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Les Gay Games, du militantisme à l’inclusion

24 septembre 2018
Cet été, Paris a organisé la 10e édition des Gay Games, les Jeux de la diversité. Créé en 1982 par un sportif et activiste, l’événement international a subi une mue, de la lutte pour les droits LGBT à l’ouverture à d’autres publics.

Après Cologne en 2010 et Cleveland en 2014, la ville de Paris a accueilli cet été les Gay Games, une événement sportif et culturel qui s’inspire des Jeux olympiques. Après dix mille athlètes il y a quatre ans, ce sont cette année deux mille sportifs amateurs, originaires de soixante-dix pays, qui ont concouru dans trente-six disciplines. Depuis sa création à San Francisco, en 1982, l’événement sportif et culturel a bien évolué. Réservé d’abord aux athlètes homosexuels dans l’idée de lutter contre l’homophobie dans le sport et dans la société, les Gay Games sont devenus une compétition ouverte à tous, prônant la diversité et l’inclusion. Cette année, la devise de la dixième édition est d’ailleurs « tous égaux ».

Lutter contre les discriminations par le sport

©Gay Games Federation

Dans le sillage de Paris 2024, Paris organise cette année les Gay Games, une compétition inventée par Tom Waddell, un décathlonien américain homosexuel. Après avoir participé aux Jeux de Mexico en 1968, Waddell lutta dans les années 70 pour les droits LGBT à San Francisco. « Avec les Gay Games, il voulait donner plus de visibilité aux sportifs LGBT, qui étaient absents du paysage sportif », raconte Pascale Reinteau, co-présidente des Gay Games 2018. Depuis, des milliers de bénévoles ont repris son combat militant. Sur le territoire, cette année, Paris 2018 est porté par les cinquante associations sportives de la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL) et près de six mille sportifs. « C’est aussi un moyen de se faire entendre par les instances sur l’homophobie et les discriminations », explique Mélanie Pieters, référente des compétitions de football de Paris 2018. « On a pu échanger avec la Fédération française de football sur la lutte contre toutes les discriminations sur le terrain. »

Les Jeux « de la diversité et de l’inclusion »

Promouvoir les Gay Games en France n’a pas été une mince affaire pour ses organisateurs. « En lisant le nom de la compétition, les gens pensaient que l’événement était réservé aux gays, ce qui n’a jamais été le cas », regrette Pascale Reinteau. Car l’orientation sexuelle des participants n’est pas un critère de participation. La coprésidente et son équipe racontent avoir aussi dû batailler pour convaincre des partenaires, notamment privés. « En Allemagne ou aux Pays-Bas, les entreprises en faisaient un élément de marketing et communiquaient dessus. Mais en France, le terme ‘gay’ suscite la peur. On est dans le pays de l’universalisme et on perçoit parfois une confusion entre communauté et communautarisme. »

Pour casser cette image et accueillir le plus de participants possibles, l’organisation des Gay Games a ajouté sur ses affiches un sous-titre « Les mondiaux de la diversité ». Cocapitaine de l’Équipe de France et coureuse, Cécile Lambert participe cette année à ses troisièmes Gay Games après Cologne 2010 et Cleveland 2014. « A Cologne, je me souviens que la ville avait mis des affiches, des drapeaux arc-en-ciel et on sentait un vrai soutien. Et à Cleveland, quatre ans plus tard, certains étaient bénévoles alors qu’ils n’avaient rien à voir avec le sport ou le monde LGBT. »

Encore des efforts sur la participation féminine

Gay Games VIII Cologne / ©Rendel Freude

Le principe de l’inclusion est inhérent aux Gay Games et Paris 2018 souhaite être exemplaire sur cette question. « Pour la première fois, cinq cents bourses de participation vont être allouées à des participants LGBT, issus de pays où leurs droits ne sont pas assurés, des réfugiés, mais aussi en France des femmes, des personnes atteintes de VIH, des jeunes, des trans, etc... », explique Pascale Reinteau. Mais les Gay Games ont encore du chemin à faire sur la participation féminine. « Depuis l’origine, elle est moins importante que celle des hommes », note Pascale Reinteau. « Elle oscille entre 25 et 30 % et cette année encore, on est vraisemblablement dans ces proportions. »

Pour la coprésidente de l’événement, l’absence des femmes se ressent de toute façon dans le sport LGBT. « Les femmes ont toujours participé aux Gay Games mais elles sont moins représentées, moins nombreuses. Mais dans le sport LGBT comme ailleurs, il y a la volonté qu’elles prennent une place plus importante. »

Les Gay Games, Jeux précurseurs

Les Gay Games ont en tout cas l’avantage d’avoir été précurseurs par rapport au sport traditionnel. C’est aux Gay Games, à New York, qu’une compétition féminine de lutte a eu lieu la première fois en 1994, dix ans avant qu’elle ne soit inscrite au programme de la Fédération internationale de lutte et donc aux Jeux olympiques. L’organisation a aussi fait pression pour faire tomber certaines barrières. En natation synchronisée ou en patinage artistique, les Gay Games proposent des épreuves pour les couples de même sexe. « Avant Paris 2018, les patineurs qui souhaitaient concourir aux Gay Games en solo ou en couple risquaient l’exclusion des compétitions de la fédération internationale », souligne Pascale Reinteau. Cette année, ce verrou a sauté suite au travail de la Fédération française de patinage auprès de la Fédération internationale (ISU).

©M.Faluomi

Se mesurer aux autres… et faire la fête

Contrairement aux Jeux olympiques, les Gay Games proposent aussi des compétitions culturelles. Les participants peuvent ainsi chanter dans une chorale, jouer dans un orchestre, faire du ballet, des concerts, des spectacles de cheerleaders, des concours de slam. « La communauté LGBT est réputée pour son côté festif et ce côté culturel est dans l’ADN des Gay Games », insiste Pascale Reinteau. « On ne vient pas que pour une compétition, on vient aussi pour des festivités et pour des soirées. Les Gay Games, c’est presque un festival. »

Cécile Lambert a fait de belles rencontres à l’occasion des Gay Games. « A chaque fois, en dehors des épreuves, le village sportif est ouvert toute la semaine, avec des animations quotidiennes, des stands, des concerts. C’est un peu notre QG pour nous, les participants. On se rencontre sur les épreuves et on se retrouve là-bas, pour l’apéro. Et après la compétition, on reste en contact. »

Quand la performance sportive est secondaire

Comme les Jeux olympiques, les Gay Games sont une compétition sportive. « On peut avoir le meilleur état d’esprit du monde, on ne vient pas aux Gay Games pour perdre », précise Mélanie Pieters. « Pour les équipes LGBT, c’est leur coupe du monde. » Le tournoi de football a été organisé de façon à ce que les équipes éliminées jouent des matchs de classement, pour « qu’elles ne soient pas venues pour rien ». Cela dit, aux Gay Games, on ne vient pas pour les médailles. Aucun niveau sportif n’est requis pour s’inscrire à l’événement, ce qui donne de sacrés mélanges. « Sur un 100 mètres, on va avoir des sportifs de très haut niveau, qui pratiquent toute l’année, et des débutants qui veulent juste se tester », se réjouit Cécile Lambert. « Tout le monde s’encourage et même le dernier est félicité. »

En dix éditions, les Gay Games sont donc devenus une compétition ouverte au monde, inclusive et festive. Mais même dans des villes plutôt gay-friendly et propices à la fête, la lutte pour les droits LGBT et l’esprit de Tom Waddell ne sont jamais très loin. « Certains participants vivent dans la peur qu’on connaisse leur orientation, d’être reconnus », remarque Mélanie Pieters. « Ça nous enrichit, de nous rendre compte de ça. » Quant à Cécile Lambert, elle se sent émue à chaque cérémonie d’ouverture « C’est un moment où on se recueille, où on pense à l’histoire des Gay Games, à la lutte LGBT des années 80 et aux années SIDA. C’est important de ne pas oublier ça. »

Par Assia Hamdi

Article extrait du numéro 9 Les Sportives

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