Dans leurs veines A sang pour Sang

Gwladys Lemoussu, dans les coulisses de sa préparation

12 septembre 2016

Gwladys Lemoussu médaillée de bronze en triathlon paralympique hier à Rio. Retour sur sa rencontre pendant sa préparation ; un handicap pour trois épreuves à fond !

 

Tous les amateurs de sport connaissent les dates des JO, peu sont au courant en revanche que l’engouement de la compétition se prolonge avec les paralympiques, et ce même à la télévision !
A Rio, le paratriathlon était pour la première fois dans une forme olympique, Gwladys Lemoussu aussi…

750 m de natation, 20 km de vélo et 5 km de course à pied. C’est le format sprint catégorie PT4 (bras « déficient ») auquel s’adonne depuis quatre ans, Gwladys Lemoussu. Née sans avant-bras gauche, elle conserve l’articulation du coude et s’en accommode parfaitement. Elle n’a jamais voulu entendre parler de prothèse. Même enfant, elle avait le réflexe de la retirer ! Son schéma corporel est ainsi fait et elle en tire le meilleur parti. « Mon handicap c’est ma chance, je ne sais pas si j’en serais là, si j’aurais eu cette force de caractère sinon. »

Du côté de Saint-Jean-de-Monts, sa ville, cette triathlète de 27 ans s’entraîne dur. Peut-être, inconsciemment, encore plus dur qu’à son habitude, le Comité international paralympique (CIP) ayant validé l’entrée de sa discipline aux prochains Jeux olympiques à Rio.

Sportive polyvalente depuis toujours, ce sont les valeurs et les bienfaits du sport qui la motivent et lui permettent de passer du rugby au triathlon avec des détours nommés escalade, basket et natation.

Rio, seulement quatre ans après son premier triathlon...

C’est en 2012 qu’elle participe à son premier triathlon. Elle est alors seule à concourir dans sa catégorie. Le plaisir est là mais le challenge un peu tronqué. L’année suivante, elle trouve enfin de la concurrence et finit au sprint. « Je n’étais pas la première, mais je n’étais pas la dernière non plus ! », sourit-elle. Le désir d’être performante atteint alors son apogée. Gwladys achète un vélo spécifiquement équipé pour la compétition. Quelques aménagements sont nécessaires : un répartiteur de freins pour ralentir les deux roues avec un seul levier, et un support permettant de poser son moignon en conservant une position équilibrée.

Sa carrière de triathlète se dessine progressivement. D’abord avec sa sélection en équipe de France en 2014, ensuite grâce à la signature d’un contrat avec l’Armée de champions il y a seulement quelques mois… (L’Armée de champions est un dispositif mis en place par l’Armée pour aider au développement des sportifs de haut-niveau. De nombreux sportifs français évoluent sous ce statut comme Martin Fourcade par exemple. Gwladys est ainsi inscrite officiellement comme «personnel civil de la défense» ce qui lui permet de justifier son salaire.)

Copyright : Bastien Aubert

Elle peut désormais se consacrer à sa discipline à temps plein. Comme pour toute sportive professionnelle, l’entraînement est le cœur de son quotidien. Même si sur ce point, le décalage est réel par rapport à la majorité des sportifs dit « valides ». Gwladys s’entraîne principalement seule car il n’est pas évident de trouver des athlètes susceptibles de jouer la carte de l’émulation à son niveau et au quotidien. « Je ne bénéficie pas non plus de staff médical pour assurer mon suivi. Et mon entraîneur étant basé à Vichy, il m’envoie par mail mes plans de séances », confie l’athlète, qui ne peut compter que sur sa rigueur et son envie de se surpasser chaque jour.

C’est elle aussi qui fixe les limites de sa pratique. Elle se donne à fond, poussée par l’immense plaisir que lui apporte la pratique du triathlon, tout en préservant l’équilibre entre sa vie sportive et personnelle.

Dans les semaines à venir, le sport risque de bousculer cet équilibre et de prendre plus de place avec Rio comme point d’orgue. Même si pour l’instant Gwladys ne s’emballe pas et attend le papier officiel. « J’ai failli dérailler lors des championnats d’Europe, la chaîne du vélo a raccroché, j’ai vu la catastrophe arriver… Alors je préfère attendre de voir mon nom officiellement affiché avant de crier victoire. Chaque chose en son temps… »

Une phrase somme toute banale chargée de profondeur dans la bouche de cette championne. Oui, car son parcours impose le respect, sa fulgurante progression impressionne et ses performances à venir suscitent la curiosité… Soyez confiants, avec Gwladys Lemoussu, les Jeux ne s’arrêteront pas le 21 août !

Article extrait de Les Sportives Magazine numéro 2 

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