Double-Je(u)

Emmanuelle Bonnet Oulaldj, co-présidente de la FSGT

21 août 2017
Alors que la pratique féminine progresse dans plusieurs disciplines (boxe, rugby, football,..), que la loi sur les plans de féminisation des fédérations prend place et commence à produire de premiers bons résultats, l’accès aux postes à responsabilité reste toujours problématique. En France, fédérations sportives et clubs pros manquent encore cruellement de figures féminines : seulement 11 femmes sur 111 présidents de fédérations sportives, et une seule femme dirige l’une des 31 fédérations olympiques – le CNOSF lui-même dirigé sans interruption par des hommes depuis sa création, en 1894. (Ndlr : C’est pire qu’à l’Assemblée Nationale qui est composée pour la première fois de 38,82% de femmes : 224 députées aux côtés de 353 hommes, soit une nette augmentation par rapport à 2012). Dans le sport, cela ne bouge pas… ou pas encore de ce côté là.
Pendant 10 jours, nous vous invitons à découvrir le portrait de ces 10 femmes, oubliées des médias et parfois du mouvement sportif lui même. Et pourtant, elles sont bien à la tête de fédérations sportives.
 

 

PORTRAIT 1 : Emmanuelle Bonnet Oulaldj, co-présidente de la FSGT

 

« Penser autrement la manière de diriger et de faire de la politique ensemble : c’est pour moi tout le sens d’être co-présidente d’une fédération sportive »

 

Emmanuelle Bonnet Oulaldj est co-présidente de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) depuis le 26 mars 2017 et elle est également membre du conseil d’administration du CNOSF. Licenciée FSGT depuis 2004 et pratiquante de la natation à l’ASJ12 à Paris, cette sportive passionnée et militante assume une présidence pas comme les autres. Rencontre.

 

Etre présidente de fédération qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Quels sont les enjeux ?

Penser autrement la manière de diriger et de faire de la politique ensemble : c’est pour moi tout le sens d’être co-présidente d’une fédération sportive. Dans le cas de la FSGT, je le suis en duo avec un homme, Gérard Dizet, au sein une direction fédérale collégiale. Si nous voulons construire de l’égalité et de la diversité, penser autrement la place des femmes comme celles des hommes dans les instances dirigeantes sportives, il faut transformer notre rapport au pouvoir et penser des modèles de gouvernance démocratique garantissant davantage de partage des responsabilités et prises de décisions. La limitation des mandats en fait partie, mais des modalités nouvelles et stimulantes sont à inventer dans le fonctionnement même d’une fédération sportive permettant d’investir de nouveaux dirigeants dans une diversité de genres, de générations, d’origines sociales. Il faut par exemple imaginer des espaces inédits de vie fédérale permettant aux femmes comme aux hommes de maintenir un équilibre avec leur vie personnelle, en adéquation avec des besoins nouveaux d’engagement citoyen et bénévole, au plus près de la population et au départ plus ponctuels. Avec plus de 300 000 associations, le sport joue un rôle incontestable pour notre société, le bien être, l’émancipation, le vivre ensemble, la démocratie. Dans la perspective de l’héritage de Paris 2024, sa féminisation et la diversité de sa pratique comme de sa gouvernance sont bien des enjeux essentiels pour notre République.

 

Le fait d’être une femme dirigeante est-ce un frein et ou une opportunité au sein de votre fédération? Avez vous une « anecdote » positive et une négative ?

Copyright : National VTT FSGT 2015 © Aurélie Tscheiller / Sport et plein air

Ce n’est pour moi ni un frein ni une opportunité. Ce qui compte c’est le projet, l’équipe, les compétences. Le problème reste l’inégalité d’accès à la fonction. C’est une question de société, d’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et ce dès le plus jeune âge.

Une anecdote positive liée au seul fait d’être une femme ? A vrai dire je n’en vois pas ! Mais quand il s’est agit de confirmer ma candidature à la co-présidence de la FSGT, on m’a demandé si j’envisageai un congés maternité pendant le mandat à venir. Ce qu’on ne demanderait jamais à un homme. Je suis par ailleurs témoin d’un sexisme ordinaire toujours très fort dans le sport, en France comme à l’international. A l’image d’autres secteurs où les enjeux de pouvoirs sont importants, tels que la politique ou l’entreprise, nous sommes dans un milieu très machiste. En quinze ans d’expériences, je n’ai pas le sentiment que ça ait évolué. Les remarques déplacées sont nombreuses, et traduisent un manque de respect de la fonction assumée de dirigeante sportive. J’ai également appris que les détails ont leur importance, je ne cède pas face à quelqu’un qui dirait Madame le Président, ou à une expression telle que “les hommes qui ont fait l’histoire du sport”. À la FSGT, des femmes, Lise London par exemple, ont assumé dès le début des responsabilités fédérales de premier plan.

 

C’est désormais aux femmes de prendre leurs responsabilités, que ce soit dans les fédérations, les associations, les entreprises. Ne nions pas les difficultés qui subsistent et certaines disparités criantes entre les hommes et les femmes, mais nous sommes sur la bonne voie ! Comment le ressentez vous au quotidien ?

Effectivement il y a plus de femmes dans les instances dirigeantes du sport, mais on est encore loin de la parité ! Le Conseil d’Administration du CNOSF, où je siège, compte 9 femmes et 38 hommes. Il y a encore beaucoup de marges de manœuvre, et rien n’est jamais acquis ! Il faut persévérer pour encourager les femmes à pratiquer du sport et prendre des responsabilités, du local au national, tout en revendiquant des moyens publics notamment pour la formation. À ce propos, je pense que l’acquisition de compétences relève en grande partie de la capacité des femmes à reconnaître leur légitimité. À expériences et aptitudes égales à celles d’un homme, on nous demande, souvent inconsciemment, de nous justifier davantage. C’est du sexisme invisible, mais réel. Pour transformer durablement cette situation, il faut changer en profondeur les rapports de domination de notre société. Une des principales causes est selon moi la précarisation dont les femmes sont les premières victimes. Comment concilier responsabilités sportives et associatives quand par ailleurs on cumule les emplois partiels (80% de ces postes sont occupés par des femmes), et qu’on est seule à s’occuper des enfants (85% des familles monoparentales concernent les femmes) ? La vulnérabilité sociale et économique est primordiale à combattre si on veut maintenir le cap du droit réel des filles et des femmes à pratiquer et accéder aux responsabilités dans le sport, et ailleurs. Le chemin est encore long, mais je suis optimiste sur la capacité citoyenne, et associative, pour jouer des interstices et détourner les failles d’un modèle aux inégalités criantes.

L.S.M

La FSGT, c’est 270000 pratiquant.e.s, 4500 clubs, 100 activités physiques et sportives, 70 comités départementaux et régionaux. www.fsgt.org – @FsgtSportPop

 

Découvrir le portrait numéro 2 : Françoise Sauvageot, présidente de la FFEPGV 

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