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Karaté, tennis de table… quand des femmes seniors se mettent au sport

15 mai 2018
Dans les clubs sportifs locaux, les femmes retraitées vivent une seconde jeunesse physique et psychologique en découvrant un sport. Pour les structures, ce nouveau public senior est aussi une aubaine pour leur développement.

Une fois à la retraite, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à faire du sport. En 2015, selon l’INSEE, 26,5% des femmes de plus de 65 ans pratiquaient une activité physique au moins une fois par semaine contre 24% sur la même tranche d’âge. Les Sportives Magazine a été à la rencontre de deux clubs qui ont ouvert des sections seniors. En Occitanie et en Bretagne, des femmes de 70 à 79 ans se retrouvent chaque semaine pour pratiquer du tennis de table et du karaté. Deux disciplines qui ont a priori peu de points communs. Et pourtant, ces séances permettent à chacune de ces retraitées d’améliorer leur condition physique, de hausser leur estime d’elles-mêmes et de garder un lien social. En accueillant ce nouveau public senior, les clubs y ont aussi retiré de sérieux avantages.

« Pas mal de mamies viennent taper la petite balle ! »

Entraîneur au club Ping Saint-Paulais depuis cinq ans, Kevin Louarn est à l’initiative du dispositif Ping Santé Senior. Lancée en 2015, l’initiative a pour objectif de prévenir la sédentarité, la perte d’autonomie et l’isolement par une pratique sportive adaptée, régulière et de proximité. Tous les lundis matins, les seniors s’entraînent à Lavaur, ville de 11.000 habitants. « Au club, depuis, pas mal de mamies viennent taper la petite balle ! », se réjouit le coach. Michèle, 76 ans, pratique le tennis de table au club depuis le lancement de la section. « J’ai joué au tennis, mais à mon âge, c’était un peu trop difficile. Là, je cherchais quelque chose qui soit à la fois physique, ludique et convivial, et où je puisse rencontrer des gens. » A Lesneven, ville bretonne de 6.300 habitants, une section de karaté existe pour les seniors. Au cours de sa vie, Marie-Pierre avait fait « un peu de gym et de tai-chi ». Agée de 70 ans, elle n’était pas sûre de vouloir commencer le karaté. « Dans mon esprit, ce sport avait une connotation combative qui aurait pu me rebuter. Mais l’entraîneur m’a rassurée en me disant que c’était une activité dédiée aux plus âgés. » C’est cet entraîneur, Bernard Paugam, qui est à l’origine de ce créneau. « En 2012, lorsque j’ai passé mon 6e dan, j’ai fait une étude et j’ai découvert que les seniors étaient laissés de côté dans la pratique du karaté. Une fois à la retraite, j’ai donc créé cette section. »

Le sport, remède face aux épreuves de la vie

De 70 à 79 ans, les pratiquantes interrogées pour cet article font un bilan global positif des conséquences du sport sur leur quotidien. Michèle n’avait jamais vraiment pratiqué le tennis de table sauf quand elle était ado, sur les tables de son village, en amateur. « On fait des exercices pour utiliser la table et pour bien réaliser nos gestes. Ça demande pas mal de concentration. Mais surtout, je transpire beaucoup et ça, c’est intéressant » se réjouit-elle. « J’ai besoin de me dépenser ! » Depuis qu’elle s’est mise au karaté, Marie-Pierre a remarqué plusieurs effets positifs dans son quotidien. « Un jour, en nettoyant mes carreaux, je n’avais plus besoin de l’escabeau pour atteindre la dernière vitre. Et de façon générale, mes articulations se sont détendues. » Lors des séances de karaté, Bernard Paugam fait travailler l’équilibre des pratiquants. Une habitude qui peut permettre aux seniors « de diminuer le risque de chutes ».

Pour ces personnes âgées, le sport est aussi un remède psychologique pour surmonter les épreuves de la vie. « En karaté, il y a le kata, un combat contre un adversaire imaginaire. Et un jour, toute ma rage a explosé », se souvient Anne. « J’avais des mouvements très vigoureux comme si je me battais contre quelqu’un. Ça m’a fait beaucoup de bien. » L’important, pour ce public de femmes et d’hommes isolés, c’est de ne pas se sentir seuls. Pour les y aider, le club de tennis de table inclut les personnes de la section senior dans la vie de l’association, dans le cadre de tournois internes, de fêtes au sein du club ou d’actions de promotion. Mais au quotidien, la bonne atmosphère les aide déjà beaucoup. « J’aime aussi les matchs en deux contre deux, qu’on fait toujours en fin de séance », insiste Michèle. « Alors là, vraiment, on s’éclate ! » À Lesneven des initiatives aussi sont imaginées pour mettre du plaisir dans la pratique. « L’autre jour, on a assisté au club à une démonstration par un grand maître », relate Colette, émerveillée.

« Au club, il y a autant de femmes que d’hommes »

Lorsque cette pratiquante de 73 ans a annoncé qu’elle se mettait au karaté, son entourage a été surpris. « Ils m’ont tous regardée avec de grands yeux… je leur ai dit qu’ils devraient essayer d’en faire, eux aussi ! » Dans les deux clubs les femmes et les hommes pratiquent les uns contre les autres. « Sur une table, les femmes sont aussi mobiles que les hommes », souligne Kevin Louarn. Bernard Paugam, lui, pose un regard bienveillant sur les pratiquantes qu’il accueille et qui combattent parfois contre les hommes. « Elles sont plus petites que les hommes et pourtant, elles sont plus volontaires. Certaines n’ont jamais fait de sport mais elles ont un mental de combattantes. » La question de la mixité est un fondamental des deux clubs à l’origine de ces sections senior. « Au club, aujourd’hui, il y a autant de femmes que d’hommes », compare Kevin Louarn. A Lesneven, Bernard Paugam accueille seize pratiquantes seniors, soit 28% des pratiquants de la section, contre 25% de femmes pratiquantes toutes sections confondues.

Deux fois plus de pratiquants senior en trois ans

Depuis la création de leurs deux sections, les deux clubs ont bien évolué. « Le premier mois, on avait 20 licenciés, puis très vite 30 licenciés, et depuis, ils sont plus de 40 personnes », se félicite Bernard Paugam. « Il n’était que deux la première année, renchérit Kevin Louarn. Là, on est une bonne quinzaine, et on vient d’instaurer une deuxième séance hebdomadaire. » Michèle se souvient qu’au début, le club n’avait que deux tables. « Et maintenant, on en a six. » Cette section pour le public senior a aussi permis au club de Ping Saint-Paulais de s’implanter dans le village de Lavaur. « C’est une ville où il y a déjà beaucoup d’associations sportives et très peu de gymnases », remarque Kevin Louarn. « Cela fait quelques années qu’on essaye de s’installer et cela a pu se faire en se liant à une association du troisième âge de la ville. » La section seniors a aussi permis de vieillir la population du club de tennis de table. « On avait une moyenne d’âge très jeune, de 13 ou 14 ans. » En ce moment, des événements sont aussi organisés dans ce sens. « Lors des prochaines vacances, il y aura un tournoi intergénérationnel avec les jeunes du club », précise Michèle, 76 ans.

En ligne de mire, la ceinture marron de karaté

L’avenir sportif de ces pratiquantes est rempli de projets. Toutes les femmes interrogées envisagent de continuer à pratiquer l’année prochaine. « Moi, cette pratique me convient très bien », se réjouit Michèle. Du côté du karaté, les pratiquantes s’entraînent en ce moment pour passer leur ceinture marron. Et à chaque nouvelle couleur de ceinture, elles vivent une seconde jeunesse. « Au départ, on pense qu’on s’en fiche de monter en grade. Et puis en fait, chaque examen pour passer une nouvelle ceinture nous rappelle des émotions déjà vécues dans notre jeunesse », confesse Marie-Pierre. « En vérité, on stresse comme quand on avait 15 ans. »

Par ASSIA HAMDI

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

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