Handi sportive

Sportive et handicapée : une multiplication de défis ?

25 mai 2018
Dans le numéro 8 des Sportives, nous mettons en lumière à travers différentes études et parcours, la course contre le temps que représente la pratique sportive pour les femmes. La situation est-elle similaire pour les sportives atteintes de handicap ?

Trouver le temps chaque semaine de se rendre à ses entrainements de volley ou encore de chausser ses baskets pour faire un tour du lac le dimanche n’a jamais rien d’évident, particulièrement pour les femmes. Parce qu’elles passent un temps conséquent à s’occuper des taches ménagères[1], parce qu’elles privilégient davantage leurs études, les femmes pratiquent moins de sport que les hommes et se dirigent davantage vers des disciplines individuelles qui se glissent plus aisément dans un emploi du temps chargé[2]. Un rapport à son propre chronomètre qui joue un rôle prédominant dans le choix et l’intensité de la pratique sportive. Lorsque l’on est sportive et handicapée, le constat se complexifie encore, avec des défis supplémentaires.

« On retrouve les mêmes problématiques dans le sport handi que chez les valides : la pratique féminine est moins importante que celle des hommes, explique Valentine Duquesne de la Fédération Handisport qui dénombre 30.000 licenciés et 60.000 pratiquants. A cela se rajoute d’autres difficultés comme les transports pour se rendre dans une enceinte sportive. Une autre raison de l’abandon de la pratique sportive, dès l’adolescence, réside dans le fait qu’il est ardu de pratiquer du sport à l’école. Un élève handicapé peut être compliqué à gérer pour des professeurs déjà confrontés à des classes nombreuses. Alors souvent, les enfants atteints de handicap ne font pas du tout d’EPS dans le milieu scolaire et sont dispensés toute l’année. Ce qui a une conséquence directe sur le haut niveau puisque les athlètes sont souvent découverts à cet âge-là. Les dispositifs ne sont pas encore très opérationnels mais la situation évolue progressivement. » En effet, un travail entre la Fédération Handisport, l’UNSS[3] et l’Education Nationale se met en place depuis quelques années pour développer le sport scolaire pour les jeunes handicapés.

Pas de ligues professionnelles

Sortie de l’adolescence, l’obligation d’un double projet pèse également de tout son poids dans la construction d’une carrière sportive. Car si la Fédération Handisport, qui propose 30 disciplines existe bel et bien, il n’y a pas de ligues professionnelles. Toutes et tous sont donc obligatoirement des amateurs. « 70% des sportifs de haut niveau travaillent, complètent Valentine Duquesne. Ils ne gagnent pas assez bien leur vie pour en vivre et les sponsors se font rare. Les 30% restants sont les étudiants, les adultes en formation et des sportifs qui ont vécu un accident grave et perçoivent une rente financière leur permettant de ne pas travailler. Ils sont donc obligés d’avoir un double projet. A cela se rajoute les problématiques habituelles pour les femmes liées la faible médiatisation, aux difficultés à démarcher des sponsors…Même si cela évolue plutôt dans le bon sens.»

Une série d’obstacles que Delphine Bernard a su manœuvrer avec succès. La Bretonne qui pratiquait diverses disciplines dans sa jeunesse s’est retrouvée dans un fauteuil à 18 ans suite à un accident de ski, atteignant sa moelle épinière de manière irrémédiable. Deux ans plus tard, à la suite d’une rencontre avec un maître d’armes, elle s’est mise à l’escrime. Brillante, la sportive se constitue un beau palmarès, remportant la Coupe du Monde en 2010 ou les championnats de France en 2014. « Après le baccalauréat, j’étais directement aller travailler. A 28 ans, j’ai repris mes études pour devenir diététicienne. En même temps que je m’entraînais, je passais mes diplômes et les qualifications pour les compétitions internationales comme les Jeux de Rio. Même si j’arrivais à tout gérer et que j’avais la particularité de partir en compétition avec mon conjoint, c’est vrai que cela ressemblait à une course contre la montre…»

Un rythme effréné qui la pousse à mettre un terme à sa carrière. « Même si je suis ravie de tout ce que j’ai vécu, je n’avais plus envie de m’impliquer autant dans la préparation physique par exemple.»

Des carrières plus longues

 Pour autant, les carrières pour les sportifs handicapés ont ceci de particulier qu’elles peuvent être plus longues que chez les valides. La possibilité de revenir au haut niveau après une grossesse est davantage envisageable pour les femmes.

Dans la pratique loisir, les différences entre les hommes et les femmes sont moins marquées que sur le haut niveau. « Pendant longtemps, on a cru que handicap et sport n’étaient pas compatible, explique Jean-Michel Westelynck en charge du sport santé à la Fédération Handisport. Le regard sur le handicap a beaucoup évolué et a contribué à libérer les personnes handicapées. C’est vrai que sur certaines tranches d’âges, on voit moins les jeunes filles et les femmes mais la pratique senior s’ouvre de plus en plus, principalement sur des disciplines aquatiques comme l’aquagym. »

Et là encore, le rapport au temps est primordial. « Il y a de plus en plus de personnes qui pratiquent en inclusion, dans des clubs avec des valides parce c’est plus pratique, plus près de chez eux. Cette démarche implique que les structures des fédérations homologues soient prêtes à les accueillir…A cela, le rôle d’expertise et d’accompagnement de notre fédération a toute sa raison d’être. »

Mejdaline Mhiri

[1] Dans un rapport d’octobre 2015, l’INSEE affirmait que les femmes passaient environ 4h par jour en moyenne aux tâches domestiques (enfants, courses, etc) tandis qu’il s’agissait de deux heures pour les hommes.

[2] Selon une étude de l’INSEE de novembre 2017, 45% des femmes âgées de plus de 16 ans pratiquent régulièrement du sport contre 50% pour les hommes. Elles ne sont en revanche que 37% à prendre une licence contre 62% pour les hommes.

[3] Union Nationale du Sport Scolaire

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