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Performance, mixité et inclusion : le virage du roller derby

28 juin 2017

Dépeint comme discipline « girly » voire « féministe », le roller derby se revendique aujourd’hui comme un sport exigeant. Aujourd’hui, les profils des pratiquants sont de plus en plus variés.

 

Ce vendredi soir, l’équipe B du Paris Rollergirls, les Quedalles, a entraînement au gymnase de la Plaine. Depuis les gradins, chaque joueuse enfile sa tenue dans un rituel minutieux. Un legging ou un jogging, des lacets bicolores ou simples, un t-shirt avec ou sans manches. « Tant qu’on n’oublie pas le casque, les coudières, les genouillères, on a le droit de s’habiller comme on veut », détaille Shere Khan, 20 ans, en montrant le t-shirt noir floqué de son pseudo. Déjà prête, une joueuse harangue ses coéquipières.

« On se retrouve sur le track, les filles. Ce soir, ça va péter ! » Sur la piste, les filles tournent en rond, patins aux pieds. Concentrées, elles rient, s’attrapent par les mains et filent à toute vitesse. Le parquet boisé, lui, frémit sous le vrombissement de leurs roues. Un joyeux désordre.

Le roller derby est un sport d’équipe et de contact, pratiqué sur une piste ovale et chronométré. Le but du jeu est pour l’un des joueurs de dépasser ses adversaires à roller quad sans être projeté au sol ou sans sortir de la piste. Sept ans après son arrivée en France, la discipline d’origine américaine a aujourd’hui ses adeptes. D’après la Fédération française de roller sports, ils sont en 2017 près de 4.300, contre 2.000 en 2012. Longtemps défini comme un sport « spectacle » et défendant la cause « girl power », le roller derby est en pleine évolution.

 

À L’ORIGINE DU ROLLER DERBY, UN COLLECTIF FÉMINISTE TEXAN

Dans les années 30 aux États-Unis, le roller derby n’était encore qu’une course d’endurance mixte. Sport de contact, il fleurit alors et attire jusqu’à 40.000 pratiquants dans des clubs disséminés dans tout le pays. Dans les années 70, c’est le déclin. Et au début des années 2000, la renaissance. Au Texas, un collectif féministe, les Bad Girl Good Woman Productions, crée alors la version moderne du roller derby. A Austin, en 2002, leurs événements se tiennent à guichets fermés. Le roller derby se structure, des regroupements d’équipes, appelés « leagues », sont créés au sein d’un même club. Ce collectif de filles est à l’origine des règles actuelles du roller derby et de la Women Flat Track Derby Association (WFTDA), devenu le principal organe international du roller derby.

 

EN 2010, LES PREMIERS CLUBS FRANÇAIS SONT FÉMININS

Le « derby » débarque en France en 2010. Cette année-là sort « Bliss », le film de Drew Barrymore sur l’immersion d’une jeune Texane dans l’univers du roller derby. Le long-métrage amènera des dizaines de filles à chausser leurs rollers. « Ce film nous avait fait beaucoup de pub », se souvient Katie, alias PsychoKat, aujourd’hui présidente des Nantes Derby Girls et co-responsable du roller derby français à la Fédération française de roller sports. Passionnée à l’époque par le roller et les sports de contact, Katie se souvient de s’être rendue à une journée de recrutement des Paris Rollergirls, l’un des premiers clubs. « J’ai appris par la suite que plusieurs clubs se créaient à Bordeaux, Toulouse et Rennes. Sur Nantes, avec des copains, on a monté à notre tour un club. »

Le sport se développe en France par l’autogestion : bénévoles, les joueuses participent à la vie de leur club. Puis, en 2012, le roller derby se rapproche de la Fédération française de roller sports. Le mouvement à l’origine du derby moderne avait à cœur de développer un sport pratiqué par des filles. « La conséquence est que, lorsque le sport arrive en France, les premiers clubs sont féminins », constate Nicolas Espiau, président du Roller Derby Toulouse.

 

VERS PLUS DE MIXITÉ ET D’INCLUSION

Très vite, néanmoins, le derby s’ouvre à d’autres pratiquants. En 2011, Toulouse crée la première équipe masculine française, les Quad Guards. « A cette époque, notre vision du féminisme n’était pas dans l’opposition et l’exclusion », raconte Nicolas Espiau. « Elle était dans l’égalité et la mixité. »….

ASSIA HAMDI

Article à lire en intégralité dans LES SPORTIVES MAGAZINE.

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