Dans leurs veines A sang pour Sang

KATHRINE SWITZER, VERY FREE TO RUN !

5 novembre 2017

Il y a cinquante ans, l’Américaine Kathrine Switzer devenait la première femme à finir officiellement un marathon. Le 17 avril dernier, à 70 ans, elle était de nouveau au départ du marathon qui l’a rendue célèbre, à Boston, pour célébrer la liberté et l’amour de la course à pied. Ce jour même, dimanche 5 novembre 2017, elle était également au départ du Marathon de New York.

Tous les amoureux de la course à pied connaissent cette image forte sélectionnée par le Time comme l’une des cent photos qui ont changé le monde : une jeune femme en jogging gris, dossard 261 placardé sur la poitrine, empoignée de force par un organisateur malotru qui tentait de l’expulser du parcours de Boston!

Depuis, Kathrine Switzer est devenue la papesse du marathon. A 70 ans, elle ne jure que par la course à pied pour abattre tous les tabous et libérer la femme.

Comment en est-elle arrivée à s’engager ainsi dans la défense des libertés féminines ? « C’est arrivé lentement. Je me suis toujours sentie transportée par la course à pied. De 12 à 19 ans, j’ai développé ce sentiment d’une profonde liberté. Je me sentais fortifiée par mes courses, tant physiquement qu’intellectuellement. Courir c’est très stimulant. A 19 ans, alors que je m’entraînais sous les ordres d’Arnie Briggs, mon coach de l’Université de Syracuse dans l’état de New-York où je menais des études de journalisme, j’ai eu une terrible dispute avec lui. Alors que cet homme ne cessait de me raconter ses expériences du marathon de Boston, il est entré dans une rage folle lorsque je lui ai fait part de mon souhait d’y participer à mon tour. Et à ma grande surprise, il a éructé qu’aucune femme ne courrait jamais à Boston parce que c’était tout bonnement impossible. J’ai insisté en lui rappelant que Bobbi Gibbs avait terminé l’édition précédente en se cachant dans le peloton, mais il ne voulait pas l’admettre. Comme j’insistais encore, il m’a proposé un challenge qu’il pensait sournois. Si j’étais capable de couvrir la distance à l’entraînement, alors il m’accompagnerait dans ma démarche. Le jour venu, non seulement j’ai tenu la distance, mais comme je me sentais bien, j’ai rallongé le parcours de huit kilomètres. Arnie était à bout de forces et moi j’étais folle de joie parce que j’allais réaliser mon rêve. »

L’ ORGANISATEUR TENTE D’ARRACHER SON DOSSARD

Le coach insiste pour que cette fois les choses se passent dans les règles afin que son élève ne soit pas sanctionnée par la sévère fédération amateur d’athlétisme. Il va donc l’inscrire et Kathy, sans penser à mal, écrit K.V. Switzer sur le bulletin, masquant inconsciemment son sexe derrière les initiales. Le jour J, Kathrine s’élance avec Arnie, John, un demi-fondeur de l’université et Tom Miller, son petit ami qui a décidé que, si une femme pouvait courir le marathon, alors lui le pourrait aussi. Le rouge à lèvres de Kathrine cause une dispute de dernière minute avec Tom qui a peur qu’elle soit remarquée trop vite et expulsée de la course. C’est au 4e km que le célèbre incident est arrivé. Tout à coup, l’organisateur de la course, Jock Semple, surgit sur le parcours. Il tente d’expulser Kathrine et de lui arracher le dossard sans lequel elle ne peut être officiellement classée. Alors qu’Arnie essaie de parlementer avec le bonhomme, connu pour son caractère colérique, Tom Miller est plus expéditif et son plaquage en travers met un terme à la poursuite. Derrière Kathrine, catastrophée d’être la source d’un tel scandale, Arnie hurle « Détale Kathrine » ! Et Kathrine court, confuse et en colère, et boucle son marahon en 4 h 20. Elle vient d’ouvrir une voie nouvelle qui ne se refermera jamais. « Je n’ai rien fait d’exceptionnel. Mon temps était anecdotique mais je voulais finir pour qu’on ne dise plus jamais qu’une femme ne pouvait pas courir le marathon ».

UN SYMBOLE DE LUTTE FEMINISTE.

Son aventure a fait les gros titres. Elle est devenue un symbole de lutte féministe, éclipsant le vainqueur néo-zélandais de l’épreuve, Dave Mc Kenzie et surtout l’arrivée de Bobbi Gibbs près d’une heure plus tôt qui, comme l’année précédente, triompha de l’épreuve féminine sans être officiellement inscrite !

Depuis Boston 1967, Kathrine Switzer, runneuse et diplômée en journalisme, a commenté de très nombreuses épreuves de marathon au plus haut niveau. Un travail couronné par un Emmy.

Elle s’est illustrée sur trente-neuf marathons, dont celui de New-York remporté en 1972. Mais sa plus belle victoire, c’est d’avoir gagné son combat pour que les femmes obtiennent le droit de courir officiellement, y compris aux Jeux olympiques.

En 1977, la marque de cosmétiques Avon l’a sollicitée pour créer un circuit de courses amateur réservé aux femmes en Europe, puis dans vingt-sept pays du monde. C’est grâce aux centaines de milliers de femmes qui prirent le départ des courses Avon que la fédération internationale nit par accepter l’évidence d’une édition féminine du marathon olympique. Kathrine garde une dent contre la Fédération française qui a placé des minimas olympiques trop hauts pour permettre à la meilleure Française, Chantal Langlacé de rallier Los Angeles, où se déroulait la première édition du marathon féminin aux JO.
Kathy et Big Tom se sont mariés puis ont rapidement divorcé. Ils n’ont pas eu d’enfants. « Je n’en ai jamais voulu. J’étais très ambitieuse. Mon travail, mes courses, les conférences, je voulais tout. Rien n’est jamais assez pour moi. Finalement, les gens ont ni par me comprendre. J’ai des milliers d’enfants à travers le monde. Ce sont toutes celles et ceux que j’ai amenés à la course ».

Finalement, elle a rencontré son âme sœur, Roger Robinson, un coureur de classe mondiale, ancien détenteur des records masters du marathon de New-York, écrivain et conférencier. Ils vivent six mois de l’année à New-York et six mois en Nouvelle Zélande.

Maryse Ewanjé-épée

Article extrait du numéro 5 Les Sportives Magazine 

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