Dans leurs veines A sang pour Sang

Maeliss Conan «  Le saut en hauteur à roller est une fabuleuse discipline »

25 octobre 2017

Huit fois championne de France, quadruple championne du monde, double championne d’Europe et recordwoman de France avec 1m20 franchis, licenciée au club des Dragons Riders de Méry-sur-Oise, Maeliss Conan pratique un sport hors du commun : le saut en hauteur à roller, sans tremplin, alias freejump. Il y a quelques jours, Maeliss Conan a participé aux championnats du monde à Nankin (Chine), où elle a décroché le titre de vice-championne du monde 2017 mais perdu son record du monde, puis aux championnats d’Europe 2017 à Busto Arsizio (Italie). Rencontre.

 

Maeliss, vous possédez un immense palmarès pour votre âge mais vous souffrez d’un déficit de médiatisation… 

Notre sport n’est pas très connu. Nous aimerions être davantage suivi par les médias mais ceux-ci viennent lorsque le sport est déjà un médiatisé. C’est tout le problème…

 

Quels sont les atouts d’un bon ou bonne freejumpeuse ?

Je pense qu’il faut être fort mentalement et ne pas se laisser déstabiliser. Entre l’entraînement et les compétitions, l’environnement n’est pas du tout le même et il ne faut pas se laisser perturber. Par exemple par les changements de sol, si le sol change, cela modifie beaucoup de choses au niveau des sauts et il faut être mentalement prêt à s’adapter. Il faut avoir confiance en soi et conserver une régularité dans l’entraînement (Maeliss Conan s’entraîne deux fois par semaine, à raison de deux heures d’effort, ndlr). Mais, à mes yeux, il ne faut pas seulement s’entraîner à sauter, il faut également faire de la musculation en parallèle, pour entretenir sa forme.

 

Quel type de préparation physique suivez-vous?

 Je vais avoir des entraînements soit dans mon club de Méry-sur-Oise, les Dragons Riders, soit sur Paris avec mon ami Alex. Je vais faire beaucoup d’étirements pour être assez souple, afin de passer très facilement la barre. Depuis septembre, je me suis inscrite à une salle de sport pour faire de la musculation et avoir un coach, cela sera déjà bien mieux pour la qualité de préparation.

 

Avez-vous recours à de la préparation mentale ?

Je n’ai pas de préparateur mental, je me contente de discuter avec mon partenaire de sauts et mes amis, qui vont chercher à me rassurer. Cela fait 13 ans que je fais de la compétition, je suis rentrée dans une certaine routine et j’ai appris à me faire confiance.

 

Vous avez débuté le roller à 5 ans et le freejump à 10 ans, en 2004. Quels souvenirs gardez-vous de cette première séance ?

Cela a été très naturel, on m’a dit de sauter une barre et je l’ai franchie ! Mon professeur a repéré lors des essais que je sautais déjà très bien, il avait confiance dans mes capacités et m’a tout de suite demandé si je voulais faire de la compétition. J’ai dit oui, je ne me serais jamais doutée que j’en serais là aujourd’hui!

 

Avez-vous senti que vous aviez l’âme d’une compétitrice ?

Pas spécialement, à cette époque j’étais une enfant « dans la lune », je ne me rendais absolument compte de rien, si ça me plaisait, je le faisais. A ce moment-là, sauter une barre me semblait simple, il fallait juste développer sa confiance en soi pour ne pas avoir peur de la barre et s’améliorer. Je trouvais ça vraiment amusant, mais je n’ai pas eu tout de suite l’esprit de compétition. Lorsque j’ai débuté, j’étais la seule fille qui sautait et je pratiquais avec les garçons, qui étaient d’un bien meilleur niveau que moi. Cela m’a permis de faire des compétitions sans me mettre trop de pression finalement. L’esprit de compétition s’est développé au fil des années, lorsque je me suis rendu compte que je pouvais vraiment viser les premiers rôles.

 

L’émulation joue t-elle un rôle important dans la performance ?

Je pense que c’est toujours intéressant, pour s’améliorer, d’avoir quelqu’un de plus fort que soi. C’est toujours triste de se faire battre aux championnats du monde, mais finalement c’est un mal pour un bien, cela va me donner un coup de pied aux fesses. Je ne peux pas me lamenter en me disant que l’on a battu mon record du monde (désormais fixé à 1m25, ndlr), il faut désormais que je parte à la reconquête de ce record !

 

Que vous reste t-il à améliorer pour battre ce nouveau record du monde ?

Je pense qu’il faut que je me muscle davantage et que je change ma technique de saut. Je saute en ciseau avec les jambes pliées sur le côté, mais la meilleure technique actuelle serait de sauter avec une jambe tendue sur le côté et l’autre pliée. Je l’ai déjà testée plusieurs fois et je sais que je passe très bien 1m10 avec cette figure-là. Il me reste juste à acquérir la confiance nécessaire pour viser plus haut.

 

A vos yeux, que représente le freejump ?

J’ai grandi avec le roller et le saut, si je ne le pratiquais pas ça ne serait pas normal. C’est un plaisir, et maintenant je prends d’autant plus de plaisir à être en compétition, cela donne un but, un challenge et c’est enrichissant. Le freejump est une certaine forme de dépassement de soi, tant physiquement que physiologiquement. Il faut réussir à se maîtriser et contrôler sa confiance en soi…

 

Qu’est ce qui fait que vous dominez la discipline ?

J’ai de bonnes capacités de base, j’ai également une très grande compétitivité et je ne lâche pas le morceau facilement. Je ne suis jamais vraiment restée sur mes acquis, mais je savais très bien qu’un jour je me ferais battre et qu’il faudrait que je m’y prépare…

 

Qu’est-ce qu’on ressent lorsque l’on chute de son piédestal ? Avez-vous réussi à vite vous remobiliser après ces Mondiaux en Chine ?

 J’étais déçue, cela met un petit coup au moral. Finalement, j’ai relativisé très vite, j’attendais que quelqu’un me donne un coup de pied aux fesses pour mettre les bouchées doubles. C’est un nouveau challenge, un grand challenge, je vais m’entraîner en conséquence et repousser encore plus mes limites !

 

Que préférez-vous dans le freejump ?

 La grande fierté de sauter une hauteur difficile, avec de la marge. Sur certains sauts, lorsque l’on les réussit vraiment très bien, lorsque l’on a de bons appuis et une bonne détente, cela donne une sensation de s’envoler, c’est magique.

 

Comment se sont déroulés les championnats d’Europe ?

 Le championnat s’est bien passé malgré le fait que je n’étais pas très confiante en y allant. Je me disais que ça allait être difficile car l’une de mes principales concurrentes, une espagnole, a publié sur les réseaux sociaux une vidéo d’un de ses entraînements. Depuis le championnat du monde, elle a changé sa technique de saut, elle est passée à la fameuse technique que je souhaite maîtriser… Cela demande du temps pour l’acquérir car ça change beaucoup de choses au niveau des appuis et de la prise d’élan. Mais je vais tout donner pour la maîtriser l’année prochaine, sinon je vais me faire devancer ! A Busto, je suis arrivée première en sautant 1m17 et je suis donc à nouveau Championne d’Europe. La deuxième est une italienne Claudia Massara qui a sauté 1m15 et la troisième, une espagnole, Marina Oliveras à 1m10.

 

Vos objectifs pour 2018 ?

Récupérer un titre de championne du monde et un nouveau record du monde, ou au moins tenter de l’égaliser. Je suis consciente que c’est un très gros challenge et me donner beaucoup de travail.

 

Si vous aviez un message à adresser aux jeunes filles pour qu’elles essaient le freejump ?

Il ne faut pas hésiter, même si ça peut faire peur au début, ce n’est pas si terrible ! C’est bien pour le dépassement de soi et la confiance en soi, il faut venir faire du roller !

 

Nicolas Arquin

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