Dans leurs veines A sang pour Sang

Pari relevé pour la Women’s Cup 2017

13 décembre 2017

Le sport au féminin peine à trouver des adhérentes et à gagner en visibilité. Le handisport au féminin n’échappe pas à ce phénomène, il en souffre même davantage. Pourtant l’évolution est positive, grâce à des initiatives comme la Women’s Cup Paris, qui a su relever le défi d’un tournoi international de rugby fauteuil 100% féminin.

 

Les 2 et 3 décembre se déroulait la deuxième édition parisienne de la Women’s Cup, la quatrième depuis le lancement de cette initiative au niveau international. Après celle de 2015, l’association Cap Sport Art Aventure Amitié (CAPSAAA) a eu à cœur de renouveler l’expérience avec de nouvelles ambitions. Deux ans auparavant, le tournoi international parisien avait réuni douze joueuses dont six Françaises. Cette année, trente joueuses de quinze nationalités différentes étaient réparties en six équipes.

Au gymnase Emile Anthoine, où se déroule la compétition, des femmes se disputent le ballon. L’engagement physique des joueuses et le bruit percutant du contact entre les fauteuils donne à voir de beaux affrontements. Il y a de l’impact, le spectacle est au rendez-vous !

 

Une place centrale données aux femmes

Women’s Cup. Tournoi international de Rugby Fauteuil féminin organisé par Capsaaa © Laurent BAGNIS. International wheelchair rugby championships dedicated to female players

Personne ne gagne sa vie en jouant. Certaines ont même fait des opérations de crowdfunding pour payer leur billet d’avion. Mais elles sont là, venant des quatre coins du monde, prêtes à en découdre. Et ce n’est pas sans raison !

Le rugby-fauteuil est un sport mixte. Les femmes ont parfois du mal à trouver leur place. Il n’y a pas d’équipe nationale féminine et très peu sont sélectionnées en équipe nationale mixte. Lors de la Women’s Cup, elles ont une place centrale. C’est l’unique occasion de se retrouver entre elles.

Pour Tiphaine Marie, joueuse au club CAPSAA et compétitrice, pour l’occasion, de l’équipe de France, le rêve serait d’avoir des compétitions 100% féminines. « C’est une compétition qui donne de la confiance. Quand je rentre chez moi après une compétition mixte, je n’ai pas l’impression d’avoir été indispensable. Ici, le rôle sur le terrain est différent et plus intéressant. On a plus de responsabilités », précise la joueuse.

Certaines viennent de très loin. Katherine Clare Smith, venue de Pittsburgh (Etats-Unis) accorde beaucoup d’importance à cet événement qui, pour elle, est beaucoup plus qu’un sport. « C’est loin mais j’aime voyager et rencontrer de nouvelles personnes. Je suis venue il y a deux ans. Maintenant je connais tout le monde. Je me sens comme dans ma famille. Je serai là à la prochaine édition ! ».

 

Un événement aux avant-gardes des JO Paris 2024

Ces athlètes ne renvoient pas à l’image consacrée du sportif de haut niveau. Une image à déconstruire. Il faut sensibiliser le public à ces pratiques et le doter d’un panel de compréhension lui permettant d’aborder plus facilement les classifications et le jeu. « Nous sommes classées de 0,5 à 3,5 points en fonction de notre handicap. On parle de gros points et de petits points entre nous », explique l’une des joueuses.

Sensibiliser ? Convaincre le public de se déplacer ? Pari relevé pour la Women’s Cup 2017 ! Le match de gala organisé le samedi a fait salle comble. « L’idée de ce tournoi, c’est de s’inscrire dans la perspective Paris 2024. Ryadh Sallem, fondateur de notre club CAPSAAA, est membre du Comité des Athlètes. Nous sommes très sensibilisés à cette démarche. L’idée est de promouvoir le sport féminin et fauteuils qui seront aux Jeux olympiques à Paris. On souhaite, ici, faire sa promotion en amont pour que, les Jeux arrivant, le public se sente déjà investi », raconte William Ybert, co-organisateur de la Women’s Cup.

Cette édition 2017 sera marquée d’une pierre blanche, dans la mesure où elle a vu, pour la première fois, une joueuse handisport récompensée : Pernelle Marcon a reçu le prix de l’excellence sportive. Quant à Sofia Azzi, co-organisatrice du tournoi, elle a reçu le prix de l’arbitrage international. Une belle avancée sur le chemin de la visibilité avant l’arrivée des Jeux.

Claire Smagghe

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