féminin.

QUEL EST VOTRE ETAT DES LIEUX DE LA MEDIATISATION DU SPORT FEMININ ?

M.A : Il est sous-médiatisé, mais en progrès. On l’a vu avec les équipes de France féminines de football et de rugby, et aussi avec les bonnes audiences sur le service public, cet été, lors de l’Euro de foot ou des Championnats du monde de rugby. Ou encore avec des athlètes comme Estelle Mossely en boxe ou avec Emilie Andéol en judo. Nous sommes conscients des progrès à réaliser mais nous savons aussi que nous possédons un vivier de championnes qui nous permettra de mieux l’exposer. Paris 2024 mettra en lumière pendant sept ans des sports moins médiatisés, des championnes dont on ne parle peut-être pas suffisamment en temps normal. Les Jeux vont nous permettre de nous intéresser à ces athlètes, peut-être trop méconnues du grand public.

LES JEUX DE PARIS 2024 SERONT-ILS LES JEUX DU SPORT FEMININ ?

M.A : C’est notre ambition. Nous souhaitons à la fois mettre en valeur la pratique sportive féminine, les championnes, mais aussi faire en sorte que le projet mobilise l’Etat pour s’engager dans le sport. On a encore trop peu de femmes dirigeantes sportives. Sarah Ouramoune ou Laura Flessel sont de bons exemples, mais nous avons besoin de généraliser cela. Nous avons un enjeu autour de la pratique, et un autre autour de l’engagement pour le sport féminin, avec le besoin de créer un cercle vertueux où les jeunes filles comprennent aujourd’hui qu’elles peuvent s’engager et que c’est normal, au même titre que les garçons.

 

propos recueillis par Peggy Bergère

Article issu du numéro 6 de Les Sportives

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