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Sportive de haut niveau, à quel prix ?

8 janvier 2018

Si l’égalité salariale n’est pas encore à l’ordre du jour dans les entreprises, elle semble encore plus lointaine dans le sport de haut niveau. Car vivre dans l’ombre médiatique signifie souvent vivre dans les ténèbres financières. Une double peine pour les sportives professionnelles.

« Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? ». Nues face à l’objectif, c’est la question que posaient Gaétane Thiney, Sarah Bouhaddi, Corine Franco et Elodie Thomis, quatre joueuses de l’équipe de France de football, en 2009. Cette campagne de la Fédération française de football (FFF), toute en provocation, avait pour objectif d’attirer l’attention du grand public sur le football féminin français. « Les retombées sont énormes », jugeait Pierre-Jean Golven, à l’époque directeur de la communication de la FFF. « Cette initiative originale a permis d’attirer les médias qui peuvent ensuite venir constater sur le terrain que le foot féminin est un joli football ». On notera au passage le choix de l’adjectif.
Alors, coup de génie, fausse bonne idée ou dérapage sexiste ? La “bonne cause” justifierait de se déshabiller, en équilibre précaire entre le (subtil) contrepied et le pied dans le tapis. « Je ne regrette pas », expliquait plus tard quelque peu amère Gaétane Thiney, « c’était pour faire du buzz. Mais il y en aura peut-être un plus gros encore si on est championnes du monde ».

POPULARITÉ ET NERF DE LA GUERRE

La campagne montrait déjà l’importance du buzz et des réseaux sociaux que les sportives utilisent aujourd’hui massivement, devenant leur propre média, quelque part aussi leur propre produit. La course aux fans et aux followers est d’ailleurs une demande commune des fédérations et des annonceurs. La FFF avait aussi choisi le coup d’éclat osé pour développer la notoriété de la discipline et gagner en popularité, synonyme de retombées financières et d’espèces sonnantes et trébuchantes. Car en l’état, le sport féminin accuse un retard conséquent dans l’échelle des revenus.

UN ÉCART QUI SE CREUSE AU TRÈS HAUT NIVEAU

À Roland-Garros, les dotations aux joueurs et aux joueuses sont identiques depuis 2012. Comptez 35.000 euros au premier tour et 2,1 millions d’euros pour la victoire en finale. Retrouve-t-on par conséquent les joueuses à la tête de la même fortune que les tennismen ? Avec 27 millions de dollars en 2016, la joueuse de tennis Serena Williams est la seule femme qui figure au classement des cent sportifs les mieux payés dans le monde, réalisé chaque année par le magazine américain Forbes. Classée en cinquante et unième position, ses gains représentent 0,85% du (gros) gâteau de 3,15 milliards de dollars que les intéressés se partagent sur la seule année 2016. Pourtant, ses 8 millions de dollars gagnés en tournoi sont plus élevés que ceux de Roger Federer, en quatrième place (64 millions de dollars de revenus en 2016 dont 6 en tournoi) ou de Rafael Nadal, trente-troisième (31,5 millions de dollars de revenus dont 5,5 en tournoi).

S’HABILLER MOINS POUR GAGNER PLUS ?

La fameuse Serena Williams devenait début 2017 l’ambassadrice de la marque de soutien-gorge australienne Berlei, et tournait une publicité dans une salle de danse. Mais jouer de son image ne signifie pas automatiquement jouer de son corps. La marque de serviettes hygiénique Always a utilisé par exemple l’image de la star du football Alex Morgan, comme celle d’autres grandes sportives américaines, en montrant qu’un annonceur peut arriver à se départir des clichés. Dans la campagne Like a Girl initiée en 2014, vue près de six millions de fois sur youtube en France et plus de soixante quatre millions de fois en version anglaise, Always attaque la charge péjorative qui se cache derrière l’expression “comme une fille”. Une vision progressiste malgré des fins mercantiles, encore trop isolée.

Benoit Pelegrin

Article numéro 6 Les Sportives Magazine 

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