Sportives de caractère

Marine Barnérias, une seper marathonienne

24 avril 2018
Ils étaient plus de 55 000 à s’élancer au départ du Marathon Schneider Electric de Paris, dimanche 8 avril. Parmi ces nombreux concurrents, 25 % de femmes avaient fait le déplacement dont Marine, parisienne de 24 ans, atteinte de la sclérose en plaques (SEP). 

« Ce marathon, ça part d’une idée complètement folle ». Il y a quelques mois, Marine a accepté de relever le défi sportif de l’une de ses amies, sous forme d’un cap ou pas cap, sans savoir ce qui l’attendait. Deux semaines après avoir répondu « cap », elle trouve dans sa boite aux lettres son dossard pour le marathon. C’est à ce moment qu’elle réalise l’ampleur du défi : « J’avais juste fait un semi-marathon l’année dernière et encore, c’était un miracle que je le finisse, donc là un 42 bornes, il y avait un mur où il y avait écrit impossible dessus ».

Même si la jeune femme ne se dit pas très sportive, elle a tout de même enchaîné deux à trois entraînements par semaine pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle se blesse au genou gauche : « Je pense que j’avais trop forcé ». Pourtant, Marine n’a pas abandonné préférant se focaliser sur sa fleur « Rosy » comme elle appelle sa sclérose en plaques, une maladie auto-immune qui affecte le système nerveux central. La SEP est différente pour chaque individu et se manifeste sous forme de poussées qui peuvent provoquer des paralysies partielles, des pertes de la vision voire des handicaps irréversibles. Celle de Marine s’est manifestée pour la première fois lorsqu’elle avait 21 ans, la jeune femme a alors choisi de vivre sans traitement. C’est pourquoi, aujourd’hui elle est très à l’écoute de son corps, « si mon genou me lâche pendant la course, il faudra que je l’écoute, mais je finirai quand même quoi qu’il arrive en marchant ».

Je me suis dit autant transpirer en communauté. J’ai donc lancé un petit appel, mais en ne pensant pas une seconde que des gens allaient se motiver. En 48h, il y avait déjà 200 personnes dessus. 

Seper Marathon

Ce défi, Marine ne l’a pas réalisé seule, en plus de son amie qui l’a mise au défi, elle a couru le marathon accompagné de 30 autres coureurs faisant partis du groupe Facebook « seper marathon » qu’elle a créé. « Je me suis dit autant transpirer en communauté. J’ai donc lancé un petit appel, mais en ne pensant pas une seconde que des gens allaient se motiver. En 48h, il y avait déjà 200 personnes dessus », s’étonne la jeune femme. Parmi ces 200 personnes, beaucoup sont venus la soutenir le 8 avril dernier, des amis, de la famille, des personnes malades, mais aussi et surtout beaucoup d’inconnus : « C’est une vraie source de motivation et c’est surtout pour moi un vrai partage, je ne sens pas que je leur apporte quelque chose mais eux m’apportent beaucoup ».

La jeune femme n’avait pas d’objectif de performance, ni de mettre en avant la sclérose en plaques dont elle est atteinte, mais plutôt de vivre un moment fort avec les personnes qui l’accompagnaient dans cette aventure. « Ce n’est pas un marathon pour la sclérose en plaques, ni pour Marine. Je le cours pour que les gens n’oublient pas, qu’ils soient coureurs ou supporters, qu’ils ont une fleur à écouter, à entretenir et à arroser et surtout à apprendre à aimer. Courir pour se dire qu’il n’y pas qu’un chemin tracé, qu’on a pleins de solutions ».

Je me suis prise un instant pour la présidente de la République. Puis quelques kilomètres plus loin, je suis vite redescendue dans mes baskets. 

Tout est possible !

Cette novice du marathon a terminé sa course en 4h52. Au-delà du temps anecdotique, elle a vécu de fortes émotions et celles-ci dès la ligne de départ. « Les larmes sortaient toutes seules en passant cette ligne de départ tant attendue depuis des mois. En descendant l’avenue des champs Elysée je me suis prise un instant pour la présidente de la République. Puis quelques kilomètres plus loin, je suis vite redescendue dans mes baskets ». Pour Marine, le plus dur étaient les premiers kilomètres où elle se concentrait sur son corps, puis tout s’est inversé à partir du 30e kilomètre lorsqu’elle a vu le cortège de supporters venus l’encourager. « Je me sentais vivante comme j’ai rarement ressenti, j’avais l’impression que rien ne pouvait nous arriver avec Rosy. Cette course, je ne l’ai pas fini grâce à mon corps, loin de là, mais grâce à cette énergie que les supporters m’ont envoyé dans la figure. C’était elle, mon moteur ».

Marine n’avait jamais couru de marathon avant celui-ci, et lui aura appris une chose, « on est tous capable de le faire quand on le veut vraiment ».

Margot Ridon

À lire également...