Dans leurs veines A sang pour Sang

Priscille Deborah : De l’ombre à la lumière

9 août 2017

Elle peint le mouvement, la lumière, l’humain et ses émotions. Priscille Deborah peint des corps humains, ou plutôt leur évocation, laissant l’imagination du spectateur faire le reste. Le corps et le mouvement. Deux inspirations permanentes pour celle que l’on aurait pu imaginer prisonnière de son corps. Il n’en est rien. Plus libre et plus entière que jamais, Priscille livre un magnifique message d’espoir.

Priscille grandit dans une famille aimante, entourée d’un papa passionné de peinture, et d’un petit frère complice. La mort de celui ci, atteint de mucoviscidose, à l’âge de 9 ans, fait basculer la vie de Priscille. Elle n’arrive pas à surmonter sa douleur, même en se plongeant dans la peinture, dans laquelle elle excelle déjà. Peu à peu, alors qu’en apparence Priscille a tout pour être heureuse, elle plonge dans une grave dépression. Ni son mariage, ni la maternité, ne parviennent à lui redonner l’envie de vivre. Un matin, elle se jette sous un métro. Elle s’en sort, mais elle est amputée de ses deux jambes et d’un bras.

Petit à petit, Priscille fait face à l’épreuve et se bat. La natation handisport, qu’elle découvre en rééducation, lui offre des moments de liberté et de bien être insoupçonnés. Elle la pratique à haut niveau pendant trois ans, une manière de bouger et de se dépasser. Elle rencontre d’ailleurs ainsi son mari actuel, champion de natation handisport lui aussi. En parallèle, Priscille reprend la peinture et décide d’en faire son métier. « ça été comme une seconde naissance. Avant mon accident, l‘humain inspirait déjà énormément ma peinture. Je peignais des corps qui n’étaient pas entiers, tout simplement parce que je ne me sentais pas entière, mal dans ma peau. Désormais, je suis en accord avec moi même, j’ai appris à m’accepter ainsi et je suis très heureuse. » Maman pour la seconde fois, Priscille a repris goût à la vie et s’épanouit dans son art, de plus en plus abouti. Elle cite comme inspiration Frida Kahlo, talentueuse peintre mexicaine du milieu du XXe siècle, handicapée elle aussi.

Sa peinture expressionniste continue à faire la part belle au mouvement, aux silhouettes, dans la suggestion, l’art abstrait plutôt que dans une interprétation réaliste. Fidèle aux enseignements du peintre Jean Yves Guionet, dont elle a été le disciple, elle perçoit ses sujets en ombre et en lumière, ce qui lui permet d’avoir un geste libre. « Le modèle ou la photo qui constituent la base de mon travail ne sont
qu’un socle, un prétexte pour ouvrir ensuite les portes de mon imaginaire. Bien souvent, le résultat final n’a rien à voir. Ne s’attacher qu’aux ombres, aux reliefs créés par le mouvement permet de sortir du concret, de libérer son interprétation, de se laisser guider par sa propre sensibilité. Avec cette technique, l’œuvre vit par elle même, nous conduit à la suite. »

Priscille peint dans son atelier, où six ou sept toiles se construisent peu à peu, mais aussi en public, lors de performances. Durant un concert ou un spectacle de danse, Priscille peint sur scène, tel un sportif en pleine démonstration…

 

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