En-Tête

Entre transgression et conformisme, tous pris au piège ?

30 octobre 2017

Au cours du XXe siècle, à force de jouer des coudes, les femmes ont gagné leur place dans les grandes compétitions sportives. Dans les médias, la publicité ou encore sur les réseaux sociaux, elles sont désormais confrontées à leur propre image. Sujettes à l’injonction d’être féminines, voire sexys, pour s’affirmer comme sportives.

Après plusieurs minutes d’effort sur le vélo d’un centre sportif, Inès Taittinger fait une pause. Elle se désaltère, se passe la main sur le front et chasse quelques boucles brunes. La pilote automobile de 26 ans dégaine alors machinalement son téléphone portable. L’année dernière, la jeune fille était la seule femme à prendre le départ des 24 heures du Mans, elle qui rêve depuis sa plus tendre enfance d’embrasser une carrière sur l’asphalte. Affichant un grand sourire, Inès Taittinger se prend en photo et poste immédiatement le cliché sur le réseau social Instagram, accompagné d’un commentaire en anglais, traduisible de la sorte : « Bonjour, je suis en plein entraînement. Et vous, qu’allez-vous faire aujourd’hui ? » Un instantané devenu une simple routine. « Plusieurs fois par semaine, je publie des images en lien avec ma vie quotidienne et le monde de la course auto. Ça marche bien. Et plus j’ai de followers, plus je peux me vendre auprès des sponsors. »

Une activité sur la toile qui comble un déficit d’image lié à un sport peu présent dans les médias. Auquel se rajoute la condition toujours particulière d’être femme et sportive.

PAS VUES A LA TELEVISION

Persona non grata il y a une centaine d’années sur les lignes de départ des grandes compétitions sportives, les femmes se sont petit à petit imposées dans les stades et les gymnases. Progressivement, elles sont apparues aux yeux du grand public lors de la retransmission de ces événements sportifs, devenant des icônes et des modèles pour les jeunes filles. S’il n’est pas ardu de citer des sportives connues et reconnues qui occupent régulièrement nos petits écrans, un coup d’œil aux statistiques démontre tout de même une forte inégalité en termes d’image et de notoriété.

Alors que la couverture médiatique du sport au féminin a doublé ces dernières années, elle n’atteint tojours que 15%1 de l’ensemble des diffusions sportives. Une tendance confirmée dans les journaux télévisés. Entre 2010 et 2015, 881 sujets ont été exclusivement consacrés à des sportives, soit 6% de l’ensemble des reportages sportifs. La presse ne fait guère mieux. Une analyse des rubriques sportives datée de 2010 montre que L’Equipe (8,9%), Le Monde (8,8%) et Le Figaro (6,9%) ne consacrent qu’une faible part de leurs articles au sport au féminin.

Pourtant Rosarita Cuccoli, présidente du réseau européen ‘’ Femmes et Sport ‘’ de Sport et Citoyenneté, nous rappelle le rôle crucial de la télévision ou des journaux. « Le sport est essentiellement un phénomène médiatique. Ce que nous savons des sports, des champions et des résultats provient de ce que les médias nous en disent. En fait, dans notre société hypermédiatisée, nous pourrions même affirmer que les médias façonnent le monde du sport tel que nous le connaissons. » Sans image, point de salut.

Mais pourquoi une telle absence de visibilité et de reconnaissance du travail réalisé pour performer ? Serait-ce directement lié à la production de l’information sportive ? Bien souvent reléguées aux rôles d’animatrices, rarement de commentatrices, les journalistes sportives ne sont pas légion. Ainsi la proportion des femmes spécialisées dans le traitement du sport dans les rédactions françaises oscille entre 10 et 15%.

S’il n’y a rien d’automatique à ce que que les femmes journalistes parlent davantage des sportives, une autre interrogation s’impose : le sport serait-il toujours entre les mains des hommes qui parlent à d’autres hommes ? Cela expliquerait-il les remarques sexistes dont sont régulièrement victimes les sportives ? De David Douillet, judoka médaillé à de nombreuses reprises et ancien ministre des sports, expliquant dans son autobiographie que « une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant. Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer », en passant par Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, qui proposait en 2004 de booster le football féminin en laissant « les femmes jouer dans des vêtements plus féminins comme dans le volley-ball. Elles pourraient, par exemple, avoir des shorts plus serrés. » Ainsi lorsque les sportives nous apparaissent, elles sont sans cesse rappelées à leur part de féminin. A ce que l’on attend d’une femme dans notre société, notamment à son rôle de mère. Souvent taxées d’instables émotionnelles, on les suspecte de s’émouvoir rapidement On leur conseille de jouer sur leur physique plutôt que sur leur performance pour intéresser le quidam. Ainsi, les fédérations de handball ou de badminton ont tenté d’imposer ces dernières années le port de la jupe comme argument marketing ultime pour attirer …  (pour lire la suite de l’Enquête rendez vous dans le magazine numéro 6 de Les Sportives) 

par Mejdaline Mhiri

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