Courir est devenu une activité très populaire, et qui continue à se démocratiser. Sur les courses longues de très nombreuses femmes courent plus vite que des hommes, y compris les hommes sportifs. Au plus haut-niveau, les écarts de performances entre hommes et femmes se réduisent. Pourtant, à l’école, dans les courses, des barèmes différenciés, pour évaluer, demeurent. Est-ce nécessaire, est-ce utile ?
Le rôle de l’école est important pour leur donner le goût de courir longtemps, d’apprendre à réguler leurs efforts, se dépasser, progresser…. Pour y arriver, est-il pertinent de continuer à utiliser des barèmes différents pour les garçons et pour les filles ? Il est légitime de s’interroger sur leur utilité, surtout lorsqu’on s’adresse aux jeunes enfants. Ne renforcent-ils pas par exemple l’idée que les filles sont “naturellement” plus faibles que les garçons ? Au plan plus général, comment amener tous les élèves à leur plus haut niveau de performance sans créer des classements qui stigmatisent toujours les plus faibles, filles ou garçons ?
Dans la Manche, Paulette Brisset a un niveau CM2 ; tous les ans, elle programme 12 séances de course longue qui se terminent par un marathon collectif : ses élèves doivent courir 12 ou 15 minutes, au choix. Les distances parcourues par chaque élève sont additionnées pour chaque classe. Au total, cela fait environ 50 km. Et il n’y a pas de classement individuel. L’élève réussit s’il court le temps prévu et s’il égale la distance minimale qu’il a annoncée avant la course. Le jour du marathon, l’enjeu est de refaire sa meilleure performance, déjà réalisée à l’entraînement. En fait, le jour J, beaucoup d’élèves tentent tout de même de battre ce record !
La classe de Paulette est une classe ordinaire de milieu rural. Si l’on compare les performances de ses élèves au départ, avec celles de l’épreuve finale, que constate-on ? Les filles ont gagné de 3 à 9 secondes sur leur temps de base sur 100 mètres. Les garçons 2 à 6 secondes. Les filles ont donc plus progressé que les garçons, rattrapant ainsi le petit “retard culturel” qu’elles pouvaient avoir au départ. Si les plus rapides de la classe restent des garçons, on remarque que la partition n’est pas liée au sexe, mais au fait d’être sportive ou non sportive : quatre élèves courent entre 11 et 14km/h (trois garçons footballeurs et une fille) ; onze élèves sont entre 10 et 11km/h (cinq garçons et sept filles) ; trois élèves sont entre 8 et 10km/h (deux filles et un garçon).
Tous les jours, à l’école – et la classe de Paulette en est la preuve - les enseignants-es constatent que filles et garçons ont d’énormes possibilités de progrès. Avec un programme adapté, travaillé au sein du projet de classe, la question des barèmes différenciés entre filles et garçons ne se pose plus.
La lutte contre les stéréotypes de sexe, loin d’être du discours, passent concrètement par l’expérience de la réussite, et la mise en avant du collectif plutôt que l’individu !
Claire Pontais


