Double-Je(u)

Prisca Vicot « il est regrettable en France, que la boxe de haut niveau ne soit pas reconnue »

4 avril 2017

Priscat Vicot est une boxeuse professionnelle française évoluant en Allemagne, et classé au 12ème rang mondial. Elle a commencé sa carrière en full contact, où elle remporte de nombreux titres nationaux et européens, avant de se lancer dans la boxe en 2005, qu’elle exerce en tant que professionnelle depuis 2010. Après son titre international en Octobre 2016 (victoire contre la hongroise Zsofia Bedo), Prisca VICOT a accepté de répondre aux questions de Femix’Sports, et d’évoquer les prochains défis qui l’attendent en 2017, dont une course au titre mondial.

Vous avez décroché une ceinture internationale en octobre dernier contre la boxeuse Zsofia Bedo : quel est votre prochain objectif sportif ?

P.V : Le prochain objectif est la défense de cette ceinture car je veux confirmer mon titre. J’attends impatiemment ce combat, nous en serons plus très bientôt. L’objectif également est de rentrer dans le Top 10. Plusieurs combats de préparation sont en vue cette année, et en 2018, le championnat du monde, qui reste mon objectif final.

 

Vous vous entraînez depuis peu avec Dominik Junge : qu’est-ce qui a motivé cette décision, que mettez-vous en place en vue du titre ? Qu’est-ce qui a changé ?

P.V : Avec Dominik Junge, on s’entraîne depuis 2 ans. J’ai fait sa connaissance lors d’un weekend sparrings (forme d’entrainement commune à de nombreux arts martiaux) avec l’une de ses boxeuse et championne, Lucia Morelli, dans son camp d’entraînement à Karlsruhe (Allemagne). Il a accepté par la suite de m’entraîner, et tout a changé depuis, au niveau de mes entraînements, mes préparations, des sparrings réguliers en compagnie des meilleurs mondiaux. Mon niveau technique ne cesse d’évoluer, il a cru en moi comme aucun autre entraîneur et s’est investi pour moi. Je lui en suis infiniment reconnaissante. Nous irons le plus loin possible. Je m’entraîne à l fois en France et en Allemagne dans son camp d’entraînement.

 

Comment en êtes-vous venue à la boxe, qu’est-ce qui vous plaît dans ce sport de combat ?

P.V : J’avais commencé par les arts martiaux mais cela ne me correspondait pas. Je me suis orientée vers le full contact et cela m’a plu tout de suite. Ce qui me plait dans la boxe, c’est le contact, transpirer, dépasser mes limites, tout donner, se vider. C’est le défi pour soi-même et l’entraînement avec d’autres personnes.

J’ai toujours aimé la compétition, gagner, je veux être la meilleure. Je n’admets pas de perdre surtout quand il y une faute arbitraire, mais à l’inverse je l’accepte quand l’adversaire est meilleur que moi.

J’ai énormément appris ces deux dernières années, notamment à être plus confiante, à me préserver physiquement, et respecter les repos. Je n’ai plus de blessure depuis, et je me sens en très bonne forme physique.

 

 Le passage au pro a-t-il été naturel/difficile ?

P.V : Naturellement on m’a dit que j’avais une frappe de pro quand j’étais en amateur. J’ai tardé à passer professionnelle, je regrette d’ailleurs de ne pas avoir commencé la boxe anglaise plus tôt! Mais ceci dit, quand les sportifs de haut niveau commencent tard, ils finissent leur carrière plus tard, alors c’est un mal pour un bien. J’ai l’expérience du pieds-poings qui me sert en boxe, et je me suis très bien habituée. Il faut savoir qu’en France, quand on passe professionnel(le), toutes les charges financières sont à nos frais et qu’il n’y a pas d’aide. Je boxe aujourd’hui avec une licence allemande qui est beaucoup moins chère. J’évolue en Allemagne car en France je n’avais aucune possibilité de progresser. On me faisait faire très peu de combats! Il faut savoir faire un choix et avancer surtout quand on a un objectif précis et qu’on veut progresser : mes meilleurs résultats, je les ai obtenus en Allemagne. Un titre international et une 12ème place au rang mondial. J’ai vraiment faim!! Je suis déterminée à grimper dans le Top 10 et à être championne du Monde car je sais que c’est possible. 2017, 2018 seront deux grosses années !

 

De plus en plus de sportifs font appel au crowdfunding pour financer certains projets de carrière : comment vous êtes venue l’idée d’organiser une campagne pour votre préparation au titre international l’année dernière ? 

P.V : L’idée du crowfunding m’est venue parce que je ne pouvais tout simplement pas financer mes combats . Le seul problème en Allemagne est que je dois financer moi-même mes combats, je n’ai pas de sponsors. J’ai fait une annonce pour cela.

Depuis un an, je fais un maximum de communication sur les réseaux sociaux (entraînements, préparations, objectifs, combats news…), je commence à me faire connaître du public.

J’ai besoin de combats pour atteindre mes objectifs. S’il y a des sponsors français, même avec des petits moyens qui veulent m’aider, je veux bien. C’est un choix.

 

Êtes-vous satisfaite de l’expérience et des rapports/retours que vous avez pu avoir de la part des participants ? 

P.V : J’ai pu voir là-dessus qui étaient réellement mes amis ou pas, je gère ma carrière seule. Mais c’est difficile d’allier entraînements et communication. Il me manque des appuis. Pour l’instant, le coût du prochain combat serait d’environ 3 500€, je vais devoir faire un emprunt car il est important pour moi et ma carrière. Il faut que j’arrive à trouver des sponsors pour la suite.

 

Vous devez financer vous-même votre préparation et les dépenses liées à votre activité : pour vous, est-il difficile d’être boxeuse de haut niveau aujourd’hui ? 

P.V : Le haut niveau ce n’est pas dur, on l’acquiert par l’entraînement. Ce qui est regrettable en France, c’est que le haut niveau n’est pas toujours reconnu par les administrations, qui ne reconnaissent que la boxe amateur. Or, je suis 12ème mondiale, j’ai un titre de championne internationale, trois titres de championne de France en professionnelle aussi, un long passé, et mon statut n’est pas reconnu… En France, on a du retard là-dessus.

Quand j’étais en équipe de France de full contact ou en boxe anglaise amateur comme j’ai pu voir, on avait des soutiens (financiers, matériels, soins) ; pas en boxe professionnelle.

Certes, aujourd’hui, c’est moi qui veux parfaire mes capacités dans un camp d’entraînement, mais à l’heure actuelle, les meilleurs boxeurs partent tous à l’étranger dans des camps pour progresser et évoluer. J’en connais même qui partent aux Etats-Unis. Pour évoluer, il faut savoir bouger. C’est ma passion qui m’a fait aller jusqu’au bout, sinon j’aurais bien arrêté!

J’espère petit à petit me faire connaître en France, avoir des personnes qui m’aident à diriger ma carrière, qui est loin d’être finie! Je compte vraiment amener d’autres titres, et faire taire tous ceux qui n’ont pas cru en moi. Je ne lâcherais pas et j’irais jusqu’au bout !

 

Quels ont été, dans votre expérience, les principaux obstacles ?

P.V : Le principal obstacle est le manque de suivi et de financement, car je dois tout financer: tous les frais sont à ma propre charge, les soins, les médecins, les kinés, c’est regrettable mais c’est ainsi. Beaucoup de personnes, notamment dans mon ancien travail, ne comprennent pas que l’on doit s’entraîner 4 heures par jour lorsqu’on est sportif de haut niveau, et ne réalisent pas à quel point il faut travailler pour avoir des résultats, toute la préparation physique en aval nécessaire.

 

Vous évoluez dans un sport longtemps considéré comme masculin : la mixité dans le sport est-il un sujet qui vous touche de près ?

P.V : Oui, tout à fait! On a bien sûr notre place, les femmes ont leur place dans les sports de contact (rugby, football, etc….) : pour moi, c’est hyper important, on est au XXIème siècle! Qu’on nous laisse la possibilité de faire les mêmes sports que les hommes ! En plus, aujourd’hui, il nous arrive de faire de meilleures performances qu’eux. C’est sûr que l’on doit faire nos preuves avant, pour qu’on nous laisse tranquille, mais je tiens à le préciser, le sport est fait pour toutes et tous.

 

Interview menée par Femixsports

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