Les P'tites Pouss'

Prendre des responsabilités, ça s’apprend !

1 février 2017

Dans le milieu scolaire, les filles ont déjà tendance à ne pas prendre de responsabilités. « Cela est vrai », nous dit Nina Charlier, professeure d’EPS en collège, « en tout cas, pas spontanément, et beaucoup moins que les garçons. » L’enseignement de l’EPS a beau être mixte depuis longtemps, une réelle égalité entre filles et garçons dans la prise d’initiatives et de responsabilités demande beaucoup de vigilance de la part de l’enseignant/e.

 

Discrètes malgré elles dès l’école

Copyright : Nina CharlierDès le collège, les filles ont déjà intégré tout un tas de stéréotypes de façon inconsciente. Les déléguées de classe par exemple se font rares. Les filles n’osent pas se mettre en avant, ne se risquent pas à prendre des responsabilités. D’où cela vient-il ? « C’est appris, inconsciemment, depuis la plus tendre enfance. Dans la famille, mais aussi à l’école, qui, si l’on n’y prend pas garde, reproduit les stéréotypes », affirme Nina Charlier. Cette dernière a beaucoup travaillé sur les questions d’égalité et de mixité. Elle a notamment produit un petit film, dans le but d’animer des débats, où elle fait le constat de cette discrétion pour ensuite y remédier.

Nina estime que les pratiques enseignantes, sans le vouloir, discriminent les filles par rapport aux garçons. Elle observe notamment que ces dernières sont moins souvent sollicitées que les garçons lorsqu’il s’agit de prendre la parole ou de faire des démonstrations devant la classe. « Il faut bien insister sur le fait que c’est inconscient », souligne-t-elle. « On voit dans mon film des filles qui lèvent la main et ne sont pas interrogées. Ce n’est que lorsque le professeur visionne la vidéo qu’il se rend compte qu’il ne les a pas vues ! Il faut faire un vrai effort pour sortir de là et ouvrir grand les yeux. » Autrement dit, si on laisse faire, les filles restent en retrait, ce qui ne les met pas forcément sur la bonne voie pour l’avenir.

 

Et les garçons, qu’apprennent-ils ?

« Dans le même temps, les garçons délaissent facilement les activités de secrétariat. Alors, les filles tiennent les fiches de résultats pendant que les garçons arbitrent. Aux filles, les tâches invisibles, aux garçons, les tâches nobles ! », déplore Nina. Les recherches sur le genre montrent que cette forme de répartition des tâches est intégrée très tôt, dès l’école primaire, par le biais de pratiques qui paraissent anodines tellement elles sont habituelles. Très souvent en cours de sport, par exemple, les équipes sont constituées par les garçons ; les filles et les plus faibles étant choisis en dernier, avec tout ce que cela implique en termes de soumission, soumission qui progressivement est assimilée et acceptée par les filles. Et cela implique, pour l’enseignante, le corollaire suivant : « Ce sont les garçons qui choisissent, dirigent, détiennent les solutions techniques, voire les règles du jeu ».

 

Des apprentissages égalitaires…oui, mais comment ?

Copyright : Nina CharlierIl faudrait donc apprendre aux filles à assumer des responsabilités ? « Au niveau des cours d’EPS en collège, il y a des dispositifs à trouver, de différentes natures », assure-t-elle. « Pour commencer, tout bêtement, il est important de leur prêter attention quand elles lèvent la main, mais aussi d’alterner systématiquement filles et garçons lors des démonstrations, des explications techniques. » Ensuite, il convient de travailler de manière égalitaire sur ce que les professeurs d’EPS appellent les ‘rôles sociaux’ ; il s’agit ainsi d’encourager les filles à tenir le rôle d’arbitre, de juge, à tenir la table de marque, etc. « On pense souvent qu’il suffit de dire à un élève d’arbitrer pour qu’il le fasse, mais c’est très difficile ! Et pour une fille, cela peut être la pire des postures si elle laisse passer la moindre faute ! » Nina préfère laisser jouer les élèves en auto-arbitrage : en cas de faute, filles et garçons doivent se mettre d’accord et ont tout intérêt à le faire vite pour ne pas perdre de temps de jeu ! Ainsi, tout le monde participe à la décision.

A ses yeux, toutes les activités sportives permettent l’apprentissage de la prise de responsabilités et le partage dans la prise de décision. L’escalade, notamment, constitue pour elle une activité privilégiée de ce point de vue. « Dans une cordée, les élèves sont tous grimpeurs, tous assureurs, filles et garçons jouent les deux rôles à égalité. Il se passe quelque chose d’important ici, dans la mise en confiance, le respect et la nécessité d’assurer la sécurité de l’autre.

 

Mettre en valeur les qualités de chacun… et chacune

gymnase-mixte-OK-(c)NinaCharlierSi le professeur d’EPS ou les élèves eux-mêmes doivent se montrer vigilants sur ce sujet de l’égalité, il faut aussi considérer l’importance de l’apprentissage de la pratique sportive elle-même. « Se responsabiliser, c’est aussi acquérir de réelles compétences dans le sport étudié. Il faut éviter de valoriser uniquement ce qui est spectaculaire, le but marqué, la force, etc. Autrement dit : ce qui est ‘masculin’. En escalade, je propose des voies de passage en force, mais aussi en finesse, en souplesse. » Nina ajoute qu’elle tend en gymnastique à « valoriser la prise de risque tout autant que la maîtrise du risque pris. En sport collectif, j’insiste sur les actions décisives pour marquer un but et pas seulement le résultat. » Les compétences acquises par les élèves sont déterminantes dans leurs prises de responsabilités.

La culture commune filles-garçons est tout aussi primordiale ici. « Parfois, il faut ‘forcer’ les filles, ne pas les laisser s’enfermer dans l’impuissance apprise. Il faut être ambitieux pour elles, exigeants avec elles… Et de ce point de vue-là, les garçons sont dynamiseurs. » Et ça paye ! « Le fait d’être compétentes redonne confiance aux filles et change le regard des garçons sur elles. Elles sont aptes à aller plus loin pour elles et avec eux ; cela donne du pouvoir à tout le monde. » Rassurons-nous, car selon Nina, les choses évoluent dans le bon sens : « Depuis plusieurs années, en UNSS, les équipes sont mixtes : ça dynamise et ça donne de l’espoir pour l’avenir ».

 

Claire Pontais

Article tiré du numéro 4 Les Sportives Magazine

 

Pour aller plus loin : La mixité une richesse pour l’EPS, (vidéo 5mn), Nina Charlier https://www.youtube.com/watch?v=rmi3Pw1gMsU&feature=youtu.be

La revue Contre Pied sur le thème de l’égalité :   http://www.epsetsociete.fr/Egalite

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