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Endy Miyem « Depuis 2012 et les JO, un lien s’est créé avec le public »

30 octobre 2018
De retour en France, Endy Miyem répond aux questions des Sportives sur son expérience à l’étranger, l’évolution du basket au féminin dans l’Hexagone…et l’un de ses projets hors des parquets.

Les Sportives : Vous revenez jouer en France après des passages en Russie, en Italie et aux Etats-Unis. Après avoir joué à l’étranger, portez-vous un regard différent sur ce championnat français ?

Ends Miyem : Notre championnat a un niveau assez relevé et je ressentais déjà ça avant mon départ. En France, il est possible que les équipes de haut de tableau perdent contre des équipes de bas de tableau, ce qui est moins probable en Russie ou en Italie, par exemple. Et quand on est dans une équipe de haut de tableau, c’est mieux de se dire, qu’il va y avoir deux ou trois matchs intéressants durant notre saison.

L’équipe de France a terminé cinquième au Mondial de basket. Avec le recul, quel est le sentiment qui prédomine ?

Objectivement, c’était peut-être un peu tôt pour nous. On avait pas mal de jeunes joueuses et c’était une compétition de haut-niveau. Après, si on regarde l’historique des résultats, on égale quand même le meilleur résultat, ce qui prouve qu’on a des capacités et des ambitions. C’est aussi une bonne chose de nous confronter au très haut-niveau. Ca permet de voir ce qui nous a manqué et de progresser.

Coupe du Monde féminine 2018 Barrage quarts de finale France-Turquie. copyright :  Bacot / FFBB

En tant que joueuse, ressentez-vous que le basket au féminin est de plus en plus pris au sérieux par les instances ?

Il y a la journée de l’Open LFB et nos matchs en club sont, je crois, diffusés gratuitement. Ensuite, la fédération fait beaucoup de choses en terme de communication. La place du basket au féminin n’est pas encore parfaite, mais Jean-Pierre Siutat (le président de la FFBB, NDLR), met un point d’honneur à nous mettre au même niveau que les garçons. De notre côté, on essaye de donner des nouvelles, de créer le manque et de susciter l’envie de nous apprécier. Depuis 2012 et nos résultats aux JO, un lien s’est créé avec le public.

Vos frères Mounadou et Essomé sont aussi basketteurs, d’où vient ce goût familial pour le sport et le basket ?

 Ma mère a joué au volley et mon père a été basketteur dans sa jeunesse, au Cameroun. Ensuite, quand il est arrivé en France, il a continué à pratiquer et à coacher des amateurs, à Reims. C’est un réel passionné. Quand il jouait et qu’il entraînait, je l’accompagnais. Puis, j’ai commencé à pratiquer. Au départ, c’était pour être avec mes copines et pour faire plaisir a mon père. Et après, j’ai fini par aimer ça. Mon père m’entraînait pendant les vacances et je rechignais un peu parfois. Mais maintenant, je ne cesse de répéter que j’en suis là grâce à lui. A côté de ça, j’ai aussi deux oncles qui ont entraîné et joué au basket. C’est vraiment un héritage familial.

 

Fin 2012, vous avez participé avec votre club de Bourges à la promotion des premiers Etats généraux du sport féminin en équipe. Sept ans après, les sportives sont-elles plus visibles, selon vous ?

Ce n’est pas encore parfait mais nos matchs de championnat sont diffusés comme c’est le cas des garçons, alors qu’avant, les gens ne pouvaient voir que nos phases finales l’étaient. Les instances font un gros effort pour que l’on soit médiatisées.On produit les mêmes efforts que les garçons, on s’entraîne tout autant et on travaille tout autant. Si on donne aux gens la possibilité de voir des matchs et de découvrir notre pratique, alors on pourra créer de nouveaux amateurs.

 

Que faudrait-il faire selon vous pour que les femmes soient plus présentes dans le monde du sport ?

C’est un problème de société. On se demande aussi pourquoi, dans le monde de l’entreprise, les hommes sont plus nombreux aux postes à responsabilité. Si on arrive à résoudre ce problème dans une entreprise, on arrivera à la résoudre dans le monde du sport. En tout cas, je vois déjà une progression au niveau de l’arbitrage. On a beaucoup plus de femmes et c’est une bonne chose. Il faut aller plus loin et montrer que ce n’est pas parce qu’une femme arbitre qu’on sera plus mal arbitrées.

 

Quel rôle les sportives ont-elles à jouer pour qu’il y ait davantage d’égalité entre hommes et femmes dans le sport ?

On doit faire de la sensibilisation. Je ne suis pas pour qu’on force les choses. Mais lorsqu’une femme a les qualités requises pour un poste, il faut qu’elle puisse accéder à ce poste. Et en tant que sportives, dès que l’occasion nous est donnée, on doit essayer de témoigner auprès des petites filles, mais aussi aux petits garçons. Le but est que les deux sachent que ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on part avec un handicap ou qu’on sera moins capable.

 

Vous venez de fêter 30 ans, quels sont vos objectifs pour ces prochaines années ?

Le début de saison a été assez mouvementé, avec mon départ de la WNBA et le Mondial, mais je prévois de reprendre mes études. J’ai un BTS en communication et je m’étais lancée dans un bachelor mais depuis, j’ai réfléchi : j’envisage aujourd’hui d’intégrer la filière de Sciences Po dédiée aux sportifs de haut-niveau. Ca va me permettre d’acquérir d’autres compétences pour pouvoir me démarquer et me cultiver. Le but, ce sera d’avoir autre chose dans ma vie que le basket.

Assia Hamdi

photo copyright :  Bacot / FFBB 

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