Hors-JeuSanté

LES MENSTRUATIONS : LE POUVOIR DE (SE) CRÉER

18 février 2017

Souvent vécues comme une gêne et une contrainte, les règles sont le signe de la bonne santé d’une femme, de sa capacité́ à créer la vie si elle le souhaite. Elles constituent également un moyen de se mettre soi-même au monde à chaque cycle, grâce à la possibilité qu’elles offrent de se renouveler aussi au niveau psychique.

« Ah si on pouvait supprimer les règles ! », c’est cette réflexion d’une amie sportive qui m’a donné l’idée de cet article. Elle avait ses règles, et se plaignait des désagréments dus à cette période du cycle menstruel. Pourtant… ce sang est constitué de fragments de muqueuse utérine, mais aussi de cellules nourricières, anticorps, cellules glandulaires et liquide lymphatique. Et que durant tout le cycle qui s’achevé, leur corps a donné le meilleur de lui-même pour fabriquer ce lit moelleux, susceptible de nourrir l’oeuf fécondé qui pourrait venir s’y loger. « Ah oui, je n’avais pas vu les choses comme ça… », me dit-elle.

Audrey MartinEffectivement, pour beaucoup de femmes aujourd’hui, les règles ne constituent qu’un désagrément, au mieux inconfortable, au pire invalidant. Audrey Martin, 30 ans, un enfant, court et fait du fitness plusieurs fois par semaine. Assistante commerciale, elle passe beaucoup de temps assise derrière un bureau et éprouve le besoin de bouger en dehors. Elle ne voit vraiment rien de positif dans le fait d’avoir ses règles : des douleurs dans le bas du dos l’empêchent de faire du sport et elle doit gérer la contrainte des protections.

 

 

LE SANG, SYMBOLE DE VIE ET DE MORT

Chaque mois, le corps des femmes met tout en oeuvre pour créer les conditions nécessaires à la vie. Pourquoi alors un tel discrédit et un tel désamour, voire dégout, de la part des femmes elles-mêmes, pour cette expression de leur corps qui est la preuve de leur bonne santé et de leur vitalité ? Le sang des règles doit rester caché et la femme est sommée de continuer à vivre au même rythme que d’habitude, au mépris des besoins de son corps. Audrey PrietoAudrey Prieto, 36 ans, championne du monde de lutte 2007, n’a elle jamais été gênée dans sa pratique sportive par ses menstruations. « J’ai la chance de ne pas avoir de douleurs, car certaines de mes copines sont clouées au lit et ratent plusieurs jours d’entraînement », confie-t-elle. En plus elles se retrouvent confrontées à l’incompréhension des entraîneurs masculins, pour qui il suffit de prendre un anti-douleur …

Car oui, l’écoulement du sang fatigue, peut créer des maux de ventre, de tête, une hypersensibilité et émotivité, un besoin de se retirer du monde et d’être seule. Des sensations qui sont effectivement peu compatibles avec la performance.

Et puis le sang ne laisse personne indifférent. La vue du sang bouleverse ou fait peur, elle est souvent associée à des situations angoissantes, accidents ou maladies. Voir le sang couler signifie souvent qu’il y a danger de mort, puisqu’il est le véhicule de la vie dans le corps. Il est également investi d’une sorte de pouvoir magique : il sauve des vies, et nous relie « à la vie à la mort » à un être cher ou à un serment.

CRÉER SA VIE

Pendant que le corps élimine la muqueuse utérine qui n’a pas été utilisée par un embryon, la psyché élimine aussi des liens, des émotions ou des comportements dont la femme n’a plus besoin. C’est un temps où il est important de lâcher-prise, de laisser-aller ce qui n’est plus adapté, de faire le point sur ce qui a besoin d’être mis en place pour le nouveau cycle qui démarre.

A cette période, les barrières entre le conscient et l’inconscient diminuent, et il est plus facile d’avoir une idée claire de ce qu’on doit laisser-aller et réajuster. L’énergie physique et mentale est au plus bas, alors que l’accès aux niveaux les plus profonds de la psyché est au plus haut. Le temps des règles est un temps de retrait de la vie courante, un temps pour aller vers soi et être à l’écoute de soi, pour laisser la conscience du corps émerger et délivrer sa sagesse profonde.

Dans les cultures anciennes et primitives, une femme en période de menstruation était considérée comme étant dans un état de conscience élevé. Pendant cette période, les femmes étaient à l’écoute de leurs capacités psychiques accrues, s’ouvrant aux messages oraculaires du royaume de l’esprit. Elles faisaient cette lecture intérieure dans l’intérêt de toute la communauté, agissant comme des chamanes ou guérisseuses plutôt que comme des personnes individuelles.

Pendant cette période de leur cycle, les femmes ont donc une puissance bien plus grande que ce qu’elles croient en général : celle de se créer une vie ajustée à qui elles sont profondément, et d’apporter leur visions novatrices à la communauté et à la société à laquelle elles appartiennent.

 

Mélanie Rémond

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Article extrait du numéro 3 Les Sportives Octobre/Novembre/Décembre 2016

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