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Jérome Decourcelles, créateur et animateur de la première émission de 2h dédiée aux sportives sur la bande FM 

4 mars 2018

« Tu as 3 semaines pour préparer l’émission » ; tels furent les mots déclencheurs de l’aventure de la première émission 100% dédiée au sport au féminin et qui résonnent encore aujourd’hui dans la tête de Jérôme Decourcelles son fondateur et animateur. Depuis janvier 2018, la première émission de radio de 2h dédiée aux sportives est apparue sur la bande FM : « Femmes et Sportives ». Une belle occasion pour le mouvement sportif au féminin de voir sa médiatisation s’accroître du côté radiophonique. Retour sur les étapes de la construction de cette émission avec Jérôme Decourcelles.

 

Les Sportives Magazine : Vous êtes aujourd’hui le seul animateur radio à faire une émission de 2h de sport dédiée aux sportives d’où vous êtes venu l’idée de créer cette émission et de vouloir médiatiser uniquement les femmes ? 

Jérome Decourcelles : C’est une longue histoire. Je suis avant tout un pratiquant et sportif dans l’âme. A la fin des années 70, à l’âge de 7 ans, je faisais de la marche athlétique à l’AS Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis. J’avais suivi mon père, coureur de 10 000 et de semi-marathon, et ma mère, marcheuse athlétique. C’est de là qu’est né mon regard sur la mixité dans le sport, c’était une évidence. Qu’on soit femme ou homme, tout le monde courait ensemble. Nous participions aux courses FFA et aux courses FSGT. Par la suite j’ai découvert le hand à l’école et j’ai gardé cette passion encore aujourd’hui. Et puis, en discutant autour de moi, je me suis aperçu que des préjugés existaient vis-à-vis des sportives. C’est devenu de plus en plus flagrant à mes yeux : « les handballeuses ? Arrête ! C’est des mecs ! », « Une fille en jogging, elle doit être lesbienne ! », « Une fille qui parle de foot, pas possible !» Des propos qui datent d’un autre siècle sinon de la préhistoire, et encore ! A l’époque, je n’avais pas étudié les chiffres de la médiatisation du sport au féminin. Juillet 2016, je retrouve le chemin de la radio. On me propose une émission de 3 heures sur la culture : voilà 18 ans que je n’avais pas mis les pieds dans un studio ! Mais le sport revenait à mon esprit régulièrement. Résidant dans le sud de la région parisienne, je suivais depuis plusieurs années déjà, le club d’Issy-les-Moulineaux HB, futur Issy Paris Hand. Je constate qu’il y a peu de médias présents alors je prends de plus en plus de photos et de notes. Le 13 septembre 2016, je m’en rappellerais longtemps, j’avais rendez-vous avec Ronan Villanneau, le coordinateur d’antenne de cette époque à Dynamic Radio. Il acte la continuité de l’émission culturelle et en profite pour lui proposer de faire une émission sur le sport au féminin. Il m’a répondu : « Tu as 3 semaines pour préparer l’émission ». De là l’émission webradio « Sport au Féminin » est née.

Quelles difficultés as-tu rencontré lors de la création de ton émission ? 

J.D : J’en vois trois grandes. La première a été de constitué une équipe. On s’est retrouvé au début à trois hommes : Nabil Drissi, Raphaël Plockyn et moi. Ce ne fut pas simple. La seconde difficulté, c’est que j’ai été face aux préjugés. Quand Ronan m’a présenté les autres animateurs de l’émission Sport au Féminin (son 1er nom), j’’ai accusé la première question : « Et tu vas parler de quoi ? De gymnastique, de danse ? » Ce à quoi, je réponds, « non, pas seulement : je vais parler de boxe, de hand, de basket, de rugby, de foot, de hockey, d’haltérophilie,… » La troisième difficulté, ça a été la pêche aux informations. Heureusement que les fédérations et les clubs les fournissent. J’ai décidé d’aller puiser des informations aussi dans la presse papier. Je suis allé dans la maison de la presse de ma ville. Je me revois devant le rayon sport et me dire : Mais où sont les femmes là dedans ? Et puis je suis tombé sur Les Sportives Magazine. J’ai décidé de rencontrer et d’inviter Aurélie Bresson, la directrice générale du magazine. Là, ça a été le déclic. J’y découvre que la sous-médiatisation de nos sportives est aussi flagrante dans les autres supports médias papiers et audiovisuels. J’ai invité également Béatrice Barbusse pour son livre « Du Sexisme dans le Sport » et j’ai découvert que la problématique allait au delà de la médiatisation mais dans la mauvaise médiatisation. Même sur google on ne voit que par le football et quand on parle de sportives elles sont en bikinis. Je découvre la sexualisation de la sportive.

Alors que le printemps 2017 pointe son nez, la première femme arrive dans l’équipe. C’est Déborah Sarfati. Outre sa connaissance et passion profonde du sport, elle apporte la première bouffée d’oxygène à la webradio « Sport au Féminin ». Déborah devient la community manager de l’émission. Je rêve, dès lors, de mettre la voix et les exploits de nos sportives sur la bande FM. Je ne vise plus une heure hebdomadaire, mais deux. Rêve qui deviendra réalité le 7 janvier 2018, sur Cause Commune, 93.1 MHz. L’émission change de nom et devient « Femmes et Sportives ». Nous ne sommes plus trois. Nous sommes une douzaine : 8 femmes, 4 hommes, d’origines diverses, des jeunes, des moins jeunes, et de toutes les catégories sociales. Le rendez- vous est donné tous les dimanches de 17h30 à 19h30.

 

Aujourd’hui, envisagez-vous de développer l’émission ? Si oui, quels sont vos projets « Femmes et Sportives, l’émission »?

J.D. : Ma culture sportive a beaucoup évolué. Mon rêve aussi. J’aimerais entendre parler tous les jours des exploits de nos sportives sur les grands médias qu’ils soient en radio, en télévision ou sur papier. Il y a même des sports dont on ne parle quasi pas comme le hockey sur gazon, le squash, la pelote basque (un sport que j’ai découvert, enfant à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées), sans compter tous les sports mixtes comme le dodgeball, le football australien, le cricket, le baseball, le softball, la MMA, le tennis de table, l’ultra-trail, le triathlon,…etc.

Oui, j’ai plein de projets. Côté radio, avec « la Team » nous en parlons tous les weekends. Bientôt, je vise un projet en télévision. Nos sportives bossent autant que nos sportifs. En plus, elles ont le devoir de résultats. Elles méritent qu’on s’intéresse à elles, à travers leurs exploits, et non plus à travers leurs plastiques ou leurs statuts de mère de famille.

Pour finir, comment percevez-vous l’avenir du sport au féminin ? 

J.D : Le jour où les femmes et les hommes seront médiatisés exactement de la même manière, je changerai le nom de l’émission, pas avant. Pour cela, il faudra travailler sur l’éducation, sur les idées reçues. Les différentes opérations des CROS, du CSA, du Ministère des Sports, des fédérations (comme celles du squash et du hockey sur glace) me font penser qu’on va y arriver.

L.S.M

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