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Prisca Vicot « Passé 30 ans dans le sport en France, vous n’êtes plus bon à rien, vous êtes vieux »

3 janvier 2019

Tandis qu’en France, de plus en plus de femmes enfilent les gants de boxe* et que la discipline tend à se professionnaliser, c’est loin des projecteurs et dans l’anonymat le plus total que la française Prisca Vicot a remporté le titre de championne du monde de boxe des super-légers à Nuremberg le 24 novembre 2018. Son parcours, ses sacrifices, ses financements, ses combats, elle ne les doit avant tout qu’à sa détermination et à son seul courage. Les Sportives est allé à la rencontre de cette grande boxeuse classée au 10e rang mondial et 3e rang européen.

Pourriez-vous revenir sur l’émotion du match et de votre sacre le 24 novembre 2018 dernier?

Prisca Vicot : « L’émotion est très forte, encore aujourd’hui. Je me dis on l’a fait ! Le travail a payé ! Ce soir-là, (ndlr : le 24 novembre 2018 à Nuremberg lors de la Nuit de Combat de Franky 2018, Prisca Vicot remporte le titre de Championne du Monde de boxe des super-légers) je boxais devant mon public car je boxe en Allemagne depuis 4 ans, devant mon groupe de supporters allemands qui me suit sur chacun de mes combats. L’ambiance y était extraordinaire. J’étais stimulée, gonflée à bloc. Je voulais cette victoire ! Quand je suis monté sur le ring, je ne pensais à rien. J’étais relâchée, très concentrée, j’ai pris beaucoup de plaisir. Je n’ai pas laissé mon adversaire s’exprimer et j’ai pu la toucher dès le 1er round. Puis arrêt de l’arbitre au 3ème. Je venais déjà de gagner. Le public, les fans étaient contents, moi aussi, mais je ne réalisais pas encore. 

Cette soirée est aujourd’hui le plus beau moment que j’ai vécu de toute ma carrière de boxeuse !

Je n’ai pas assez de mots pour remercier mon équipe qui m’a préparé pendant plus de 5 mois, chaque jour, pour cet évènement. Je n’ai jamais été aussi prête ! Ils ont toujours cru en moi. Cette victoire est mon cadeau de remerciement pour eux ; la consécration est pour toute mon équipe. Après trois titres de champions de France, deux titres de champions internationaux allemands, ce titre représente l’aboutissement d’années de travail, mais surtout le résultat d’un travail d’équipe avec mes entraineurs franco-allemands David Kuperminc, Toni Salvatore, et Tina Schussler. Merci à eux à pour leur confiance et leur temps. »

Prisca Vicot avec son titre de championne du monde, entourée de ses entraineurs franco-allemands Toni Salvatore (à sa droite) et Tina Schussler (à sa gauche).

Quel est votre prochain objectif ?

P.V : « Le prochain objectif c’est le 16 mars 2019 à Hambourg. C’est un championnat du monde avec 5 titres en jeu, contre la championne locale. Je suis impatiente ! La préparation se poursuit non stop jusqu’au combat. Elle va se dérouler en France et en Allemagne dans mon camp d’entraînement à Augsburg. Puis après, il y aura la défense de mon titre de championne du monde UBC. Avec mon équipe on se fixe 3 ou 4 combats par an.

Avec ma nouvelle équipe, nous allons poursuivre l’aventure ensemble dans cette même voie. Les plans d’entrainement sont maintenant bien structurés, on avance bien. Mes coachs me disent que j’ai une grande marge de progression, que j’apprends vite. Ils croient tous en moi, et moi en eux ; c’est ce qui fait notre force !

Mon préparateur physique avec qui je travaille depuis 10 mois, m’a permis d’être en excellente condition physique comme jamais je n’ai été, et d’évoluer sur le travail mental. Mon nouvel entraineur français de boxe avec qui je travaille depuis juin, m’a appris beaucoup également. Et je continue à apprendre. Ma deuxième coach allemande Tina, ancienne championne du monde de Boxe, m’apprends également beaucoup, ainsi que le travail en camp d’entrainement à Ausgburg. On parfait le travail technique et sparrings, complémentaire et indispensable au travail que je fais en France. L’équipe est top ! »

Qu’en est-il de la médiatisation du sport féminin en Allemagne et surtout la médiatisation de la boxe?

P.V : « En France, hormis un article sur France 3 Ile-de-France et celui des Sportives il n’y a rien eu. Je ne suis pas étonnée car jusqu’à présent, je n’ai pas eu de suivi par les médias français. Je trouve cela triste et regrettable car je pense le mériter autant que d’autres, avec mon palmarès sportif, mon parcours, tous les sacrifices que j’ai fais pour y arriver, la gestion seule, le financement par moi-même de mes combats, et les heures d’entrainement.

J’aimerais pouvoir inspirer d’autres personnes, hommes comme femmes pour leur montrer que rien n’est impossible malgré les obstacles, avec de la volonté, du travail et une bonne équipe. Mais cela ne peut être montrer que par une bonne médiatisation.

Je l’explique d’une part par le fait que je n’ai jamais été accompagné dans mes démarches de sportives et dans ma communication. D’autre part, on ne m’a jamais pris pour ce que je valais. Je suis arrivée tard en boxe anglaise amateur, à 26 ans. Passé l’âge de 30 ans en France, dans le sport, vous n’êtes plus bon à rien, vous êtes vieux. Je pense que c’est l’une des raisons en plus de mon parcours sportif atypique.

C’est ce manque d’équité au niveau des formations, la possibilité très réduite de pouvoir boxer, et cette impossibilité d’évoluer en France qui m’ont fait partir en Allemagne. C’était mon rêve d’être championne du monde. Je remercie l’Allemagne pour me l’avoir permis. Tout comme l’Angleterre et les Etats Unis, ce pays est en avance sur la formation, les entraînements a équité des boxeurs, et il est beaucoup plus ouvert sur la boxe féminine. »


Propos recueillis par Aurélie Bresson

*elles représentent plus de 30% des licenciés en 2018

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