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La « caisse noire » de l’équipe de France dévoilée

13 décembre 2018

En battant mercredi 12 décembre la Serbie (28-38), l’équipe de France de handball s’est définitivement qualifiée pour les demi-finales de l’Euro. L’occasion d’enquêter sur une activité financière cachée des Bleues : la caisse noire. Histoire de se décrisper un peu avant d’affronter les Pays-Bas vendredi à 21h pour une place en finale. Une opposition qui s’annonce bouillante. 

C’est une pratique peu répandue dans les autres disciplines sportives. Rien à voir avec de fausses factures ou des comptes offshore illégaux. La caisse noire au handball est une sorte de pot commun où chaque membre de l’effectif reverse quelques sous chaque fois qu’il est sanctionné. Une coutume très en vogue dans le jeu à sept, quelque soit le niveau, de départemental à national. En équipe de France, ce sont Béatrice Edwige et Grâce Zaadi qui tiennent cette « comptabilité clandestine ». La pivot de Metz nous livre quelques secrets sur son organisation. 

Dans quel état d’esprit avez-vous instauré cette cagnotte ? 

Béatrice Edwige : C’était en 2016 il me semble. Instaurer une caisse noire participe toujours à mettre une bonne ambiance. L’idée est de se faire un bon restaurant ou d’aller boire un coup avec tout le groupe. C’est vraiment drôle ! 

Quelles actions sont pénalisées chez les Bleues ? 

Les oublis, comme une gourde, ou les mauvais vêtements, puisqu’on a des tenues officielles à respecter, sont sanctionnés d’un ou deux euros. Les téléphones qui sonnent, les tirs ratés comme les puits de pétroleou les pastis[1]. Les cagades le sont aussi avec des filles qui tombent de manière improbable. Tout cela marche aux entraînements comme en match. Même si les sanctions sont doublées les jours de match. Les retards à l’entraînement paient également. 

A combien monte la plus grosse punition ? 

L’oubli de maillot est à 100 euros. C’est une somme assez importante pour être dissuasive. En même temps, cela me paraît impensable d’oublier ton maillot en équipe de France. On n’a pas tant de choses que ça à mettre dans un sac de sport. Si tu n’es pas capable de penser à ton maillot, il faut te poser des questions…

Est-ce que les sanctions arbitrales pendant les matchs entrent également en jeu ? Comme les suspensions pour deux minutes. 

Il y a toujours un gros débat autour des sorties pour deux minutes. Si on défend bien, pas de souci, cela ne rentre pas en compte. Par contre, si on prend deux minutes parce qu’on a mal parlé à l’arbitre, ça paie ! Parce que c’est négatif sur le jeu et pour l’équipe. Lorsqu’on a un doute, il y a un « conseil des sages » qui se réunit. C’est à dire Grâce et moi-même (rires). Et Alex aussi un peu. (NDLR Alexandra Lacrabère).

Que faites-vous avec cet argent ? 

C’est difficile d’organiser un restaurant toutes ensemble parce qu’on ne joue pas dans le même club. On se quitte vite après les regroupements. Mais là, on est vraiment motivé pour réussir à s’organiser. Il y a deux ans, on avait acheté une enceinte avec cet argent. Ca nous embêtait de voir les autres équipes avec leur grosse sono et nous sans rien. Alors qu’on aime trop la musique ! (rires). 

Est-ce que tout le monde participe à la caisse noire ? 

Oui, même si on a eu des récalcitrants ! Dans le staff, tout le monde ne voulait pas participer. Mais « Père Castor », a imposé cela. (NDLR le petit nom du coach Olivier Krumbholz).

Est-ce que les joueuses trahissent les oublis ou les retards des copines pour faire grimper le montant de la caisse ? 

Au début, on pouvait regagner 50 centimes en balançant une coéquipière. Sauf que certaines ont trouvé que cela encourageait trop la délation…Du coup, on a supprimé cette option. Mais comme on surveille tout avec Grâce, il n’y a pas besoin !

Vous avez bien quelques noms à nous donner…

Désolée pour elle, mais Estelle Nze-Minko oublie tout le temps plein de choses ! Manon Houette aussi. Ca tombe bien, elles sont dans la même chambre. Notre chère capitaine Siraba Dembélé a souvent son téléphone qui sonne. Il y a aussi le top 3 des filles qui ne paient jamais : Camille Ayglon, Allison Pineau et Laura Flippes ! Blandine Dancette aussi quand elle est là. Ces filles-là pour réussir à les avoir…c’est très compliqué ! (rires)


A Nantes, Mejdaline Mhiri

[1]Un puit de pétrole est un tir raté par une attaquante. Le ballon rebondit devant la gardienne sans prendre la direction du but. Le pastis signifie que la gardienne a bloqué le tir adverse à deux mains, sans le relâcher. Généralement, la joueuse se fait taquiner car son tir était trop peu puissant. 

 

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