Engagées

Ces femmes qui dirigent le sport français

9 mars 2018

Créé au début des années 60, à la suite de l’échec du sport français aux Jeux olympiques de Rome, le poste de directeur technique national (DTN) d’une fédération sportive a été plus que majoritairement occupé par des hommes.

Sur les 386 nominations de DTN opérées jusqu’à présent, seules 25 l’ont été au bénéfice d’une femme. Si l’on excepte la Fédération française de danse qui, en 1969, choisit une femme comme première DTN, il faut attendre 1985 pour qu’une autre femme occupe ce poste, au sein de la FFEPGV . C’est la Fédération française de volley-ball, pionnière au début des années 80 avec son programme en faveur du haut niveau féminin, qui désigne en 1986 la première directrice technique nationale d’une fédération olympique .

S’en suit une longue période d’abstinence du côté de l’olympisme. Lors des premiers états généraux du sport féminin, organisés à l’initiative de Marie-George Buffet, la ministre des sports invite les femmes à « oser prendre des responsabilités dans le sport ». C’est ce qui déterminera deux femmes, parmi quinze candidatures, à postuler au sein de la Fédération française de triathlon. Cette fédération qui ne compte à l’époque que 18 % de licenciées, recrute la seconde femme DTN d’une fédération olympique en 2001 .

Jusqu’en 2008 et sur les 73 fédérations qui bénéficiaient d’un poste de DTN, le nombre maximum de femmes assurant cette fonction, durant une même olympiade, n’a jamais dépassé trois (1985/88 et 2005/08).

Les dispositions du décret n° 2012-601 du 30 avril 2012 , en faveur d’un meilleur équilibre entre les femmes et les hommes dans les nominations aux postes d’encadrement supérieur, suivies des feuilles de route imposées au ministère des Sports depuis 2013, vont amorcer une nouvelle dynamique.

Trois femmes sont ainsi nommées DTN au sein des Fédérations d’équitation, de gymnastique et de pentathlon moderne au début de l’olympiade de RIO (2013).

A partir de 2015, une démarche de repérage et d’accompagnement vers des missions d’encadrement, visant particulièrement des cadres féminins, est engagée par la direction des sports. Cette mesure ne porte pas immédiatement ses fruits . On le comprendra aisément. A compétences égales, voire supérieures, trop peu de femmes osent soudainement postuler à de hautes responsabilités dans un monde presqu’exclusivement gouverné par les hommes .

Malgré tout, les résultats se font rapidement sentir avec en 2017, trois nouvelles nominations de femmes DTN au sein de fédérations olympiques (escrime, lutte et volley-ball).

Le taux de féminisation du poste de DTN a connu, en trois olympiades, une augmentation plus que remarquable passant de 5% en 2009 (4 femmes) à 10% en 2013 (7 femmes) puis à 15% en 2017 (11 femmes). Le phénomène est encore plus marqué au sein des fédérations olympiques avec une progression de 3% en 2009 à 14 % en 2017.

Si la plupart de ces femmes ont été ou sont placées auprès d’une fédération dont la pratique est très féminisée, telles que la danse, la gymnastique, l’équitation, la FFEPGV, la retraite sportive ou encore le volley-ball, d’autres dirigent également aujourd’hui des fédérations comprenant un fort pourcentage de licences masculines (escrime, lutte, spéléologie).

Ces techniciennes de très haut niveau sont à la fois des managers, des gestionnaires et des leaders. Elles sont au centre d’un système complexe où elles doivent composer avec des enjeux sportifs, juridiques, médiatiques, sociaux, économiques, humains, politiques et professionnels.

Cette féminisation de la fonction, qui semble s’opérer de façon durable ne doit faire oublier que la gouvernance des fédérations reste malgré tout très masculine. En comparaison, ces 71 fédérations ne sont présidées que par quatre femmes (5,6%)… dont deux d’entre elles ont également une femme à la tête de leur équipe technique !

En savoir plus sur la mission de DTN – Article R131-16 du Code du sport :
Placé sous la double autorité du ministère des Sports et du président de la fédération pour laquelle il ou elle exerce ses missions, le ou la DTN concourt à la définition de la politique sportive fédérale, veille à sa mise en œuvre et contribue à son évaluation. Dans le cadre de l’accomplissement de sa mission, il ou elle dirige et anime la direction technique nationale de la fédération.

Légende photo réunion DTN de droite à gauche : Brigitte Deydier (Ex judo), Laurence Vallet-Modaine (escrime), Virginie Thobor (lutte), Magali Andrier (ASPTT), Corinne Callon (gymnastique), Sophie Dubourg (équitation), Axelle Guiguet (volley-ball), Marie-Hélène Rey(spéléologie), Laurence Sauvez (sportive et culturelle), Isabelle Gautheron (cyclotourisme), Patricia Costantini (ex triathlon).

 

Par Egal’Sport

Article extrait du magazine numéro 7 Les Sportives 

 

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