éducation

Le temps de l’école, le temps d’apprendre

7 mai 2018
Le temps de l’école est le temps où tous et toutes apprennent ensemble. Le paradoxe est qu’alors que les enfants et les jeunes sont de plus en plus sédentaires, le temps scolaire consacré à l’éducation physique et sportive n’est pas à la hauteur des ambitions. L’école est aussi un temps contraint qui va donner les clés aux enfants pour gérer leur temps libre.

L’école – de la maternelle au lycée – doit permettre aux élèves de « développer les connaissances, les compétences et la culture nécessaires à l’exercice de la citoyenneté dans la société contemporaine »1. Elle est également l’ambition de répondre aux problèmes de société (santé, citoyenneté, laïcité, égalité filles-garçons…). Mais paradoxalement, le temps scolaire ne cesse de diminuer ! Dans ce cadre, quelle place et quel rôle sont accordés à l’Éducation physique et sportive ?

L’enfance et l’adolescence : le temps privilégié des apprentissages

Les jeunes peuvent aujourd’hui apprendre à faire du sport dans différents lieux : l’école, les clubs, les centres aérés, la famille. Mais dans cet ensemble éducatif, l’école a une responsabilité particulière, pour au moins deux raisons. La première, c’est qu’elle est obligatoire. Elle s’adresse donc à tous les enfants, quels que soient leur milieu, leur sexe, leur niveau, leurs goûts, leurs éventuels handicaps.« Il s’agit de contribuer au succès d’une école de la réussite pour tous, qui refuse exclusions et discriminations et qui permet à chacun de développer tout son potentiel par la meilleure éducation possible ». (Socle commun de connaissances, compétences et culture, 2015).

La deuxième, c’est qu’elle est le lieu de l’étude, c’est-à-dire le lieu où les jeunes sont confrontés à des savoirs et des apprentissages difficiles, en tout cas pas spontanément accessibles.

En matière de sport, c’est à la discipline EPS que revient cette mission. Les programmes du cycle 3 par exemple, précisent que « l’EPS initie au plaisir de la pratique sportive (…) tous les élèves, filles et garçons ensemble et à égalité, a fortiori les plus éloignés de la pratique physique et sportive ». « Tout au long de la scolarité, l’EPS a pour finalité de former un citoyen lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué, dans le souci du vivre-ensemble. Elle amène les enfants et les adolescents à rechercher le bien-être et à se soucier de leur santé ».

En EPS, les élèves font donc du sport, mais les pratiques sociales ne sont pas importées telles quelles dans l’école, elles sont passées au filtre de ses objectifs. Il ne s’agit pas seulement de se détendre après le travail scolaire, ni de « découvrir des activités », « s’initier à un sport » ou d’atteindre son plus haut niveau dans un sport donné, mais de faire accéder tous les élèves, de manière critique, à une culture physique, sportive ou artistique qui puisse être un outil de connaissance de soi, des autres et du monde.

Entre il y a 40 ans et aujourd’hui, les enfants ont perdu 25 % de leurs capacités cardiovasculaires. »

L’école d’aujourd’hui a-t-elle le temps et les moyens de ses ambitions ? Prenons trois exemples qui interrogent le temps scolaire, en termes à la fois de durée et de contenus.

L’objectif « santé » plaide pour une augmentation de l’horaire d’EPS

Deux enquêtes alarmantes ont été publiées en 2017. La Fédération française de cardiologie (FFCC) a constaté qu’ « entre il y a 40 ans et aujourd’hui, les enfants ont perdu 25 % de leurs capacités cardiovasculaires. Seuls 10 % des enfants ont conservé les mêmes capacités que leurs aînés. Désormais, un enfant sur cinq en France est touché par l’obésité. L’hypertension chez les jeunes, qui n’existait quasiment pas auparavant, est de plus en plus fréquente. A moyen terme, les jeunes perdront toute habitude de bouger, et si personne ne rectifie le tir, [cela] risque de créer une génération particulièrement exposée aux risques cardiovasculaires ». L’étude ESTEBAN « rend compte de niveaux d’activité physique faibles et d’une sédentarité élevée chez les adultes et les enfants en 2015, ainsi qu’une dégradation quasi-générale de ces indicateurs depuis 2006. Ces résultats mettent en lumière la nécessité d’intervenir conjointement pour : 1) augmenter le niveau d’activité physique de la population et : 2) limiter le temps passé dans des comportements sédentaires ».

Au regard de ces constats, l’horaire d’EPS est bien faible : trois heures en primaire, quatre heures en classe de 6e, puis trois heures au collège et deux heures au lycée. Mais dans la réalité c’est moins, avec, dans de nombreux endroits, un manque d’équipements qui fait perdre du temps dans les déplacements et réduit le temps d’activité. En primaire, l’enseignement ne dépasse pas deux heures par semaine pour de multiples raisons, les principales étant que 70% du temps est consacré au français et aux maths et que la formation des professeurs des écoles est très réduite. De plus, les réformes ont, depuis trente ans, diminué le temps scolaire global pour des raisons économiques et par conséquent celui de l’EPS. La récente réforme du collège a réduit de 30% les dispositifs optionnels et supprimé l’épreuve spécifique d’EPS au brevet, quand la réforme du lycée prévoit de supprimer les options complémentaires.

Il y a donc un écart énorme entre les besoins sociaux en matière de santé et la quantité d’EPS offerte à l’École. Un premier progrès serait d’assurer à tous les élèves quatre heures d’EPS par semaine comme le revendique le syndicat des professeurs d’EPS (SNEP-FSU).

Le sport scolaire, une belle originalité française

Le temps de l’école, c’est aussi le temps du sport scolaire : l’USEP à l’école primaire et l’UNSS au collège et au lycée. Cela concerne près de deux millions d’élèves, dont près de la moitié de filles, qui font une après-midi de sport en plus dans la semaine de manière volontaire. C’est un temps d’entraînement et de rencontres, qui constitue à la fois un prolongement de l’EPS, une ouverture culturelle, et au collège et au lycée, la possibilité d’approfondir un sport.

Le temps de l’école pour apprendre à gérer son temps libre

Une bonne partie des enfants (plus d’un quart) ne fait du sport qu’à l’école. Ce sont majoritairement des filles, et majoritairement des filles de milieux populaires. Un horaire trop faible met donc également à mal l’enjeu de démocratisation énoncé dans la Loi.

En EPS, l’élève est confronté à des activités physiques, sportives et artistiques (APSA) adaptées à son niveau. Il vit ainsi des expériences originales (s’éprouver, s’exprimer, agir avec adresse, avec esthétique, développer son pouvoir sur les objets, prendre des risques mesurés, jouer avec les autres, mettre en œuvre des stratégies…) et acquiert ainsi des pouvoirs sur lui-même. C’est la condition pour se sentir capable d’aller pratiquer les activités en dehors de l’école, pour choisir réellement ses loisirs, pour prendre l’habitude de pratiquer une activité physique régulière, réfléchie, adaptée à ses possibilités. C’est la condition pour devenir, à l’âge adulte, acteur du monde associatif ou spectateur et spectatrice avertis et critiques, ou tout simplement un parent qui sait jouer avec ses enfants et faire des choix éducatifs dans ce domaine.

Pour cela il faut du temps. Un horaire trop faible ne permet pas d’acquérir de réelles compétences. Un enfant peu cultivé physiquement n’a pas de réelle liberté de choix pour ses loisirs. Quand, par exemple, des filles disent qu’elles se sentent « nulles », elles ne peuvent pas trouver la force de pousser la porte d’un club sportif, ou entrer dans un jeu collectif sur la plage ou au camping. Adultes, elles risquent de minimiser l’activité physique pour elles-mêmes ou pour leurs enfants. Elles sont privées du formidable outil de développement et d’émancipation que représente la culture sportive et artistique.

Par CLAIRE PONTAIS

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives0

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