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Gymnasiade 2018 : une première en Afrique

9 mai 2018
C’était une grande première pour le continent africain. Du 2 au 9 mai, le Maroc a accueilli la 17ème édition des Gymnasiades. Peu connue du grand public, cette compétition scolaire rassemble les meilleurs sportifs de moins de 18 ans à travers le monde. Pierre-Ambroise Bosse ou Kevin Meyer sont quelques-unes des stars tricolores passées par les Gymnasiades.

Pour cette édition royale, ils étaient 2000 à s’affronter à Marrakech et Casablanca dans des disciplines aussi variées que le surf, la pétanque ou le tir à l’arc. Particularité de l’événement, 20 pays africains étaient de la partie, contre trois sur l’édition précédente en 2016. Un contingent important qui classe l’Afrique au deuxième rang des continents représentés, juste derrière les nations européennes avec 21 pays en compétition.

Une présence conséquente et une organisation inédite qui interpellent, tant l’Afrique demeure sous représentée dans les grandes compétitions sportives internationales.

« Un succès africain »

« On a voulu une Gymnasiade avec un succès africain, explique Laurent Petrynka, président de la Fédération Internationale du Sport Scolaire (IFSS). Nous avons construit cette réussite avec un premier rendez-vous en janvier à Rabat en organisant le Forum africain des sports scolaires. Trente pays africains étaient réunis, des liens se sont noués avec la promesse de participer aux Gymnasiades. »

Autre argument de taille pour convaincre les pays de participer : le royaume marocain a entièrement pris en charge le déplacement de trois pays et a offert l’hébergement à la totalité des athlètes du continent. « Inculquer des valeurs d’ouverture et permettre aux jeunes de se retrouver pour pratiquer du sport est très important, déclare Saaïd Amzazi, ministre de l’Education Nationale marocain. C’est aussi l’occasion de repérer les futurs talents qui pourraient participer à des Olympiades. »

Favoriser les sports individuels et les femmes

Safa, jeune judokate burkinabé de 17 ans, attend patiemment dans les tribunes de rejoindre les tatamis. ©Mejdaline Mhiri

Pour comprendre cette forte présence africaine, une autre donnée est à prendre en compte. Des 18 disciplines disputées aux Gymnasiades, toutes sont des sports individuels. Une autre façon de favoriser la participation d’un plus grand nombre des nations, tant certains sports collectifs peuvent être contraignants en terme financier ou organisationnel.

Safa, 17 ans, fait partie des athlètes en lice. Après avoir décroché la première place au tournoi national, la burkinabé est l’une des quatre membres de la délégation du Burkina Faso. Timide, mais ravie, la jeune fille profite du moment. « Je veux gagner et faire honneur au pays. Tout le monde n’a pas la chance de venir ici », glisse-t-elle.

 

Marwa, Hiba et Ghita, espèrent que davantage de filles au Maroc pratiquent le judo. ©Mejdaline Mhiri

Marwa, Hiba et Ghita, trois lycéennes marocaines, combattent également sur les tatamis. Alors que les jeunes marocains ont dû gagner l’échelon régional puis national pour pouvoir combattre aux Gymnasiades, pour les filles, s’imposer à l’échelon national suffisait. « C’est pour inciter les filles à pratiquer, explique le trio. Elles croient que le judo c’est juste de la violence alors que c’est un sport très dur qui demande de la patience et du courage.» Les judokates s’entraînent trois fois par semaine et ne manquent jamais les différents stages qui leur sont proposés. « Ça n’a rien de simple d’avoir réussi à se qualifier. Il faut être bonne durant les stages, faire attention à rester dans sa catégorie de poids. C’est une vraie fierté d’être ici ! » affirment les trois jeunes filles.

Sur la compétition, elles étaient d’ailleurs légèrement plus nombreuses que les garçons. L’organisation a annoncé une parité totale avec 911 athlètes féminines pour 889 athlètes masculins, une démonstration supplémentaire que cette compétition s’adresse à toutes et tous.

Un effet sur les Jeux Olympiques ?

Une telle présence africaine, notamment féminine, permet-elle d’espérer voir davantage d’athlètes africains aux Jeux Olympiques, ou plus généralement dans les compétitions sportives internationales, à venir ? Evidemment, rien n’est automatique. « Nous avons une vraie responsabilité au sein de la Fédération Internationale du Sport Scolaire d’aller vers l’Afrique, juge son président Laurent Petrynka. Les prochaines Gymnasiades seront organisées en Chine en 2020 avec un programme d’aide similaire à cette édition. Trente pays africains seront soutenus pour faire venir 10 athlètes par pays. La candidature française en 2022 correspond également à cet état d’esprit. »

Pour autant, la nécessité de sortir de la dépendance financière pour que les différents pays africains puissent développer leur propre politique sportive paraît évidente. Pour travailler à cela, l’IFSS a constitué en parallèle des Gymnasiades la « Sport School Foundation ». Celle-ci finance et monte des projets permettant à moyen et long terme de créer des enceintes sportives et de la formation pour les encadrants afin de favoriser l’accès au sport via le milieu scolaire en Afrique.

Mejdaline Mhiri

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