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Dix ans plus tard, le handball au féminin s’est-il professionnalisé ?

28 novembre 2018
La Ligue Féminine de Handball (LFH) fête cette saison son dixième anniversaire. Une décennie marquée par une évolution certaine, parfois liée à des accidents de parcours notables.

Lancée en 2008, la Ligue Féminine de Handball (LFH), qui gère la première division du championnat français, soue cette saison ses dix bougies. Un temps assez court qui correspond à la professionnalisation du handball. «On ne peut pas dire qu’auparavant on était dans l’amateurisme car il y avait, par exemple, déjà des joueuses avec un statut professionnel, précise Cécile Mantel, responsable juridique et numéro deux de la LFH. Mais c’est vrai qu’en 2008/2009, nous avons franchi un cap.»

UNE ORGANISATION « PLUS PRO »

Pour faire simple, le lancement de la LFH avait permis de sortir du « chaque club se débrouille dans son coin » à une harmonisation de l’ensemble. Histoire de crédibiliser un sport et ses sportives plutôt que de continuer à vivre avec l’étiquette d’une discipline uniquement scolaire. « Nous avons mis en place un cahier des charges avec un budget nancier minimum, l’obligation de joueuses salariées à temps plein, d’un encadrement sportif diplômé, la présence d’un staff médical les soirs de match et des protocoles de communication lors des rencontres, détaille Cécile Mantel. De notre côté, on aide les clubs sur la prise en charge de diérentes actions structurantes, comme les frais d’aménagement de la salle lorsque le match est télévisé. On reverse directement, ou via des dotations de produits, environ 100.000 euros aux clubs avec des logiciels pour les matchs en live et l’analyse vidéo ou l’achat de maillots que l’on fait ensuite gagner sur les réseaux sociaux. Pour accompagner les projets, notamment en D2, on se déplace pour rencontrer les clubs et leurs partenaires.»

Une série de mesures dont les bons résultats valident la démarche. En une décennie, le budget prévisionnel consolidé des clubs est passé d’un peu moins de dix millions d’euros à quasiment 24 millions d’euros. Alors que la part des subventions publiques dans le budget des clubs a été réduite de moitié en dix ans (de 65 à 35% en moyenne), les clubs ont su repenser leur billetterie et développer leurs partenariats pour réaliser cette augmentation. Aujourd’hui, le salaire moyen d’une joueuse est légèrement au dessus des 2800 euros mensuels (sans compter les avantages en nature et les primes de résultat). Sur les douze clubs de première division, 149 joueuses évoluent avec le statut de professionnelles à temps plein. Depuis deux ans, la LFH bénéficie d’un véritable «partenaire officiel» avec la Française Des Jeux (FDJ).

SAISON 2015-2016: LA CATASTROPHE

Mais cette organisation n’a pas tout révolutionné en quelques années. Surtout, elle n’a pas permis d’éviter des désastres comme la liquidation judiciaire de deux clubs de D1 lors de la saison 2015-2016. En quelques mois, la chute de Nîmes et de feu l’Union Mios-Biganos-Bègles (UMBB), avait fait passer une D1, déjà réduite à dix clubs, à seulement huit belligérants. « Effectivement, cela avait été une véritable catastrophe, reconnait Cécile Mantel. Mais il faut dire que ces deux situations sont liées à la mégalomanie de présidents qui pilotaient presque seuls le navire et se sont enflammés sur les objectifs sportifs, notamment en coupe d’Europe. Dans le cas de Nîmes, le président, expert comptable de métier, transmettait des faux, ce qui rend le contrôle impossible.» Une situation qui a poussé la LFH à durcir le ton. «Suite à cela, on a modifié notre fonctionnement et la réglementation. Il y a désormais un suivi renforcé pour les clubs en difficultés financières, avec l’obligation de produire des situations comptables trimestrielles. Une gamme de sanctions administratives variées pour aider les clubs à se remettre dans le droit chemin et veiller à l’équité sportive a été mise en place. La Commission Nationale de Contrôle et de Gestion (CNCG) peut réagir plus vite et émettre, à tout moment de la saison, des sanctions allant de l’avertissement à la perte de points au classement.» Ces changements ont participé à une prise de conscience générale des clubs selon Cécile Mantel. «Les cas de Nîmes et de l’UMBB ont donné une leçon à tout le monde. Autant sur les cinq premières années de la LFH, plusieurs clubs étaient en très lourd déficit, autant depuis trois ans, la situation s’est vraiment améliorée même si elle reste hétérogène. Depuis 2012, nous avons engagé parallèlement un véritable travail sur la deuxième division pour que les clubs cessent par exemple de payer des joueuses «au black» ou de détourner les droits au chômage en leur faveur. L’idée est de structurer tout le monde et particulièrement ceux qui désirent monter en D1. Nous savons que certains clubs de D2 n’ont jamais déposé de dossier «VAP1» (NDLR dossier obligatoire pour accéder à la LFH) car ils ne souhaitaient pas que l’on regarde leurs finances et leurs pratiques. Pour 2019-2020, nous travaillons à la mise en place d’un cahier des charges minimal pour tous les clubs de la deuxième division.»

UNE EVOLUTION EVIDENTE

Une façon d’assurer l’avenir du handball professionnel féminin dont les évolutions sont évidentes. L’arrivée d’un actionnaire majeur à Brest en 2013 a tiré l’ensemble de la D1 vers le haut. Retenu directement en Ligue des Champions pour la seconde saison consécutive, le club breton concurrence désormais Metz, club historique avec ses 22 titres de champion de France. Des internationales de renom ont rejoint ces derniers mois le championnat hexagonal, comme la suédoise Isabelle Gulden ou l’espagnole Alexandrina Barbosa. Cette saison voit aussi le retour au bercail de nombreuses tricolores comme la capitaine des Bleues, Siraba Dembélé-Pavlovic à Toulon, Camille Ayglon-Saurina à Nantes ou Alexandra Lacrabère à Fleury. Des noms et des visages de sportives reconnues qui renforcent le niveau et l’image du championnat français.

En 2016, l’équipe de France est devenue vice-championne Olympique à Rio puis championne du monde pour la deuxième fois de son histoire face à la terrible Norvège en 2017. Le parcours des Bleues au prochain championnat d’Europe, organisé dans l’hexagone en novembre et décembre 2018, participera peut-être à crédibiliser encore davantage un sport et une première division qui doivent continuer de se professionnaliser. Comme cela avait été le cas il y a dix ans après le mondial féminin de 2007 en France. «Les joueuses de l’équipe de France ont vraiment pris conscience de leur rôle ces dernières années, abonde Cécile Mantel. Depuis dix ans, la LFH et les clubs ont beaucoup progressé. Nous devons maintenant réussir à trouver d’autres partenaires nationaux pour poursuivre notre évolution. Je ne sais pas si cela passera par du naming comme pour le championnat masculin. Nous sommes forcés de reconnaitre que les grandes entreprises sont pour l’instant encore frileuses sur le sport féminin collectif.» A l’image de la Mutuelle Générale qui s’est liée en août 2018 à plusieurs clubs de sports collectifs féminins comme ceux de Nantes et Toulon en handball. Une façon concrète pour l’entreprise «d’incarner ses engagements pour l’égalité femme-homme, la mixité mais aussi d’apporter son soutien au développement et au rayonnement du sport féminin.» D’autres doivent suivre pour que la mue soit totale.

Mejdaline Mhiri

Article extrait du Numéro 10 Les Sportives 

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