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Aurélie Muller : « J’étais championne du monde, je le suis toujours »

17 juillet 2017

« Et bien voilà… Je suis à nouveau Championne du Monde !

Parce que c’est la règle et parce que c’était le moment, j’ai rendu aujourd’hui, remis en jeu, le titre de Championne du Monde gagné, il y a deux ans, à Kazan.

Il était à nouveau disponible… Les 62 concurrentes au départ de ce 10 km pouvaient s’en saisir. Certaines avaient plus de chances que d’autres : plus d’expérience, de palmarès, de meilleures conditions d’entrainements, davantage de suivi, d’accompagnement ou tout simplement de confiance en elle. Le titre était en tout cas là, à la portée des mains de chacune d’entre nous.

Mais je n’avais pas tellement envie de le lâcher, moi…

Aurais-je cependant la capacité à le garder ?
Je le crois ; je le veux. L’envie est évidemment totale !
Mais les moyens physiques, la force, la vitesse, l’endurance, la caisse,… seront-ils au rendez-vous ?

Ma saison a été tardive : je ne me suis réellement remis à l’eau qu’en janvier.

Elle a été insolite aussi avec les défis que constituaient les 57km du Santa Fé Coronda en Argentine, puis le retour nécessaire à la compétition officielle sur le 10km Abu Dhabi – Victoire au sprint final !- et enfin la volonté de réaliser mon meilleur temps sur 1500m NL aux Championnats de France de Strasbourg, sur les terres du Grand Est qui regroupent désormais ma Moselle et ma Lorraine natales, à l’Alsace et à la Champagne-Ardenne.

Cette saison a donc déjà été bien dense. Et la nouveauté que j’avais choisie ne m’offre pas les repères habituels. Ceux qui donnent le plus confiance.
Je pourrais aussi la considérer comme déjà suffisamment satisfaisante, non ?
Non.

Le travail a été réalisé avec Philippe. Apre. Répétitif. Avec les pics de grande forme et les jours moins rigolos… Peut-être que tout était en place ? Peut-être que cela ne serait pas suffisant ?
Il est temps de savoir.

L’objectif est de prendre le départ, réaliser le meilleur, ne rien lâcher et de tout tenter pour surtout n’avoir aucun regret ! Objectifs simples, « bâteau » que tous les coaches et les sportifs (se) répètent à l’envie et que nous avons tous déjà cent – dix mille ! – fois entendu.

La marseillaise qui retentit hier… Marco ajoute du piment ! Donne envie de savourer le goût de la victoire ! La plus haute marche, le respect des adversaires, la médaille, l’hymne national, ces instants qui viennent concrétiser les heures de travail, d’efforts, d’agacements.
Cela vient aiguiser encore mon appétit ! Il n’est plus que jamais pas question de subir. Je serais là, présente, entreprenante, audacieuse. Je ferai ma course. Avec mes armes. Selon les opportunités, comme elles se présenteront.

Plusieurs possibilités, tactiques, en tête… On s’adaptera. Mais il faudra compter sur moi. Pas de figuration, pas de lamentation ; que de la sur-motivation !!

Le départ se fait, les filles s’observent, la peur est dans le peloton. Ce n’est pas mon rythme…
Je n’ai pas envie de cela. Je prends les choses en main. Je fais ma course à moi, à ma main.
Pas prévu au programme, mais je préfère être devant et suivre le tempo qui est le mien. Je connais les risques de s’exposer ainsi… Jamais personne à ma connaissance n’a gagné une course en en prenant la tête dès le premier kilomètre. On verra bien : je suis bien. La route sera certainement longue, difficile. Mais c’est la mienne.

Le peloton s’étire. Explose. A mi-course je suis toujours devant. Stéphane valide. Je sais que ça va attaquer. Ça ne manque pas. Normal. Un peu prévisible… Je suis prête. Je les laisse revenir… Je reprends mes distances. L’italienne fait un gros effort pour être à mon niveau. Je l’accueille. Elle fait quelques centaines de mètres devant, avant la bouée, je la rattrape pour virer en tête.
Je remets « une dose ». C’est très difficile. Pour moi pour elles… Mais c’est moi qui décide.

Est- ce que je vais tenir ?
N’en ai-je déjà pas trop fait ?
Je n’en sais rien, ça chauffe vraiment ; ça ne cale pas.

Il reste désormais un kilomètre… Je suis cuite. L’instant de vérité arrive.
C’est quoi un kilomètre quand tu en as nagé 57 pendant 09h dans les vagues argentines ?
Je ne laisserai passer personne. Il va falloir que ça tienne !
Et il n’est pas question de photo finish !!

Vous ne pourrez pas me rattraper. Je suis la vague. Je suis mon travail. Je déferle. Je crie, je tape !
J’ai gagné !

Avec l’avance que je voulais.

J’ai gagné comme je n’osais pas même imaginer de le faire. Pas comme prévu.
Mais c’est bon… Je suis heureuse. Très heureuse !!!

Un bonheur sain, direct, pas rageur.
Je sors de l’eau… Embrassades, médias, podiums, contrôle antidopage, repas, récupération en piscine, bain froid, massage, repas, dodo.

On me demande si – je lis- que c’est une revanche… NON
C’est une confirmation.
J’étais Championne du Monde. Je le suis aujourd’hui, à nouveau.
Personne n’a réussi à venir me prendre ce titre. Il est à moi encore pour deux ans !

Et je ne fais pas la fête ? C’est cela que vous vous demandez depuis que j’ai écrit « dodo » !
La fête, elle est là dans ma tête, dans mon cœur. Elle est intérieure, partagée…
Mais surtout la fête, elle n’est pas finie !!

Nous nageons jeudi le relais, puis il y a pour moi encore le 5 km et le 25 km.

La semaine n’est pas finie…
Et vous n’en avez certainement pas fini avec moi et cette Equipe de France d’eau libre !!!
Nous verrons !

Merci de votre soutien, vos likes, vos retweets, vos messages, vos cœurs… Je partage avec vous mon bonheur. Soyons heureux !

Je vous embrasse fort.

Aurélie. « 

 

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