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Sine Qua Non Run : une course pour l’égalité des sexes

3 octobre 2018
La première édition de la Sine Qua Non Run sera organisée le 13 octobre à Paris au Parc de La Vilette. Cette course de 6 et 10 km est ouverte aux femmes comme aux hommes, afin de montrer que notre société est prête à évoluer vers plus d’égalité, mais aussi pour lutter contre les violences sexuelles. Mathilde Castres, à l’initiative du projet, explique la genèse de cette course.
Les Sportives. Qu’est-ce qui vous a poussée à mettre en place la course Sine Qua Non Run ?

Mathilde Castres. L’idée est apparue cet été avant toute l’actualité liée à l’affaire Weinstein. J’ai fait deux constats. D’abord j’étais assez surprise qu’en 2017, nous soyons si peu avancées et concernées par la question des agressions sexuelles. Il y avait une certaine omerta, le sujet restait encore tabou. Pourtant, en discutant, autour de moi, je me suis aperçue que malheureusement beaucoup de personnes ont été un jour confrontées à cette problématique.

Ensuite, je me suis aperçue qu’il y avait un nombre important d’associations qui font un travail incroyable, et permettent à des personnes de pouvoir porter plainte, pour celles qui le souhaitaient, et surtout de se reconstruire. Bien souvent, ces associations ont peu de moyens alors qu’elles déplacent des montagnes et il est difficile de les identifier.

J’ai donc cherché un moyen d’engager la société civile de manière positive sur cette question et de mettre en avant toutes ces structures. Pour avoir fait des courses et vu l’énergie qui s’en dégageait, c’était une belle manière de sensibiliser un maximum de personnes, à la fois les hommes, les femmes, les entreprises… Enfin, le mécanisme d’achat des dossards permet de reverser des fonds aux associations et de les mettre en avant.

À qui est destinée à cette course ?

Nous avons essayé de cibler l’ensemble de la société, à la fois les individuels avec l’achat des dossards, et les institutions en essayant de rallier le maximum de personnalités politiques sur cette course afin qu’ils s’engagent sur cette cause. Un autre volet important à nos yeux, ce sont les entreprises. Nous avons développé un pack entreprise dans lequel nous leur proposons de sensibiliser leurs salariés sur le sujet, de les mobiliser, mais également de courir le jour J pour montrer leur implication sur la question du harcèlement sexuel. Chaque jour, nous avons des retours positifs d’entreprises. C’est une victoire à nos yeux qu’elles prennent part au sujet, qu’elles souhaitent se mobiliser. Le pari est gagné de ce point de vue-là.

Quelle est l’implication de votre association « tu vis, tu dis ! » dans la Sine Qua Non Run ?

Nous avons créé l’association pour monter cette course. Les deux se sont mises en place au même moment. Mais nous cherchions également un nom assez impactant. Nous sommes partis à la base sur cette idée du « non ». « Non » aux violences sexuelles que subissent ces victimes. Pour redonner le pouvoir à ces trois lettres, qu’elles soient entendues et surtout que les personnes confrontées un jour à ces problématiques arrivent à le verbaliser et aient confiance pour le dire. Ensuite, nous avons essayé de trouver un mot assez fédérateur, d’où l’idée de la Sine Qua Non. Cette course est surtout cette volonté de s’engager et d’ouvrir le débat qui est la condition sine qua non pour une redéfinition des relations hommes/femmes.

Vous avez expliqué que votre envie de monter cet événement précédait l’affaire Harvey Weinstein. Le mouvement #Metoo a-t-il tout de même eu un impact sur votre course ?

Oui, je pense. Déjà ça nous a confortées dans l’idée de nous dire qu’il y avait une prise de conscience dans la société sur ces questions-là. Nous avions besoin de croire que ça n’allait pas juste être un feu de paille, que cet événement va vraiment marquer l’histoire et permettre une redéfinition des relations hommes-femmes plus égalitaires. Je pense que le mouvement nous a quand même aidées. Nous avons une écoute plus attentive que ce soit de la part des institutions ou des entreprises. Je pense que sans ça, nous aurions eu plus de mal à engager les entreprises.

Quelle est l’importance des associations ?

Elles sont essentielles par rapport à la course, mais surtout dans l’accompagnement qu’elles font auprès des victimes. En amont de ce projet, nous avons travaillé sur plusieurs piliers pour ensuite chercher des associations qui défendent les valeurs que nous portons.

Le premier pilier est de libérer la parole des victimes. Nous souhaitons mettre en valeur à la fois tout travail fait par les pouvoirs publics pour aider les victimes dans leur cheminement pour porter plainte, mais aussi des associations qui sont présentes pour les aider à parler. Nous avons donc décidé de travailler avec l’association de Sandrine Rousseau « Parler », qui rassemble les victimes pour les accompagner dans leur démarche à s’exprimer, qu’elles puissent voir qu’elles ne sont pas seules et qu’elles peuvent avoir un soutien moral. Notre autre axe principal est la réparation par le sport. Le sport est une partie conséquente dans la reconstruction, il aide à surmonter ces passages difficiles, car la blessure est souvent physique. Dans ce travail de réparation, nous avons sollicité l’association « FIGHT FOR DIGNITY » de Laurence Fischer, une ancienne championne de karaté qui a développé en République du Congo des cours de karaté à destination des victimes de viol. En effet elle a remarqué que la pratique permettait aux victimes d’extérioriser leur colère et leur redonnait confiance en elles. La troisième structure est la maison des femmes de Saint-Denis qui, elle aussi, réalise un travail essentiel d’accompagnement des victimes.

Pourquoi avoir choisi le sport pour transmettre ce message d’aide aux victimes de violences ?

Pour avoir été confrontée à cette problématique dans le milieu professionnel, j’ai vu tous les bienfaits du sport dans ces moments difficiles. Ensuite, les échanges que j’ai pu avoir avec les experts ou professionnels sur cet axe du sport réparateur, m’ont démontré ses bénéfices dans ce cadre et convaincue que c’est un axe qu’il faut valoriser.

Vous désirez que la culture sexiste soit remplacée par celle d’une société égalitaire. Comment avez-vous essayé de mettre cela en place au sein de votre course ?

Notre idée de course pour cette année est justement d’ouvrir un débat, de dire qu’ensemble, hommes, femmes et enfants, nous souhaitons tendre vers cette société égalitaire. On développe notamment un village pour sensibiliser les enfants. On travaille avec des associations et des experts pour proposer des activités sur cette question d’éduquer dès le plus jeune âge autour de ces problématiques d’inégalité hommes-femmes. Pour nous, l’idée, est vraiment de mobiliser l’ensemble de ces personnes.

Par Margot Ridon

Article extrait du numéro 9 Les Sportives

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