Dans leurs veines A sang pour Sang

A la conquête des montagnes de glace

13 février 2018

L’hiver, les cascades se transforment en véritables sculptures de glace, aux formes oniriques et surprenantes. Armé(e)s de crampons et de piolets, imaginez-vous escalader avec fluidité ces gigantesques volumes variés, lisses et bleutés. Laissez-vous transporter dans cet univers glacé : l’escalade sur glace est à votre portée. Lucy l’a grimpé et l’a testé. Récit. 

Véritables joyaux façonnés par la nature au gré des phénomènes de cristallisation du gel, les cascades de glace offrent un spectacle enchanteur. J’ai beau habiter en montagne, je n’avais jamais eu l’occasion d’essayer cette discipline, relativement proche de l’escalade. Pourtant, ce monde féérique de la glace m’a toujours attirée. Alors quand Arc’teryx a ajouté un atelier d’initiation à la cascade de glace au programme de son Alpine Academy à Chamonix, j’ai sauté sur l’occasion.

 

Un atelier d’escalace sur glace pour les femmes

Au mois de juillet, j’ai donc laissé mes tongs au placard pour ressortir mon baudrier et mes crampons. C’est à Chamonix, sur le glacier de la Mer de Glace, que se trouve le spot parfait pour débuter. Non sur une véritable cascade, mais sur les murs de glace qu’offrent les bédières, ces torrents glaciaires. Je rejoins ainsi, par un beau dimanche d’été, un petit groupe de grimpeuses emmitouflées. Lise Billon et Valérie Aumage font partie de la petite trentaine de femmes guides de haute montagne en France et sont des spécialistes de la discipline. C’est elles qui vont encadrer notre atelier d’escalade sur glace spécialement créé pour les femmes.

 

L’idée n’était pas de séparer les hommes et les femmes pour des questions de niveau (rien ne m’empêchait de m’inscrire dans le groupe mixte), mais plutôt de proposer aux filles une expérience différente, réellement basée sur l’émulation du groupe. Lise Billon, alpiniste de haut niveau et jeune guide, m’explique en effet que dans un groupe mixte de débutants « les filles ont souvent tendance à se mettre en retrait, à s’effacer, craignant d’être à la traîne ou moins douées. Bien sûr, ce n’est pas une généralité, mais souvent elles se mettent davantage la pression. Alors qu’au sein d’une équipe uniquement féminine, l’émulation du groupe fonctionne à plein régime, elles sont décomplexées et elles se dépassent, repoussent leurs limites en s’inspirant des autres filles. » Très vite, je constate qu’il y a énormément d’échange et de solidarité entre les membres de notre petit groupe. La bonne humeur règne et les filles sont volontaires et attentives. Nous cheminons, crampons aux pieds, sur la Mer de Glace, pour rejoindre une bédière, un torrent qui parcourt le glacier, et y creuse de profonds sillons. C’est dans ces gorges que nous allons grimper.

 

Manier piolets et crampons avec précision

Avant de pratiquer, quelques explications techniques sur le maniement des piolets et des crampons s’imposent. Un piolet dans chaque main, il faut frapper avec précision la glace, pour que la lame y entre suffisamment pour nous offrir un appui sûr. De la même façon, nos pieds armés de crampons devront s’ancrer solidement dans la glace pour nous permettre de nous hisser. Le mouvement est ensuite assez semblable à celui de l’escalade. Lise nous assure pourtant qu’il n’est pas nécessaire de savoir grimper pour débuter la cascade de glace : « Ici, il n’y a pas de voie imposée. On place ses mains et ses pieds où l’on veut, c’est donc une approche presque plus simple que l’escalade, même si c’est assez physique au début. »

Assise dans mon baudrier, Lise me fait descendre en rappel au fond de la gorge, juste au dessus du torrent glaciaire. L’eau coule à gros bouillons dans son lit bleuté et je pressens qu’un bain ici n’est pas une option envisageable. Donc je n’ai pas le choix : il faut remonter. Mes premiers coups sont mal assurés, le piolet ne se plante pas bien, il faut frapper à nouveau. Mes pieds glissent, les pointes des crampons griffent la glace.

 

Etre précise et puissante à la fois

Rapprocher son bassin du mur glacé pour planter le piolet, descendre les talons. Ne pas frapper plusieurs fois pour ne pas se fatiguer. Etre précise et puissante à la fois.

Peu à peu, je regagne le haut de la gorge. Encore un dernier effort, et je suis en haut. Valérie me propose de descendre un peu plus loin, et me voici à nouveau au fond du trou. Je remonte plus rapidement, mais je sens que mes bras deviennent durs comme de la pierre. Je me mets mentalement un coup de pied aux fesses pour finir cette voie et sortir de là avant de n’avoir plus de forces. Malgré tout, cette sensation de grimper, et ce sentiment de progresser au fil des voies sont presque additifs : j’ai envie de recommencer. Parvenue à une autre voie où des grimpeurs sont déjà à l’oeuvre, je grimpe avec beaucoup plus d’aisance. Valérie me le confirme : « Une cascade vierge est beaucoup plus difficile à escalader que lorsque d’autres grimpeurs sont déjà passés. Ils laissent des petits trous qui sont autant d’appuis supplémentaires pour les suivants. La qualité de la glace, qui dépend de la température, change aussi énormément de choses. Elle peut être trop dure ou trop friable. On ne peut donc pas pratiquer tout l’hiver. Il faut que toutes les conditions soient réunies, mais c’est aussi ce qui fait la beauté de cette discipline

Je m’amuse comme une petite folle sur ces voies faciles, mais bientôt Valérie vient me chercher : il est temps de redescendre dans la vallée, et de clore cette parenthèse enchantée dans le royaume de la glace…

 Lucy Paltz

Photographies par Manon Simonet de Laborie

 

Le matériel testé

 

Un sac à dos Arc’teryx Cierzo 18L

C’est bien simple, je n’aurais jamais pensé qu’un sac à dos puisse être aussi léger : 370g ! Fabriqué dans une toile haute densité, il est ultra résistant et ni mes deux piolets, ni mes crampons acérés n’auront eu sa peau. Si on l’organise bien, on peut aisément y faire rentrer tout son matériel pour une journée en montagne. Sa légèreté extrême est un vrai bonheur, surtout quand on marche toute la journée. Et cela permet de moins se limiter sur le poids du contenu ! Il est parfait pour la randonnée et l’escalade.

 

Une veste Arc’teryx FL

Là encore, la légèreté de cette veste en Gore Tex est bluffante. Avec ses 300g, cette veste d’alpinisme est à la fois parfaitement imperméable et respirante. Elle isole du vent et sa coupe permet de porter en dessous une sous-couche apportant de la chaleur, comme une doudoune compressible. Accessoire non négligeable en montagne, elle se compresse dans une mini pochette que l’on peut accrocher à son sac ou à son baudrier quand on ne s’en sert pas.

 

Pour débuter l’escalade sur glace

L’hiver, rendez-vous dans un bureau des guides (à Chamonix, mais dans de nombreuses stations de ski également) pour une initiation seule ou en groupe. Les clubs FFME et le Club alpin français proposent aussi à leurs membres de découvrir cette activité. Enfin, chaque année en juillet à Chamonix, l’Arc’teryx Alpine Academy propose des ateliers Ice Climbing, dont la découverte de la cascade de glace réservée aux femmes.

http://chamonix.arcteryxacademy.com

 

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