Double-Je(u)

Valérie Garnier, la basketteuse qui a soigné sa reconversion

29 mai 2017

Coach de l’équipe de France depuis 2013, Valérie Garnier est aussi une ancienne meneuse trois fois championne de France en club. A la veille de l’Eurobasket, focus sur le parcours de cette grande figure du basket qui a réussi sa reconversion par le travail et grâce à de belles rencontres.

Chasser les vieux démons et conquérir les sommets. Un an après l’échec au pied du podium aux Jeux de Rio, l’équipe de France féminine double championne d’Europe se prépare à l’Eurobasket 2017. Coach des vice-championnes olympiques 2012 depuis quatre ans, Valérie Garnier a aujourd’hui en charge plusieurs défis, comme celui d’assurer le passage de témoin entre joueuses expérimentées, comme Céline Dumerc, et nouveaux talents. A 52 ans, cette ancienne meneuse et véritable passionnée de coaching  s’est attelée tôt à sa reconversion et a saisi les opportunités qui s’offraient à elle.

 

« Très adroite », elle est repérée à 17 ans par son futur coach

Entre Valérie Garnier et le basket, il n’y a pas de hasard. La future joueuse et coach est native du Maine et Loire, une région qui baigne dans l’amour du ballon orange. A Jallais, petit village de 4500 habitants à quelques pas de Cholet, Valérie Garnier accompagne sur les terrains son père, entraîneur et joueur du club municipal. « Tout le monde se connaissait, se souvient-elle aujourd’hui. Mon père avait les clés de la salle de basket donc pendant les vacances, avec les copains, on y faisait des trois contre trois. C’était vraiment agréable. » Nous sommes en 1982, sur une rencontre régionale de cadettes. Sur le parquet, Valérie Garnier a 17 ans et impressionne Alain Jardel, sélectionneur de ses adversaires du Midi-Pyrénées. « Valérie était très adroite. Elle avait une vision de jeu extra et trouvait des angles de passes particuliers. »

 

Alors qu’elle s’apprête à passer son bac, Alain Jardel convainc Valérie Garnier de rejoindre son club, le BAC Mirande, dans le Gers. En huit ans, Valérie Garnier remporte trois titres de championne de France, aux côtés de Yannick Souvré, et honore 61 sélections tricolores. « Cette époque représente mes plus beaux souvenirs. Lorsque vous êtes jeune et que des noms du basket qui débarquent dans votre petit village du Gers pour la coupe d’Europe, c’est inoubliable. » Ses trois dernières saisons, Valérie Garnier les passera enfin à Aix en Provence puis à Strasbourg. A cette époque, elle sait déjà ce qu’elle fera lorsqu’elle aura quitté les parquets.

 

Une passion pour le coaching avant même d’avoir raccroché

Valérie Garnier n’a pas attendu sa fin de carrière pour devenir entraîneur. « J’avais du temps libre à côté des matches donc quand j’avais des questions, je les posais à Alain. Je l’ accompagnais aussi aux stages départementaux. » Cette passion anticipée pour le coaching a marqué Alain Jardel. « Elle s’intéressait vraiment au jeu. Après les matches, elle me demandait les vidéos pour les visionner. » Pour Valérie Garnier, aujourd’hui, coacher était bien la continuité de sa carrière. « Après avoir vécu ma passion sur un terrain, je voulais la faire vivre aux autres. »

 

Pendant sept ans, Valérie Garnier entraîne Carqueiranne, club de Nationale Féminine 3, qui montera d’une division. « Puis j’ai proposé au club de Montpellier de la prendre comme entraîneur », se remémore Alain Jardel. Valérie Garnier atterrit ensuite au Temple sur Lot. Menacé de dépôt de bilan,  le club cèdera en 2008 ses droits sportifs au Toulouse Métropole Basket. La coach restera dans la ville rose jusqu’en 2011. Enfin, Valérie Garnier rejoindra Bourges, le club où elle remportera ses trois autres titres de champion de France, cette fois comme entraîneur, et une Eurocoupe.

 

« Un entraîneur n’est rien sans ses joueuses »

Pendant qu’elle entraînait en club, Valérie Garnier a été à deux reprises assistante coach de l’équipe de France : de 2004 à 2006, sous Alain Jardel, puis de 2012 à 2013, aux côtés de Pierre Vincent. Adjointe sur le banc tricolore, Valérie Garnier s’aperçoit « que tout est essentiel, que le moindre détail peut tout faire basculer« . Et puis, en août 2013, Garnier devient l’entraîneur de l’équipe de France féminine de basket, contrat prolongé jusqu’en 2020. Entraîner en même temps un club et une sélection nationale a pour elle été plus une opportunité qu’une difficulté. « Ca permet de rencontrer ses joueuses qui sont en club et d’affronter ses adversaires futurs. » Si l’exemple de Valérie Garnier est inspirant, la coach remarque qu’il y a encore peu de consœurs sur les bancs. « J’étais la seule femme entraîneur du championnat cette année. Et en Euroligue, sur 16 équipes, on était deux ou trois. »

 

Valérie Garnier a eu « envie de cette vie » mais comprend que ce ne soit pas le cas de toutes les joueuses. « Quand on arrête sa carrière, ça ne se bouscule pas pour nous contacter et il est difficile de se construire un réseau. Et puis après des années à voyager, certaines joueuses ont envie d’une vie de famille. » La coach se réjouit aussi d’avoir eu la « confiance » de ses supérieurs et d’avoir appris de son collectif, car « un entraîneur n’est rien sans ses joueuses ». En 2011, Garnier et ses filles avaient obtenu le bronze. Et en 2013 et 2015, l’argent. Alors, à la veille de l’Eurobasket, l’objectif est très clair. « Voilà deux campagnes qu’on a des regrets et qu’on pleure. On a aussi pleuré à Rio. Cette fois, mon plus beau souvenir ce serait de gagner quelque chose qui ne soit ni du bronze…ni de l’argent… »

Assia Hamdi

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