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Sportives solidaires et citoyennes

1918
Sportives solidaires et citoyennes

Les Jeux Paralympiques : un héritage de la Grande Guerre

31 août 2016

A une semaine du lancement des Jeux Paralympiques à Rio, Les Sportives Magazine et la Fondation Alice Milliat vous font replonger dans l’Histoire.

Les réalités de la guerre
La Première Guerre mondiale crée une rupture historique par sa violence et sa dimension internationale. Elle est terriblement meurtrière pour les hommes. Devant les divers types de blessures inconnues jusqu’alors, le Service de Santé des armées se trouve confronté à des situations totalement imprévues. Cette nouvelle forme de conflit, avec l’usage intensif d’une artillerie industrielle effroyablement destructrice, va pousser la médecine de guerre vers une formidable mue quantitative et qualitative. Il en résultera une adaptation progressive et efficace des moyens d’action tout au long de ce conflit, résumée par cette formule « Relever. Évacuer. Opérer. Réparer. »

La prise de conscience du handicap en France

Dans une société où le handicap est mal compris, la guerre de 1914-1918 sert de révélateur. Avant ce conflit, l’infirmité « civile » semblait rare et peu connue du grand public, seuls les aveugles et les sourds-muets bénéficiaient d’une certaine reconnaissance grâce respectivement à Valentin HAÜY et à Eugène RUBENS-ALCAIS. Au fil des combats, des centaines de milliers d’adultes jeunes et vigoureux deviennent invalides. L’ensemble de la collectivité n’y est pas préparé. La question de la rééducation va devenir cruciale. Elle est à créer.

L’école de Joinville

Devant le nombre grandissant d’hommes mutilés et l’urgence des demandes, l’école de Joinville rouvre ses portes le 7 mai 1916. Elle se voit investie d’une nouvelle mission, celle de rééduquer ces soldats touchés dans leur intégrité physique. En s’appuyant sur la gymnastique suédoise de Pehr LING et la méthode naturelle de Georges HÉBERT, des progressions de travail et d’exercices sont établies dans le but de permettre à ces hommes plus ou moins lourdement handicapés de retrouver une partie de leurs fonctions motrices.

La découverte du sport comme moyen de rééducation

Pendant les longues séances ennuyeuses et répétitrices que constituent les séances de rééducation un étrange phénomène se produit. Dans son carnet de Poilu, Antoine GAL note le 5 juin 1915 : «… envoyés dans un centre de rééducation et d’entraînement à Puget sur Argens dans le Var, tous ces éclopés chaque jour jouaient au ballon. » Dans Le Miroir du 1e août 1915, sont publiés des clichés montrant une course d’unijambistes s’appuyant sur leurs béquilles et ayant comme légende : « Les blessés eux-mêmes, avec une incroyable bonne humeur, organisent entre eux des courses d’éclopés. » Le numéro 830 du 15 septembre 1916 de La Vie au Grand Air montre en première page un soldat solidement appareillé au niveau de sa jambe droite et sautant par-dessus une chaise. Il est entouré d’autres blessés s’appuyant sur des béquilles, ils semblent tous joyeux et la légende mentionne : « Athlète quand même ! » Paru le 15 septembre 1917 dans le même journal, on peut lire un article signé Ch. DENIS : « Les blessés étaient intéressés à leur travail par le procédé très sportif de l’auto-record… Les blessés atteints de même impotence étaient matchés l’un contre l’autre à leurs exercices rééducatifs. »

Si, jusqu’alors, on parle d’éducation et de rééducation physique, cette émulation entre les blessés introduit la notion de compétition et donc ce qui la caractérise : le sport.

Des exemples exceptionnels

Parallèlement, de nombreux témoignages montrent que des soldats gravement handicapés se sont rééduqués physiquement et socialement par le sport.
Escrimeur et champion de France à l’épée en 1914, Armand MASSARD est grièvement blessé au ventre le 15 octobre 1914. Après la guerre, il ne reprendra que difficilement le chemin des salles d’armes. Néanmoins, son courage est payant, car il remporte, en 1920, le titre de champion olympique à l’épée aux Jeux d’Anvers. Après sa carrière sportive, il devient président de la Fédération Française d’Escrime, président du Comité Olympique Français de 1933 à 1967 et vice-président du Comité International Olympique de 1952 à 1970.
Le 11 juillet 1915 aux Éparges, le boxeur Eugène CRIQUI a la mâchoire inférieure fracassée, des dents arrachées et la langue tranchée en deux par une balle. Recueilli comme mort, il subit 7 opérations pendant lesquelles les chirurgiens consolident son maxillaire par la pose d’une plaque d’acier. À la fin de la guerre, après un long travail de rééducation, il retrouve sa voix et contre l’avis de tous, il décide de reprendre le chemin des rings. Il s’impose un dur entraînement et après une impressionnante série de victoires, le 2 juin 1923 « Gégène Gueule Cassée » devient champion du monde des poids plume en battant par KO au 6e round Johny KILBANE au Polo Ground de New York.
Le 19 mai 1916 pendant la bataille de Verdun, l’athlète Jean VERMEULEN est ramassé agonisant et criblé d’éclats d’obus. Échappant de peu à l’amputation des membres inférieurs, il remporte le cross-country et le marathon aux Jeux Interalliés de 1919.
Joseph GUILLEMOT découvre l’athlétisme au front. Début 1918, il est gravement touché par les gaz et reste lourdement atrophié au niveau du poumon droit. Grâce à son mental exceptionnel, il va devenir champion olympique du 5000 mètres en 1920 à Anvers.
Le match de rugby France-Écosse du 1er janvier 1920 est connu dans l’Histoire sous le nom de « rencontre des borgnes ». En effet, 5 des 30 joueurs présents sur le terrain étaient atteints de cette infirmité suite à des blessures de guerre.Ces quelques cas, parmi de nombreux autres, montrent que des soldats gravement blessés ont su, à force de courage, de volonté et d’une façon totalement intuitive, se reconstruire grâce au sport.

La naissance officielle du handisport

Vainqueur du Tour de France 1910, de Paris-Roubaix en 1909, 1910 et 1911, de Paris-Tours en 1911, de Paris-Bruxelles en 1911, 1912 et 1913, trois fois champion de France sur route en 1911, 1912 et 1913 Octave LAPIZE, était frappé de surdité. On peut légitimement s’interroger sur l’influence que « Le Frisé », qui sera tué en combat aérien le 14 juillet 1917, a eue sur Eugène RUBENS-ALCAIS. En effet, celui-ci, né le 7 mars 1884 à Saint Jean du Gard, devient sourd très jeune et pratique le cyclisme très tôt. Influencé par l’essor grandissant de la pratique sportive venant directement des tranchées, Eugène lance l’idée d’une Fédération Sportive des Sourds-Muets de France en 1918. Déclarée à la préfecture de police de Paris en septembre 1919, c’est une première. De nombreux Poilus atteints par cette infirmité rejoignent les rangs de cet organisme.

La première compétition internationale

De la dynamique créée par la pratique du sport au front étendue à l’ensemble de la société française, naît la première compétition officielle internationale de sport pour handicapés. Le 4 juin 1922 à Paris au Stade Pershing, une rencontre de football constituée de sourds et muets oppose la France à la Belgique. Les Français remportent ce match 2 à 0. Poursuivant son action, Eugène RUBENS-ALCAIS organise à Paris du 10 au 17 août 1924, les 1e Jeux Internationaux pour les Sourds réunissent 148 athlètes malentendants venant de 9 nations. La presse nationale couvre largement l’événement. Les Sourdlympics rencontre un énorme succès populaire et seront désormais reconduits tous les quatre ans. À l’issue de ces journées historiques est crée le Comité International des Sports Silencieux, appelé aujourd’hui L’International Committee of Sports for the Deaf. C’est une première mondiale, Eugène en est le président. Cet humaniste, mécanicien automobile de profession, totalement désintéressé par l’argent, reste dans l’histoire comme le «Pierre de COUBERTIN sourd-muet». Il s’éteint le 8 mars 1963 dans une relative pauvreté et repose au cimetière d’Ivry sur Seine.

L’essor du handisport

À une époque où l’on considérait les personnes malentendantes comme intellectuellement inférieures et linguistiquement limitées, Eugène RUBENS- ALCAIS apporte, par la pratique sportive, un moyen efficace de rassurer et de valoriser cette communauté culpabilisée à tort par son handicap. Son action apparaît comme la première initiative connue dans ce domaine. Il ouvre ainsi une voie dans laquelle d’autres vont oser s’aventurer. L’élan est donné et le handisport prend doucement sa place dans la société. En 1940, et comme suite logique, apparaît en Angleterre un autre pionnier. Le neurochirurgien Ludwig GUTTMANN est directeur de l’hôpital de Stoke Mandeville et pour favoriser la rééducation des soldats de la Seconde Guerre mondiale devenus paraplégiques, il s’appuie sur les expériences venues de la Première Guerre, utilise le sport et organise en 1948 les 1e Jeux Mondiaux des Chaises Roulantes et des Amputés, plus connus sous le nom des Jeux de Stoke Mandeville. En 1960 ces Jeux sont organisés à Rome en continuité des Jeux des valides. Réunissant 400 sportifs représentants 23 nations, cette édition est considérée comme étant les 1ers Jeux Paralympiques. Dès lors et sous l’égide de plusieurs fédérations nationales et internationales couvrant les divers champs d’invalidité, le handisport devint rapidement une activité de plus en plus reconnue.

France's Marie-Amelie le Fur (C) dips at the finish line to win the Women's 100 metres T44 Final during the London 2012 Paralympic Games at the Olympic Park in east London, on September 2, 2012. AFP PHOTO / ADRIAN DENNIS

France’s Marie-Amelie le Fur (C) dips at the finish line to win the Women’s 100 metres T44 Final during the London 2012 Paralympic Games at the Olympic Park in east London, on September 2, 2012. AFP PHOTO / ADRIAN DENNIS

Les amputés, aveugles, gazés, handicapés et invalides de la Grande Guerre représentent, pour l’ensemble des pays belligérants, 6 millions et demi d’êtres humains. Avec dignité, nombre de ces hommes vont faire preuve de courage, de volonté, de détermination et d’imagination, en entreprenant et réussissant, parfois seuls et d’une façon empirique, leur propre rééducation. À l’image des champions cités plus haut, ils ont certainement, dans l’anonymat, réinventé et même créé de nouvelles méthodes d’éducation physique et sportive. Grâce à leur audace et leur refus de se résigner, ces authentiques héros visionnaires ont ouvert la voie. Ils ont prouvés que le sport reste un formidable moyen qui invite à aller puiser au plus profond de ses ressources mentales et physiques afin de retrouver la confiance de soi. Symbolisant remarquablement toutes les volontés déployées au travers du temps par des milliers d’anonymes dans le but de vivre simplement comme « les autres », ils ont posé les bases du handisport qui, aujourd’hui, est devenu un phénomène de société au service de millions d’être humains.

Ne les oublions pas.

Michel MERCKEL
Auteur de « 14-18, le sport sort des tranchées »

Rahmani on during the Women's U16 International Tournament match between Iran and USA at Stadio Gino Colaussi on April 26, 2016 in Gradisca d'Isonzo, Italy.
Photo : Ferraro / IPP / Icon Sport
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Soft power et sport : le cas de l’équipe féminine iranienne de football

9 août 2016

2016 est l’année européenne de la Lutte contre les Violences faites aux femmes. Il est intéressant de s’intéresser au Soft Power dans le sport et à la manière dont certains pays ont pu affirmer leur identité de manière différente sur la scène internationale.

 
halbaDr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat

 

« On ne sait jamais évaluer la portée réelle du Soft Power »

 

La participation de l’équipe iranienne de football aux Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2010 est un cas d’école. Elle a combiné de manière subtile lutte contre la discrimination faite aux femmes dans le sport et respect de l’idéal de Coubertin.

Inventé il y a une vingtaine d’années (Nye, 1990) le concept de Soft Power désigne « les méthodes d’influence développées par un État qui ne s’appuient pas sur la violence mais sur des éléments idéologiques ou culturels en vue de satisfaire les intérêts de la nation qui les met en œuvre ». Il peut utiliser des méthodes brutales comme la coercition, ou au contraire user de moyens plus fins comme l’incitation ou la séduction. Dans tous les cas, il cherche à influencer les décisions politiques en faisant apparaître certains choix comme prioritaires, pour qu’ils s’imposent par leur crédibilité et leur légitimité.

En 2010, la FIFA refusait la participation des footballeuses iraniennes aux JOJ, qui se tenaient alors à Singapour. Contraintes de porter un voile, les joueuses ne respectaient pas le règlement, qui interdit que l’équipement sportif présente « une inscription ou un slogan politique, religieux ou personnel ». Un compromis est finalement trouvé. Les joueuses peuvent disputer le titre. Elles ont en effet accepté de troquer leur voile contre un chapeau couvrant leurs cheveux mais qui ne couvrait pas l’oreille, avec l’accord de la délégation officielle d’Iran.

A partir d’un interdit autant culturel que religieux pour les femmes iraniennes – cacher ses cheveux, considérés comme un signe de luxure - une négociation a été possible avec les institutions sportives internationales. L’équipe iranienne a accepté que le voile soit remplacé par un chapeau qui n’est pas un symbole religieux mais respecte l’interdit. La FIFA comme la délégation iranienne ont usé de Soft Power et sont sorties gagnantes de cet échange de bons procédés. Les spécialistes en gestion et en communication parlent de stratégie gagnant-gagnant.

Team Iran on during the Women’s U16 International on April 26, 2016 in Gradisca d’Isonzo, Italy. Photo : Ferraro / IPP / Icon Sport

Les instances mondiales du football sont apparues comme magnanimes en acceptant d’adapter une règle qui proscrit tout signe religieux ou politique pour admettre la participation de l’équipe de football féminin d’Iran. Les jeunes iraniennes ont pu participer aux JOJ en montrant qu’elles étaient tout aussi modernes que les autres jeunes de leur âge, avec un chapeau qui les distinguaient des autres concurrentes. L’essentiel pour ces jeunes sportives comme pour la FIFA était bien de participer : l’idéal de Coubertin a connu une illustration originale.

Les JOJ ont accueilli en 2010 près de 3 600 sportifs, âgés de 14 à 18 ans. Ce message de tolérance et de flexibilité a certainement ouvert des horizons aux jeunes sportives de tous les pays musulmans, encore écartées des compétitions internationales ou interdites de pratique sportive, qui est réservée aux garçons. En 2015, les pays occidentaux ont acté la fin de l’embargo contre l’Iran à Vienne, consacrant ainsi le retour de la Perse dans les échanges internationaux. Ces JOJ 2010 étaient un signe précurseur - parmi d’autres - d’une volonté réciproque d’ouverture. Ils ont peut-être ouvert une brèche. On ne sait jamais évaluer la portée réelle du Soft Power.

 

pour en savoir plus www.iriv.net

 

En partenariat avec Sport et Citoyenneté

6th December 1926:  A line out during a women's rugby match at Gentilly, near Paris.  (Photo by Topical Press Agency/Getty Images)
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Les Jeux Olympiques féminins, un héritage de la Grande Guerre

29 juillet 2016

A une semaine du lancement des Jeux Olympiques de Rio, Les Sportives Magazine et la Fondation Alice Milliat vous font replonger dans l’Histoire, et notamment celle des femmes et des Jeux Olympiques.

 

Dans le numéro spécial du journal Le Petit Écho de la Mode du dimanche 30 août 1914, apparaît un éditorial sous le titre « À toutes les Femmes de France » signé Liselotte. Cet article est prémonitoire quant au rôle que vont assumer les Françaises pendant ce conflit. On peut y lire : « Une heure grave vient de sonner. Notre patrie est en danger. Ils sont partis ! Mes chères lectrices, mes chères amies, ne vous laissez point abîmer par le chagrin ; ne vous repliez pas sur vous-mêmes, ne bercez pas votre douleur ; regardez autour de vous, la nation réclame votre vaillance, votre activité, votre énergie. Dépensez-vous dans les flots d’une charité sans mesure ! Guérissez les malades, élevez les enfants, consolez les vieillards, entretenez ces foyers mutilés. ».

L’émergence de la pratique sportive féminine

basket_1920Pour des millions de femmes de soldat, commence un angoissant quotidien. Elles vont traverser courageusement ces temps difficiles et prendre en charge les métiers et responsabilités traditionnellement dévolus aux hommes. Mais si les femmes vont remplacer les hommes dans le monde du travail, elles vont aussi aller sur les stades. Moins soumises au joug masculin, ayant plus de temps libre et la chute de la natalité aidant, elles vont pouvoir se tourner vers des activités qui n’étaient pas envisageables auparavant. Car si depuis le milieu du XIXème siècle, des femmes pratiquent des activités sportives, c’est souvent avec leurs maris. On reproche au sport de rendre les femmes stériles et de les inciter à la débauche en montrant leur corps sur les stades. C’est donc pendant cette période dramatique que le sport féminin s’émancipe du sport masculin et impose son propre dynamisme.

 

Les premières manifestations sportives féminines

Informées par les courriers de leurs maris du développement du sport sur le front, elles vont s’ouvrir à cette pratique. Dès 1915, se mettent en place dans le pays des réunions sportives féminines inter-usines, ancêtres du sport corporatif. Certaines femmes n’hésitent pas à participer à des courses réservées aux seuls hommes. Ainsi le 29 septembre 1915, Marie-Louise Ledru participe au marathon du « Tour de Paris ». Elle se classe 38e sur 78 partants et court la distance en moins de 4 h30.

Le 2 mai 1915, le Club Académia organise, au Stade Brancion à Paris, la première réunion de l’athlétisme féminin français.

foot feminin 2Le 30 septembre 1917, le premier match de football féminin est disputé en France. L’équipe de Thérèse Brulé s’impose 2-0 face à celle de Suzanne Liébrard. Le journal L’Auto, ancêtre de L’Équipe, relate dans son édition du 2 octobre 1917 que « pour la première fois des jeunes filles ont joué au football ». Cette rencontre oppose deux équipes du même club, le Fémina Sport. Créé en 1912, c’est un club omnisports féminin dont Alice Milliat est la présidente depuis 1915. Cette institutrice encourage ses équipes à disputer des matchs dans toute la France afin de promouvoir la pratique du football féminin et devant la multiplication des clubs parisiens et provinciaux, elle pousse en 1917 à la création de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France, déclarée officiellement le 18 janvier 1918 dont elle sera présidente en 1919. Organisé par cette fédération, un championnat de France de football féminin se met en place. C’est une première mondiale. Les finales se déroulent les 23 mars et 13 avril 1918. Le Fémina Sport enlève ce premier titre national en s’imposant face à l’En Avant, club omnisports féminin fondé à Paris en 1912.

En juillet 1917 naît le premier championnat de France d’athlétisme féminin. En avril 1918 se déroule dans le bois de Chaville le premier cross-country féminin qui voit la participation de quarante-deux concurrentes. La victoire revient à Sébastienne Guyot. Peu de temps après, a lieu le second championnat de France féminin d’athlétisme.

 

La détermination d’Alice Milliat

Alice Milliat demande, dès 1919, au Comité International Olympique d’inclure quelques épreuves féminines au programme des Jeux d’Anvers. Elle se heurte à l’antagonisme irréductible de plusieurs dirigeants et notamment à celui de Pierre de Coubertin. En constants déplacements, multipliant les contacts dans de nombreux pays, Alice décide alors de mettre en place en 1921 les 1ers Jeux Mondiaux Féminins, dont le cadre sera Monte-Carlo. Cinq nations répondent à l’appel : la Grande-Bretagne, l’Italie, la Norvège, la Suisse et la France. À l’issue de cette première mondiale, elle crée le 31 octobre la Fédération Sportive Féminine Internationale dont elle devient présidente. De nombreux pays l’approuvent et participent activement au premier congrès de cette organisation. L’Allemagne, l’Autriche, la Chine, l’Espagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suède, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie y sont présents. Les rencontres sportives internationales vont se multiplier. Contrairement au mouvement sportif masculin, on remarque que la Fédération Sportive Féminine Internationale ouvre ses portes, dès sa création, à l’Allemagne et à l’Autriche.

Poursuivant son action, Alice Milliat, défiant les responsables du CIO, organise le 10 août 1922 au stade Pershing à Paris une épreuve qu’elle ose appeler « les 1ers Jeux Olympiques Féminins ». Huit pays sont présents. Onze épreuves d’athlétisme sont disputées en présence de 20 000 spectateurs. La Française Lucie Bréard y remporte le 1000 m. C’est un succès qui n’empêche pas un nouveau refus pour les JO de 1924 à Paris. Infatigable et déterminée, Alice organise en 1926 à Göteborg les 2émes Jeux Olympiques Féminins.

Devant une telle détermination, les oppositions sectaires de l’International Association of Athlétics Fédérations de Sigfrid Edström (IAAF) et du CIO de Pierre de Coubertin se changèrent en compromis. La reconnaissance olympique s’accomplira en 1928 aux Jeux d’Amsterdam où 21 nations déléguèrent 277 féminines.

L’élan est désormais donné, rien ne l’arrêtera.

Née à Nantes le 5 mai 1884, Alice Milliat mourut dans un complet anonymat le 19 mai 1957 à Paris.

 

Grâce à l’impulsion et à la détermination de personnalités d’exception, motivées par la volonté d’égalité entre les sexes, les femmes ont pris conscience qu’en l’absence des hommes, elles étaient capables d’assumer leur l’indépendance et de vivre autrement. La Grande Guerre a été l’élément déclencheur qui a mis en évidence ce besoin d’équité et a ainsi amené, entre autres, les circonstances facilitant la mise en place du sport féminin au plus au niveau et son ouverture aux Jeux Olympiques à toutes les femmes du monde.

Michel MERCKEL

Auteur de « 14-18 le sport sort des tranchées » Éditions Le Pas D’Oiseau.

france 3 bis - copie
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Clip JO Rio la polémique, lettre ouverte à la direction artistique de France 3

6 juillet 2016

Actrices et acteurs du mouvement sportif mettent un carton rouge à la direction artistique de France 3 pour leur clip JO Rio qui « ne ressemble pas au sport français » et qui « accumule les clichés ».

Voici la lettre :

A quelques semaines des Jeux Olympiques de Rio, France 3 par sa Direction artistique a fait découvrir sur ses réseaux sociaux le clip qui assurera la promotion de l’événement cet été. Tournée dans un décor prestigieux, cette vidéo présente différents sports, essentiellement individuels, auxquels la délégation française participera dès le 5 août prochain.

En tant que personnalités engagées ou non dans le mouvement sportif, nous nous réjouissons que la télévision publique fasse un clip de promotion du plus grand événement sportif au monde. Cependant, ce clip nous choque en raison des représentations passéistes qu’il véhicule et qui sont bien éloignées de la réalité française.

Dans une ambiance rétro du début du XXe siècle, un groom, limite obséquieux, se met en quatre pour accueillir des clients aisés d’un hôtel de luxe et des sportifs que l’on imagine en pleine préparation pour leurs futures compétitions. La conclusion du clip avec un slogan empreint d’autosatisfaction « Les athlètes olympiques sont chez eux sur France 3 » nous laisse cependant le sentiment que la Maison France 3 n’est pas ouverte à toutes et à tous selon les mêmes conditions.

En effet si 18 sportifs sont représentés dans ce clip, on peut légitimement regretter une absence totale de diversité et un déséquilibre entre femmes et hommes. Les autres personnages du clip ne sont pas épargnés par cette absence de diversité puisque tous les clients de l’hôtel sont blancs. D’aucuns pourraient considérer que nous exagérons et pourraient nous reprocher d’être des esprits chagrins au moment où la fête devrait rassembler toute la France. Mais si on l’analyse bien, en plus de rendre invisibles les femmes et les personnes non blanches, ce clip reproduit tous les poncifs et stéréotypes qui leur sont associés. On peut d’ailleurs les résumer simplement :

  • Sportive tu es, tu feras de l’équitation, de la natation synchronisée, de l’escrime ou de la marche car ils n’entament pas ta féminité.
  • Sportive tu es, ton visage on ne verra pas mais tes jambes on verra en gros plan.
  • Sportive tu es, tu resteras minoritaire, car le sport est d’abord fait pour les hommes.
  • Noir tu es, tu feras de la course, du sprint en l’occurrence, car tu es fait pour courir.
  • Français d’origine maghrébine tu es, point de sport de haut-niveau tu feras, mais groom tu seras car tel est ton destin social

Pour rappel, la délégation française qui se rendra à Rio sera quasi paritaire (44% contre 33% dans le clip) et nous ne ferons pas l’affront de rappeler toutes les médailles remportées par des sportifs français d’origines diverses qui feront, cet été encore vibrer les cœurs des supporters et des téléspectateurs.

 

Au final, cette vidéo, comme de trop nombreux supports de communication vient renforcer une vision de racisme et de sexisme ordinaires encore trop présente dans le monde du sport et son traitement médiatique. En donnant une image déformée de la réalité du sport de haut niveau et de la France d’aujourd’hui elle participe ainsi à l’assignation identitaire et à la reproduction de stéréotypes déplorables qui in fine font le lit des inégalités sociales et de discriminations que nous jugeons inacceptables et particulièrement inadmissibles dès lors qu’il s’agit d’une campagne médiatique portée par le service public audiovisuel.

 

Considérant ces faits, nous sommes un certain nombre à avoir voulu faire part de nos remarques sur le compte Facebook de la Direction artistique de France 3, comme pour dénoncer un peu plus cette représentation d’une société française fondée principalement sur le modèle blanc, masculin et riche. Nous regrettons très fortement que la majorité de ces commentaires ait été effacés, sans même apporter du respect à tous ceux qui ont souhaité exprimer leur avis et à d’anciens sportifs internationaux qui ont vécu dans des équipes de France multicolores, bien loin de cette image donnée dans cette vidéo. Nous déplorons que la Direction artistique de France 3 refuse le dialogue avec une arme aussi contestable que la censure. Les décisionnaires de cette entité ont certes le droit de censurer et de bloquer qui ils souhaitent sur leur compte. Mais cette attitude en dit long sur le rejet de toute critique ou débat.

 

Il en va de la responsabilité individuelle et collective de réduire les inégalités entre les citoyens d’une même société. Et cela est d’autant plus vrai pour une chaîne du service public qui a une mission éducative, d’exemplarité et pas seulement de divertissement.

Aussi nous espérons que le groupe France Télévisions saura moderniser l’image de France 3 et la rendre conforme à la prise en compte de la réalité tant sur la forme que sur le fond.

 

A l’heure où chacun prône la liberté d’expression, au moment où la France va jouer sa demi-finale de l’Euro dans le même pays qui a consacré la France « Black-Blanc-Beur » en 1998, nous souhaitons fermement que France Télévisions :

  • Arrête la diffusion de ce clip
  • Réponde publiquement de ce dérapage
  • Engage un travail d’éducation et de sensibilisation du grand public aux préjugés et représentations sexistes et racistes en y accordant des moyens à la hauteur de ce que nous sommes en droit d’attendre du service public.

 

Nous resterons mobilisés et dénoncerons sans faillir les manquements aux principes d’égalité entre citoyens.

 

Premiers signataires : Albert Alcindor, ancien athlète, Association Les Dégommeuses (lutte contre les discriminations dans le sport et par le sport), Christine Arron, recordwoman d’Europe du 100m, Frédérique Bangué, ancienne athlète, Béatrice Barbusse, maître de conférence en sociologie spécialisée dans le sport et les ressources humaines, Jane Birmant, journaliste, Michaël Bouvard, vice-président de SOS Homophobie, Régis Bourguignon, triathlète, Fabienne Broucaret, Journaliste et auteure, Stéphane Caristan, Champion d’Europe du 110m haies et ex recordman d’Europe, Fabienne Chaumaz, Cécile Chartrain, présidente et co-fondatrice des Dégommeuses, Audrey Chenu, Patrick Chevallier, président de Juvacom médias, Aya Cissoko, triple championne du Monde de boxe, Alice Coffin, journaliste, Assa Diabira, Sandrine Daigna, Boro Doucouré, manager sportif, Adil El Ouadehe, cadre fédéral dans le sport et militant antiraciste, Maryse-Ewanjé-Epée, ex recordwoman de France de saut en hauteur, Christelle Foucault, ex présidente de la Fédération Sportive Gaie Lesbienne, Stéphanie Garriba-Nestoret, ancienne handballeuse, Morgane Garnier, Lionel Gautier, directeur de la Fondation Lilian Thuram Education contre le racisme, Alexandre Geus, ancien athlète et musicien, Jérôme Girard, Adjoint au Département des Grands Evénements, Mairie de Paris, Julie Gomis, Jérôme Hubert-Réjon, Conseiller en communication, Jan-Claude Jenaste, entraîneur d’athlétisme, Aydrey Keysers, co-auteur du livre « Football féminin. La femme est l’avenir du foot », Cécile Lambert, Véronique Loewen, spécialiste en communication, expatriée au Canada, Sylvie Lorsolo, ex athlète, Docteur en sciences de la terre, expatriée aux Etats-Unis, Bénédicte Mathieu, journaliste et auteure, Eric Marvel, ancien athlète et artiste, Chantal Nallet, ancienne gymnaste, Maguy Nestoret-Ontanon, ancienne athlète, ex chargée de mission ministérielle sur la lutte contre les discriminations dans le sport, co-auteur du livre « Football féminin. La femme est l’avenir du foot », Benjamin Odry, ancien athlète, chercheur biomédical, expatrié aux Etats-Unis, Guy Ontanon, Entraîneur national d’athlétisme, Marie-José Pérec, triple championne olympique d’athlétisme, Fabrice Pierre, ancien athlète, réalisateur, Clément Rémond, Alain René-Corail, ancien athlète, Magaly Richard Serrano, Annette Simon, ancienne athlète, Lilian Thuram, président de la Fondation Lilian Thuram Education contre le racisme, Haifa Tlili, Bano Traoré, athlète, Jean Vuillermoz, ancien adjoint aux sports à la Ville de Paris, Sandrine Zalcman, avocate,…etc