Dans leurs veines A sang pour Sang

« La spiritualité et la nature, c’est extraordinaire »

2 décembre 2017

Après trois Marathons des Sables courus au Maroc (2006, 2010, 2015), Elizabeth Deschamps n’avait pas réellement songé à s’aligner de nouveau sur un MDS. La Québécoise est pourtant présente au Pérou depuis mardi, avec une quête bien précise.

Alors qu’elle s’était promis de « passer à autre chose » à l’issue de son troisième Marathon des Sables marocain couru il y a deux ans, Elizabeth Deschamps est une nouvelle fois présente sur la ligne de départ d’une édition du MDS, ce mardi. Mais au Pérou, cette fois. En train d’avaler petit à petit les 250 km de la course tronçonnée en 6 étapes (déjà plus de 24h et 112 km parcourus avant la longue étape), le tout en auto-suffisance alimentaire, la Québécoise de 57 ans ne se fixe  pas d’objectif de temps. Comme à chaque fois, elle souhaite juste « courir vers le soleil ». Entre terre et mer à 450 km au sud de Lima, le désert d’Ica, sa chaleur étouffante, son relief de dunes sableuses et rocailleuses lui offre un terrain de jeu idéal, offrant à sa quête une dimension nettement plus spirituelle.

Pour Elizabeth, cette épreuve au Pérou sonne d’abord comme des retrouvailles. C’est l’occasion de revoir plusieurs personnes rencontrées sur de précédentes courses. Compagnons d’aventure dans un premier temps, ils sont devenus amis au fil des kilomètres, des discussions, des ans… C’est d’ailleurs un de ces amis qui la convainc de s’aligner sur l’épreuve péruvienne malgré un emploi du temps professionnel surchargé et une condition physique relative. « Un jour, j’ai vu passer sur mon écran un petit mot d’un ex collègue de tente qui me disait qu’il s’était inscrit au MDS Pérou. Il me proposait de faire de même, explique la consultante marketing de la région de Montréal. Je suis allée voir s’il restait des places et en deux minutes, c’était fait ! J’ai ensuite appelé mon entraineur que je connais depuis dix ans. Je n’étais pas très en forme à ce moment-là, mais je savais qu’il ferait des miracles. »

Le désert, briseur de barrières sociales

Depuis juin, la coureuse canadienne se plie à ses 5 séances d’entraînement hebdomadaire établies sur-mesure, sans sourciller. Les jours où la motivation fait des siennes, la vision de sa future aventure sud-américaine vient à son secours. «  Il y a une part de spiritualité dans le désert. On est seuls, loin de tout, on fait le vide, on est livré à nous mêmes, dans un endroit propice aux confidences. On se retrouve dans cette immensité grandiose et tellement belle. On est en état d’admiration, presque en transe ». Amoureuse du désert et des grands espaces, elle l’est aussi de la solitude qu’on peut y ressentir. « J’ai de nouveau vécu ce genre de sensations en Jordanie ou encore en Ouzbékistan. J’aime retrouver les amis le soir et partager ces moments avec eux, mais j’apprécie ce qu’apporte cette solitude… la spiritualité et la nature, c’est extraordinaire. »

Elle confesse redouter l’étape longue de ce premier MDS en Amérique du Sud (68,4 km cette année), même si elle sait par expérience qu’elle pourra compter sur l’un ou l’autre de ses compagnons d’infortune pour l’épauler, peu importe lequel. « Les rencontres au MDS sont belles parce qu’il n’y a pas de hiérarchie ou de classe sociale dans le désert. On partage une passion. Dans les amis, il y a des enseignants, des médecins, des plombiers, des entrepreneurs retraités, des commis et tant d’autres professions… Certains économisent pour la course de leur vie, d’autres peuvent en faire plusieurs par an. C’est cette diversité sans filet qui créée les belles discussions et qui contribue, avec le décor et le dépassement de soi, à nous élever à un niveau de spiritualité hors du commun.  Le Marathon des Sables, c’est dur, mais c’est génial. »

Peggy BERGERE, dans le désert d’Ica (Pérou)
@pegbergere

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