Handi sportive

Katell Alençon : le vélo dans la peau

27 février 2018

Petit bout de femme de 31 ans, pleine d’énergie, gaie et passionnée, Katell Alençon a le vélo dans la peau. Toute petite déjà, elle passait ses week-ends sur deux roues, accompagnées de ses frères et de ses parents. Si une entorse mal soignée l’a contrainte à l’amputation, Katell a su rebondir, remonter sur son vélo, et rouler à toute allure vers le haut niveau.

Issue d’une famille bretonne très sportive, Katell a le souvenir d’une enfance active, partagée entre les courses de vélo et les compétitions de patinage à roulettes. « Jamais on ne restait sur le canapé le week-end, mes parents nous emmenaient plutôt passer du temps à l’extérieur. Ils étaient sportifs mais pas cyclistes : mon père faisait du foot, ma maman du hand. C’est mon frère aîné qui nous a transmis le virus du vélo. »

Katell s’aligne au départ de sa première course cycliste à l’âge de 6 ans. La petite fille qui veut « faire comme ses frères » se prend rapidement au jeu, heureuse d’être à l’air libre, de se challenger, de se dépasser. Elle touche à toutes les disciplines, vélo de route, VTT, cyclocross, qu’elle pratique en compétition jusqu’à l’adolescence, avant de privilégier le patinage à roulettes…

Jeune adulte, Katell se consacre à sa vie professionnelle, tout en continuant à transmettre sa passion du vélo aux plus jeunes en école de cyclisme. L’année de ses 20 ans, lors d’un entraînement avec ses jeunes cyclistes, Katell fait une chute qui se solde par une entorse de la cheville. Cette blessure, bénigne de prime abord, se complique. Le pied de la cycliste se détériore de semaines en semaines, se déforme et se nécrose. Au bout de cinq ans de souffrances et d’immobilisation, elle n’a plus d’autre choix que de décider de se faire amputer, sous le genou.

C’est une délivrance : alors qu’elle était immobilisée depuis tant d’années, Katell peut reprendre la marche après cinq semaines de rééducation. « Ça été un grand soulagement, un changement de vie total : presque plus de douleurs, et la possibilité de prendre un nouveau départ. Les médecins m’avaient dit que je ne pourrais plus jamais faire de sport, et j’entrevoyais enfin la possibilité de prendre ma revanche. »

Des entrainements avec les valides

Katell ne pense plus qu’à une chose : reprendre le vélo. « Je frappe alors à la porte d’Handisport Brest pour savoir ce qu’il est possible de faire. On me propose la natation pour commencer, puis l’escalade et enfin, on m’explique qu’il est possible de faire de la compétition en cyclisme. Je participe à mes premières courses en France puis très vite je passe à l’international. » Même si elle réalise qu’il lui reste du travail pour concurrencer les meilleures mondiales, elle se lance corps et âme dans ses objectifs et se met à rêver des Jeux de Rio.

C’est avec les valides que la jeune fille effectue bon nombre de ses entraînements : Katell y retrouve des connaissances de longue date et cela lui permet de multiplier les sorties. Tout se passe à merveille avec les filles, qui l’aident à évoluer avec une émulation saine et positive au sein de leur peloton. Cela se complique avec les garçons.« Ils sont moins patients, moins tolérants, et certains sont même assez vexés d’être challengés par une fille, handicapée de surcroît » s’amuse la jeune femme.
Mais loin d’en prendre ombrage, elle accélère le rythme et enchaîne les bons résultats. La cycliste bretonne remporte en 2016 la Coupe du monde. 9e du chrono des Jeux olympiques de Rio, elle continue à briller en 2017, avec plusieurs podiums et la 2e place du classement général de la Coupe du monde.

Les jeux de Tokyo en ligne de mire 

Désormais intégrée à l’équipe Cofidis, Katell participe aux stages avec l’équipe professionnelle en Espagne, bénéficie d’un entraîneur qui la suit toute la saison et d’un staff complet sur les compétitions. « Ce sont de magnifiques conditions qui me motivent encore davantage pour progresser et signer de nouveaux podiums en 2018. En plus de la route, j’aimerais également me qualifier pour le championnat du monde sur piste. Mais avant, il faut que je termine ma rééducation suite à ma fracture d’une vertèbre cervicale sur une chute aux Championnats du monde sur route. »

Quand elle ne roule pas, la championne multiplie les sports : ski, escalade et bien sûr sorties vélo avec ses frères et son filleul, à qui elle transmet sa passion. « Je reste aussi bénévole dans mon club valide, en plus de mon club handisport et de mes comités, départemental et régional. Il y a une dimension de transmission dans le cyclisme qui est primordiale pour moi, en famille, mais aussi au sein des clubs. »

Son objectif avoué ? Les Jeux paralympiques de Tokyo, en 2020. Sur route comme sur piste, Katell s’entraîne dur pour pouvoir accrocher autour de son cou une de ces médailles qui la font rêver depuis tant d’années. Après son amputation, reprendre le sport était pour Katell une bouffée d’oxygène, une façon de continuer à vibrer, à retrouver du plaisir, et un bon moyen de se fixer des objectifs. Désormais, elle a fait du haut niveau son quotidien, associant travail acharné et rêve éveillé. Sans jamais rien regretter, toujours positive, déterminée et profondément passionnée.

Par Lucy Paltz

Article extrait du magazine numéro 7 Les Sportives 

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