Double-Je(u)

Françoise Sauvageot, présidente de la FFEPGV

22 août 2017
Alors que la pratique féminine progresse dans plusieurs disciplines (boxe, rugby, football,..), que la loi sur les plans de féminisation des fédérations prend place et commence à produire de premiers bons résultats, l’accès aux postes à responsabilité reste toujours problématique. En France, fédérations sportives et clubs pros manquent encore cruellement de figures féminines : seulement 11 femmes sur 111 présidents de fédérations sportives, et une seule femme dirige l’une des 31 fédérations olympiques – le CNOSF lui-même dirigé sans interruption par des hommes depuis sa création, en 1894. (Ndlr : C’est pire qu’à l’Assemblée Nationale qui est composée pour la première fois de 38,82% de femmes : 224 députées aux côtés de 353 hommes, soit une nette augmentation par rapport à 2012). Dans le sport, cela ne bouge pas… ou pas encore de ce côté là.
Pendant 10 jours, nous vous invitons à découvrir le portrait de ces 10 femmes, oubliées des médias et parfois du mouvement sportif lui même. Et pourtant, elles sont bien à la tête de fédérations sportives.
 

 

PORTRAIT 2 : Françoise Sauvageot, présidente de la FFEPGV 

 

« Ce n’est pas le nombre de licenciés qui est lourd, c’est tout le poids des responsabilités qui va avec. »

 

Françoise Sauvageot est présidente de la Fédération Française d’Education Physique et de Gymnastique Volontaire (FFEPGV) depuis mars 2009 et Vice-présidente du CNOSF déléguée, en charge de la diversité des pratiques et de la vie associative. Dans la vie sportive et associative depuis 31 ans, cette femme de 66 ans a gravi bien des échelons ; Membre de la Commission Formation Fédérale EPGV, Conseillère pédagogique EPS, Professeur de sport EPGV, Inspectrice Jeunesse et sport,… « Avec plus de 93 % de licenciées féminines et ce depuis plus de trente ans », la question d’une femme présidente dans sa fédération ne se pose même pas. Et pourtant … 

 

Etre présidente de fédération, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Quels sont les enjeux ?

Pour ce qui est de mon histoire, c’est tout simplement l’aboutissement de tout un engagement dans une fédération dans laquelle j’ai monté les échelons.

J’ai commencé par être animatrice, puis formatrice et j’ai même été dirigeante de clubs. Ensuite j’ai été DTN (directeur technique national) de 1996 à 2002. D’ailleurs à cette époque nous n’étions que cinq femmes DTN de fédérations sportives. Une fois à la retraite, je me suis rendu compte qu’il me manquait un aboutissement : la présidence. C’était comme une évidence et donc un vrai choix professionnel.

Je me suis dit que je pouvais encore apporter quelque chose à ma discipline et à ma fédération, en restituant tout ce que j’avais appris et aperçu à tous les échelons. Et puis finalement la société évolue très vite ; aujourd’hui j’ai un regard plus critique. (Soupir) Ce que j’ai vécu et vu il y a dix ans n’a plus de sens, donc j’ai dû et je dois m’adapter. Surtout dans une fédération qui ne propose que des « loisirs sportifs ». L’approche du « loisir sportif » a beaucoup évolué ; il n’y a qu’à voir la progression phénoménale des femmes dans le running. Il y a quinze ans, c’était plus masculin.

2/ Le fait d’être une femme dirigeante est-il un frein et/ou une opportunité au sein de votre fédération? Avez vous une « anecdote » positive et une négative ? 

La question d’être une femme ne s’est jamais posée puisque, à la fédération, il y a plus de 93 % de licenciées féminines et ce depuis plus de trente ans ! Plus on grimpe dans les échelons, moins il y a d’hommes (5 % sur treize régions ). Donc les femmes engagées dans la fédération sont plus nombreuses. L’expérience que représente un vivier plus féminin fait que les femmes s’engagent plus. Il n’est pas question ici de féminin ou masculin à des postes de direction, mais des responsabilités. Ce n’est pas le nombre de licenciés qui est lourd, c’est tout le poids des responsabilités qui va avec.

L’anecdote qui me vient rapidement… c’est il y a quelques années déjà. Lorsque j’ai reçu le carton d’invitation pour les vœux du ministre, l’intitulé était «  Monsieur le Président de fédération ». Bon jusque là c’était récurrent. Mais derrière la formule de politesse de la fonction suivait « François Sauvageot » ; mon prénom avait été masculinisé. C’était une grande première. Et que ca vienne du ministère des Sports j’ai trouvé ça fort ! Il y a une vraiie question de représentation des stéréotypes. De là à changer le prénom…

C’est désormais aux femmes de prendre leurs responsabilités, que ce soit dans les fédérations, les associations, les entreprises. Ne nions pas les difficultés qui subsistent et certaines disparités criantes entre les hommes et les femmes, mais nous sommes sur la bonne voie ! Comment le ressentez- vous au quotidien ? 

Lorsque j’étais DTN, les femmes étaient plus « transparentes ». Peut être parce qu’elles ne prenaient justement pas assez leur place à l’époque. Nous n’avions pas cette prise de conscience il y a quinze ans.

Dans les années 2000, lors des premières Assises du sport, nous n’avions pas tous les éléments en main pour mesurer ce qu’il y avait à parcourir. C’était le temps où Marie-George Buffet était ministre. Comme quoi il faut rester vigilante car les choses évoluent, et évoluent très vite. Les Sportives Magazine fait justement partie des outils qui montrent que ça évolue. Ces médias de veille, en quelque sorte, sont devenus essentiels pour influencer le monde de demain… ça progresse.

Lorsque je suis allée en mission en Guyane en juin 2017 pour le Comité olympique, c’était sur la thématique « femmes et sports ». J’ai rencontré la directrice départementale Jeunesse et Sports, une jeune femme convaincue, vraiment à l’aise, et surtout consciente des besoins de son territoire en termes de sport. Il y a vingt ans, ça n’avait rien à voir. Il y avait des gens qui souhaitaient apporter un certain dynamisme, mais ce n’était pas aussi convaincant, avec une telle implication pour le territoire. Surtout dans un département pas évident avec l’influence amérindienne. Les compétences et la rapidité de réflexion et d’interaction de cette femme m’ont impressionnée. Et c’est comme ça qu’on va continuer à avancer. Sur certains dossiers, c’est porteur. La prise de responsabilité et l’engagement priment, surtout dans le monde associatif.

 

A.B

 

La FFEPGV est une fédération multisports qui réunit plus de 525 500 pratiquants au sein de 6 215 clubs, elle est aujourd’hui en France la 1èreFédération sportive non compétitive et la 5ème Fédération tous sports confondus. Site internet de la FFEPGV 

 

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